Tunisie. Sidi Bou Saïd face au risque d’effondrement : la Protection civile tire la sonnette d’alarme

Le site emblématique de la banlieue nord de la capitale tunisienne, l’un des joyaux architecturaux de la méditerranée, se trouve fragilisé par les pluies exceptionnelles de la semaine écoulée. Le risque d’effondrment est pris au sérieux.
Le plateau de Sidi Bou Saïd, joyau patrimonial et touristique du Grand Tunis, se retrouve aujourd’hui au cœur d’une alerte majeure. Le colonel Monir Riahi, directeur régional de la Protection civile de Tunis, a mis en garde contre la situation « extrêmement préoccupante » de cette zone, régulièrement menacée par des glissements de terrain. Les dernières précipitations, d’une intensité qualifiée de record, ont mis à nu la vulnérabilité géologique du site et ravivé la crainte d’effondrements aux conséquences potentiellement dramatiques :
« C’est l’un des problèmes les plus dangereux auxquels les autorités sont actuellement confrontées en raison de la récurrence des glissements de terrain. Les récentes pluies exceptionnelles ont mis en évidence la fragilité du plateau et ravivé le spectre des effondrements, ce qui a conduit la Protection civile à demander à plusieurs habitants d’évacuer immédiatement leurs domiciles à titre préventif afin d’éviter une catastrophe potentielle ».
Selon la Protection civile, l’instabilité du sol argileux s’est accentuée avec l’accumulation rapide des eaux pluviales, exerçant une pression supplémentaire sur un terrain déjà fragilisé par l’érosion et l’urbanisation. Face à ce risque imminent, des dizaines de familles ont été sommées de quitter leurs habitations dans l’urgence, une décision difficile mais jugée indispensable pour préserver des vies humaines. Pour Aïcha Gorgi, une riveraine, « le coût de l’inaction sera infiniment plus lourd ».
Les solutions provisoires désormais à bout de souffle
Pour le colonel Riahi, il est désormais clair que les réponses ponctuelles mises en œuvre ces dernières années ne suffisent plus. « Les solutions temporaires ont montré leurs limites », a-t-il averti, appelant à une intervention technique urgente fondée sur des études géotechniques approfondies. L’objectif : identifier les causes structurelles de l’instabilité du plateau et mettre en place des solutions durables capables de sécuriser la zone à long terme.
Les quantités de pluie enregistrées (jusqu’à 250 mm en 24 heures) ont largement dépassé les prévisions saisonnières, accentuant les dégâts matériels dans plusieurs quartiers du Grand Tunis. Toutefois, la Protection civile estime que la vigilance accrue, la préparation en amont et l’anticipation des risques ont permis d’éviter des scénarios bien plus tragiques.
Alors que les changements climatiques rendent les phénomènes extrêmes de plus en plus fréquents, le cas de Sidi Bou Saïd pose avec acuité la question de la gestion des risques naturels dans les zones urbaines sensibles. Entre impératifs de sécurité, préservation du patrimoine et pression foncière, les autorités sont désormais appelées à agir aussi vite que durablement.
Sidi Bou Saïd est situé à une vingtaine de kilomètres au nord-est de Tunis, à quelques encablures de Carthage. La région compte environ six mille habitants selon le dernier recensement en date. Perché sur une falaise dominant Carthage et le golfe de Tunis, le village aux couleurs blanc / bleu s’élève à 130 mètres du niveau de la mer et porte le nom d’un saint musulman de la région. Le 15 avril 2024, le gouvernement tunisien propose la zone en vue d’un futur classement sur la liste du patrimoine mondial de l’Unesco.
