Un chef mafieux italien arrêté à Tunis : coopération judiciaire au cœur de la traque

 Un chef mafieux italien arrêté à Tunis : coopération judiciaire au cœur de la traque

Diego Bocciero

C’est une cavale de plusieurs mois stoppée net en Tunisie. La traque d’un fugitif lié à la criminalité organisée italienne s’est achevée mardi soir à Tunis. Les autorités tunisiennes ont procédé à l’arrestation de Diego Bocciero, un Italien de 37 ans originaire d’Avellino, activement recherché par la justice de son pays pour des faits d’extorsion aggravée avec méthode mafieuse.

Les « carabinieri » italiens s’en félicitent dans un communiqué. L’homme, figure du grand banditisme napolitain, était en fuite depuis plusieurs mois après avoir échappé à l’exécution d’un mandat de dépôt délivré en décembre 2025 par le juge d’instruction du tribunal de Salerne.

Cette décision judiciaire faisait suite à une requête de la Direction antimafia de cette même juridiction. Les magistrats italiens soupçonnent Bocciero d’être affilié au « Nuovo clan Partenio », une organisation camorriste active dans la région de Campanie, au sud-ouest du pays, et impliquée dans plusieurs activités criminelles, dont des extorsions visant entreprises et commerçants. Une appartenance pour laquelle il a écopé en Italie d’une peine de réclusion en appel de 19 ans et dix mois de prison en juin 2005.

Deux entrepreneurs dans le secteur du cuir s’étaient notamment vu imposer de verser 60.000 euros au clan, échelonnés en mensualités de 2 000 euros, en guise de « pizzo ».

Déclaré officiellement en fuite le 17 décembre 2025, le suspect faisait depuis l’objet d’une vaste opération de recherche. Les investigations avaient été confiées au noyau d’enquête des carabiniers du commandement provincial d’Avellino. Après plusieurs semaines d’investigations, les enquêteurs ont finalement réussi à remonter la piste du fugitif jusqu’à la capitale tunisienne.

 

Une coopération policière tuniso-italienne décisive

L’arrestation est le résultat d’un travail de renseignement mené sur plusieurs fronts internationaux. Les enquêteurs italiens ont multiplié les opérations de surveillance dans la province d’Irpinia, tout en procédant à l’analyse approfondie de transactions bancaires suspectes liées à des proches et à des soutiens présumés du fugitif. Selon une source proche de l’enquête, des virements vers la Tunisie ont été l’une des clés qui ont permis de localiser l’intéressé. L’étude des déplacements de ces individus a également fourni des indices déterminants.

Le travail d’investigation s’est surtout appuyé sur une coopération étroite entre les carabiniers italiens et les services d’Interpol. Grâce à cet échange continu d’informations, les autorités ont pu localiser la présence de Bocciero à Tunis. Les forces de sécurité tunisiennes sont alors intervenues pour procéder à son interpellation.

Le suspect est désormais détenu dans un établissement pénitentiaire tunisien dans l’attente de la procédure d’extradition vers l’Italie. Celle-ci permettra son transfert afin qu’il soit présenté devant la justice italienne et réponde des accusations portées contre lui.

Comme le rappelle toutefois la justice italienne, la mesure de détention provisoire qui a conduit à son arrestation ne constitue pas une condamnation définitive. La responsabilité pénale du suspect devra être examinée par les juridictions compétentes au cours des prochaines étapes de la procédure. Bocciero pourra également contester le mandat devant le tribunal de réexamen une fois extradé vers l’Italie.

Cette arrestation illustre quoi qu’il en soit l’efficacité la coopération sécuritaire internationale dans la lutte contre les réseaux criminels transnationaux, dont les membres cherchent de plus en plus à se soustraire à la justice en se réfugiant à l’étranger.

 

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