Tunisie.Intérieur, Education, HAICA… Les autorités se mobilisent face au prosélytisme

Farouk Zribi

Au moment où les enfants de l’école coranique de Regueb sont remis à leurs parents, après plusieurs jours d’enquête et d’examens médicaux dans cette affaire hautement polémique en Tunisie, le directeur de l’école, le prédicateur Farouk Zribi, vient d’être condamné à un an de prison ferme, mais pour des faits sans lien direct avec le dossier. 

Âgé de 29 ans à peine, le mystérieux cheikh polygame a aussi été condamné à payer une amende pour avoir signé un contrat de mariage coutumier, dit « ôrfi », illégal en Tunisie. Dans cette même affaire, sa seconde épouse a été condamnée à trois mois de prison. C’est cette femme que les autorités judiciaires et sanitaires avaient trouvé sur place la semaine dernière, à l’école de Regueb à Sidi Bouzid, où elle s’était présentée comme l’une des responsables de l’établissement.

Aujourd’hui ce sont les sources de financement de ce réseau d’écoles qui interrogent l’opinion et les autorités, tout comme le pouvoir régional dont semble jouir le jeune directeur. Parti à l’âge de 22 ans à Kairouan pour apprendre le Coran, il se serait ensuite établi en Egypte, selon nos confrères de Jawhara FM, où il a tissé des liens avec des associations religieuses.

L’enquête aurait par ailleurs révélé qu’il dispose de 2 millions de dinars sur son compte en banque. Plus troublant, l’équipe TV à l’origine du reportage en caméra cachée à Regueb a expliqué, images à l’appui, qu’une fois avoir quitté les lieux, leur véhicule a été poursuivi par Farouk Zribi qui était curieusement escorté par un véhicule de la garde nationale dont les hommes ont tenté de confisquer les images du reportage, en vain.  

Le ministère de l’Intérieur se veut rassurant

Entendu hier 11 février par des parlementaires, le ministre de l’Intérieur Hicham Fourati a révélé que le nombre d’associations à caractère religieux et prônant le prosélytisme enregistrées en Tunisie dans les services du ministère sont au nombre de 259 associations.

Répondant aux questions des députés lors d’une séance plénière de l’Assemblée des Représentants du Peuple convoquée pour questionner le gouvernement sur l’affaire de l’école coranique de Regueb, il a cependant minimisé le phénomène en affirmant que ses services n’ont recensé 15 associations coraniques exploitant des espaces de fortune aléatoires pour y héberger des élèves, répartis sur 8 gouvernorats, et accueillant environ 530 élèves. 

« Sur la base de données disponibles auprès des services du ministère de l’Intérieur, les activités de ces associations étaient régies par des statuts dont la création a été annoncée dans le journal officiel de la République tunisienne, en vertu du décret n° 88 de 2011 sur les associations », a précisé le ministre. Un décret promulgué dans les mois suivant la révolution de 2011.

Le but affiché de ces associations est généralement l’initiation à la mémorisation du Coran, aux techniques de psalmodie et aux « sciences de la Charia. Parmi elles, “l’Association de la Dawoua et Tabgligh” et la “Ligue Nationale du Saint Coran”.

Mais selon des sources judiciaires, Farouk Zribi a été entendu par le Pôle antiterroriste dans le cadre d’une autre affaire dite du centre Ibn Omar, suite aux plaintes d’au moins trois familles qui pensent que leurs fils ont été tués récemment en Syrie.

Même son de cloche à l’Education

Face aux députés, le ministre de l’Education Hatem Ben Salem a pour sa part qualifié de « contre-vérité » l’appellation d’« espaces anarchiques » relayée par les médias dans le traitement de l’affaire d’abus relevés récemment aux dépens d’enfants dans une école coranique de Regueb.

Ben Salem a ainsi indiqué que toutes les écoles en Tunisie, qu’elles soient publiques ou privées sont « régies par la loi », et que les établissements d’enseignement s’engagent à défendre les valeurs de la République.

« Nous n’avons pas d’écoles Talibanes ou de Daesh, et le ministère supervise la gestion des affaires éducatives, mais sans dictat », a-t-il retorqué en réponse aux interventions virulentes de certains députés d’opposition lors de la même séance plénière.

Langue de bois politique ? Toujours est-il que Ben Salem a réaffirmé son attachement à la nécessité d’assurer la neutralité du système éducatif, tout en estimant que la forte proportion d’abandons scolaires ne devrait pas être un prétexte pour faire le réquisitoire du système éducatif. Une façon de jeter la responsabilité en premier lieu aux parents.  

60% des élèves qui quittent chaque année l’enseignement s’orientent vers les établissements d’enseignement privé ou professionnel. Le ministère de l’Education a établi un identifiant scolaire unique pour connaître le sort des 40% restants ayant interrompu leurs études, avec pour but de les réintégrer dans le cadre d’une « école de la deuxième chance ».

Fermeté de la HAICA

Equivalent du CSA français, la Haute autorité de la communication audiovisuelle (HAICA) a exprimé quant à elle son soutien à l’équipe des « Quatre Vérités » auteure de l’enquête sur les conditions d’hébergement jugées inhumaines de l’école de Regueb. Dans une déclaration publiée le 10 février, la HAICA a appelé les autorités à ouvrir une enquête suite au harcèlement sécuritaire subi par l’équipe qui a effectué ce travail de terrain.

L’instance a rappelé l’importance de ces travaux journalistiques « courageux » dans la consécration des valeurs de l’Etat civil démocratique et la garantie du droit du citoyen à l’information et au savoir.  

Elle salue enfin dans sa déclaration « le professionnalisme des journalistes » pour avoir entendu toutes les parties concernées et respecté la dignité des enfants en floutant leurs visages et en protégeant leur identité.

>> Lire aussi : Tunisie. Enfants de l’école coranique de Regueb : premières répercussions politiques

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