Tunisie. Coupure d’eau massive : colère des habitants du Grand Tunis

Une panne prolongée met les nerfs des habitants de la plupart des zones les plus peuplées de la capitale à rude épreuve. Le passage à la nouvelle année devait être un moment de répit et de célébration. Il s’est transformé, pour de nombreux habitants du Grand Tunis, en une longue nuit d’attente et de frustration.
Minuit est passé, puis les heures ont continué de s’égrener, sans que l’eau potable ne fasse son retour dans les robinets. Une situation qui a rapidement fait basculer la patience en exaspération, puis en colère. D’autant plus que la coupure qui se poursuit à l’heure qui l’est va bien au-delà des horaires initialement annoncés pour le 2 janvier à minuit par la Société nationale d’exploitation et de distribution des eaux (Sonede).
« Quoi de plus désagréable que de commencer l’année sous des auspices d’amas de vaisselle sale du réveillon et de toilettes bouchées, puis de se réveiller le 2 janvier sans possibilité de se laver ni de se raser pour aller au travail ? Me doucher va me coûter 30 dinars en eau minérale ! Ayez au moins l’obligeance de nous prévenir à temps ! », dénonce l’humoriste Nabil Ben Mesmia pour exprimer le ras-le-bol de tout une population.
Depuis le jeudi 1er janvier 2026, de vastes zones de la capitale et de sa banlieue subissent ainsi de fortes perturbations, allant parfois jusqu’à une coupure totale de l’approvisionnement en eau courante. La Sonede a expliqué cette situation par un incident technique majeur, survenu à l’aube, à la suite de la rupture d’une conduite principale de transfert :
« Une casse est survenue sur la conduite principale d’adduction d’un diamètre de 1 400 mm, ce qui s’est produit à 2 heures du matin le jeudi 1er janvier 2026, au niveau de la route périphérique, à hauteur du quartier El Hadhika. Cet incident entraînera des perturbations et des coupures dans la distribution de l’eau potable dans les zones suivantes :
Délégation d’El Omrane Supérieur : quartiers Ettahrir, Ibn Khaldoun, Erriadh, El Omrane Supérieur.
Délégation d’El Manzah : El Manar 1, 2 et 3 ; El Menzah 6, 7, 8 et 9 ; Ennasr 2.
Délégation d’Ariana : Ariana, Soukra, Raoued.
La reprise progressive de l’approvisionnement en eau est prévue à partir de minuit de ce jour, après l’achèvement des travaux, lesquels se poursuivront tout au long de la journée ».
Un ingénieur tente d’apaiser les esprits sur les réseaux : « Une canalisation d’eau de ce diamètre doit obligatoirement être vidangée avant d’être réparée. Cela signifie qu’il faut couper l’eau aux vannes situées en amont et en aval, pomper l’eau pour l’évacuer ailleurs, puis creuser pour retirer la conduite et en installer une autre, puis la pourvoir en eau. Avant cela, il faut encore amener les engins de chantier pour creuser et casser la chaussée… C’est un travail colossal ». Cela n’excuse pas qu’une panne dans un quartier condamne toute la ville, rétorque un riverain.
Un réveillon sec comme un désert
Les conséquences se font durement sentir dans plusieurs quartiers d’El Omrane Supérieur, notamment Hay Ettahrir, Hay Ibn Khaldoun et Hay Errafaha, mais aussi à El Manar, El Menzah, Ennasr 1 et 2, ainsi que dans de larges secteurs de l’Ariana, de la Soukra et de Raoued. Vendredi 2 janvier au matin, de nombreux foyers se sont réveillés sans eau, certains après de longues heures de coupure, d’autres après plus d’une journée entière.
Dans son communiqué officiel, la Sonede avait pourtant assuré que ses équipes techniques étaient mobilisées en continu et que la reprise de l’approvisionnement devait s’effectuer progressivement à partir de minuit dans la nuit de jeudi à vendredi. Sur le terrain, cette annonce est aujourd’hui vécue par beaucoup comme une promesse non tenue. À l’heure où ces lignes sont écrites, de nombreux habitants affirment n’avoir constaté aucun retour à la normale.
Réseaux sociaux en ébullition et sentiment d’abandon
Sur les réseaux sociaux comme dans les discussions de voisinage, la tension est palpable. Les témoignages affluent : familles contraintes d’improviser des réserves d’eau, personnes âgées laissées sans solution, cafés, coiffeurs, et petits commerces contraints de ralentir ou d’arrêter leur activité, ménages à bout face à des coupures jugées de plus en plus fréquentes, à l’aune d’une infrastructure vieillissante.
La diffusion, dans la nuit de jeudi, d’une vidéo montrant les travaux en cours par la Sonede n’a guère suffi à calmer les esprits. Pour de nombreux habitants, cette panne dépasse le simple incident technique. Elle ravive un malaise plus profond : celui d’un service public perçu comme fragilisé, incapable d’anticiper les crises, de respecter ses délais ou, à défaut, de communiquer avec clarté et transparence. En ce début d’année 2026, la coupure d’eau laisse ainsi un goût amer à des milliers de foyers du Grand Tunis, pour qui le Nouvel An s’est ouvert sous le signe de la pénurie et de la colère.
Abdelhamid Mnaja, ingénieur général, avait été chargé des fonctions de PDG de la Sonede, en vertu d’un décret du 11 décembre 2024. Moins d’un an et demi auparavant, le président de la République, Kaïs Saïed, avait nommé Ahmed Soula à la tête de l’institution en remplacement de Mosbah Helali, qui avait lui-même été démis de ses fonctions pour des raisons similaires liées à la fréquence des coupures d’eau assimilées par Carthage à une forme de complot.
