Villahermosa à l’heure marocaine : quand le livre devient passerelle entre deux rives

 Villahermosa à l’heure marocaine : quand le livre devient passerelle entre deux rives

Ce qui se joue à Tabasco dépasse le cadre d’un simple salon du livre. Il s’agit d’une mise en récit du Maroc à l’international, d’une manière d’exister autrement sur la scène mondiale

À Villahermosa, capitale vibrante du sud-est mexicain, le Maroc a déployé du 9 au 14 mars une présence à la fois symbolique et stratégique.

Invité d’honneur du Salon international du livre de l’université Juárez Autónoma de Tabasco, le Royaume ne se contente pas d’exposer ses ouvrages, mais raconte une histoire, la sienne, faite de croisements culturels, d’héritages pluriels et d’ouverture assumée sur le monde.

Dans une région du Mexique où les manifestations culturelles participent activement à la construction d’une identité régionale forte, ce salon s’impose comme un carrefour intellectuel majeur. Universitaires, écrivains et éditeurs y convergent pour faire du livre un espace vivant, où la pensée circule et se confronte.

Essaouira, trait d’union littéraire et imaginaire

La présence de Alberto Ruy Sánchez n’est pas anodine. L’écrivain mexicain, profondément marqué par Essaouira, incarne à lui seul ce dialogue fécond entre les cultures. Ses œuvres, nourries par l’atmosphère singulière de la cité marocaine, traduisent une fascination réciproque : celle d’un Mexique qui regarde vers l’Atlantique et d’un Maroc qui s’y projette.

À travers cette figure littéraire, c’est toute une géographie sensible qui se dessine, faite de correspondances inattendues entre deux univers que tout semble séparer, mais que la littérature rapproche avec une étonnante évidence.

Université et coopération : au-delà des symboles

L’un des moments forts de cette participation reste la signature d’un accord entre l’UJAT et Université Abdelmalek Essaâdi. Derrière cet acte institutionnel se dessine une ambition concrète : favoriser la mobilité étudiante, encourager les échanges académiques et faire émerger des projets de recherche conjoints. Ce type de partenariat traduit une évolution notable des relations internationales, où l’université devient un acteur central de la diplomatie. Le savoir n’est plus seulement transmis, il circule, se co-construit et s’adapte aux enjeux globaux.

Un dialogue ancien, une dynamique renouvelée

Les relations entre le Maroc et le Mexique ne datent pas d’hier, mais elles connaissent aujourd’hui un nouvel élan. Culture, université, mais aussi artisanat et industries créatives : les domaines de coopération se diversifient, portés par une volonté commune de bâtir des ponts durables.

Le succès de la récente semaine culturelle marocaine, organisée à Villahermosa mais aussi à Mexico City et à Álamos, en est une illustration tangible. Le public mexicain y a découvert un Maroc pluriel, loin des clichés, riche de ses traditions mais résolument tourné vers l’avenir.

Quand la culture dessine une géopolitique du sensible

Ce qui se joue à Tabasco dépasse le cadre d’un simple salon du livre. Il s’agit d’une mise en récit du Maroc à l’international, d’une manière d’exister autrement sur la scène mondiale, par la culture, par l’intellect, par l’émotion. Dans cette rencontre entre Villahermosa et le Maroc, entre l’Amérique latine et l’Afrique du Nord, se dessine une géopolitique plus discrète mais tout aussi essentielle : celle du sensible, où les livres remplacent les discours, et où les imaginaires tracent des chemins que la diplomatie seule ne saurait emprunter.

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