Mélenchon versus Bardella : Échec et mat

Jean‑Luc Mélenchon lors de son meeting à Toulouse, le 22 janvier 2026. (Photo par Ed JONES / AFP)
« Realpolitik » : c’est souvent à ce terme barbare, qui correspond à une politique poursuivant exclusivement des gains pratiques et concrets subordonnés à l’intérêt national compte tenu des ressources disponibles, que me fait penser Jean-Luc Mélenchon dès qu’il s’approprie un concept.
J’ai revu la vidéo de son meeting à Toulouse, et sa reprise du concept clé de l’extrême droite, Renaud Camus, selon laquelle une population française « de souche » serait progressivement remplacée par des populations extérieures, en particulier arabo-musulmanes, via l’immigration ou la natalité, et ce, avec la complicité des élites, avait quelque chose de cocasse, lui qui n’a eu de cesse de se battre contre les troupes de Marine Le Pen.
En parlant « de cette nouvelle France, celle du grand remplacement, celle de la génération qui remplace l’autre depuis la nuit des temps », Mélenchon se moque délibérément de l’idéologie de l’extrême droite.
En ce sens, il a ainsi gagné un point sur le parti de Jordan Bardella, qui se délecte de la proximité du chef des Insoumis avec les « racisés ».
Le tribun lui-même, Marocain de naissance (Mélenchon est né à Tanger où il a passé toute son enfance), s’en est donné à cœur joie en parodiant le « Grand remplacement ».
Ce qui a provoqué la colère de Jordan Bardella, qui s’est précipité sur son compte X pour déverser son fiel sur le leader de La France Insoumise : « Au moins, les choses sont claires : Jean-Luc Mélenchon défend l’éclatement communautaire, l’ère des minorités contre le peuple et les revendications de l’islam politique. Nous voulons, nous, incarner l’unité nationale et le sursaut français ».
La réaction du président du Rassemblement national fut du pain béni pour Jean-Luc Mélenchon, qui s’est amusé à interpeller l’intéressé : « Monsieur Bardella, faites un effort intellectuel. Essayez de bien comprendre la langue française. Tâchez de suivre les phrases dans un raisonnement. Le grand remplacement dont je parle est celui des générations », a répondu le fondateur de LFI.
Et qui d’autre que Mélenchon était capable d’inverser la charge symbolique d’un concept clé, marqueur de la droite nationaliste ou identitaire ?
Le renversement du terme « grand remplacement » a permis au chef des Insoumis de faire d’une pierre deux coups, en ridiculisant la théorie camusienne (de Renaud Camus, l’inventeur du concept) et en faisant sortir le loup de l’extrême droite du bois, en réalité un bien piètre « fauve » qui a donné à son ennemi de toujours une occasion en or de l’adjurer de s’intéresser un petit peu au peuple réel de son pays : « et vous verrez que la France telle qu’elle est mérite qu’on l’aime, qu’on la défende, et qu’on compte sur elle ».
Résultat : le concept raciste et complotiste, dont l’extrême droite n’arrive pas à se débarrasser malgré son incompatibilité avec la stratégie de « normalisation » engagée par Marine Le Pen, apparaît aujourd’hui plus comme un boulet qu’une bouée de sauvetage, à défaut d’être un slogan électoral fort. Merci qui ?


