Femmes en sciences : l’urgence de les rendre visibles

 Femmes en sciences : l’urgence de les rendre visibles

Sarah Zitouni, ingénieure automobile et ex-directrice de la stratégie chez Volvo, fondatrice de Powher Ta Carrière, partage aujourd’hui les codes du leadership avec les femmes confrontées aux inégalités professionnelles. Crédit photo : DR

Dans une tribune publiée à l’occasion de la Journée internationale des femmes et des filles de science, l’ingénieure et coach à l’origine de la méthode PowHER ta carrière, Sarah Zitouni, souligne l’importance de mettre en lumière les femmes en sciences. Engagée pour l’égalité femmes-hommes, elle œuvre pour que leurs parcours et leurs contributions soient reconnus et inspirent les générations futures.

 

Si je vous demande de citer une femme scientifique vivante, combien de temps cela va-t-il vous prendre pour trouver un nom ? Et si je précise « vivante », c’est parce que je sais que, sans cette précision, une immense majorité des personnes citent Marie Curie. Comme si elle était la seule femme de science. Comme si, depuis elle, plus rien n’avait existé. La réalité est pourtant tout autre : les femmes n’ont jamais été absentes des sciences. Elles ont simplement été rendues invisibles.

Chaque jour, nous utilisons, sans le savoir, des inventions dont nous ne saurions plus nous passer et que l’on doit à des femmes scientifiques. Le Wi-Fi et le Bluetooth sont basés sur les travaux d’Hedy Lamarr. Les essuie-glaces ont été inventés par Mary Anderson. Le paiement sécurisé en ligne repose sur les recherches de Shafi Goldwasser. Le GPS n’existerait pas sans Gladys West. Le traitement contre le diabète découle directement des travaux de Dorothy Hodgkin (morte en 1994).

Dans la médecine, la biologie, la chimie ou l’informatique, les contributions féminines sont innombrables, pourtant leurs noms restent largement inconnus. Et cette invisibilisation n’est pas anodine. Elle produit des conséquences très concrètes.

D’abord, elle empêche la projection. Comment une petite fille pourrait-elle s’imaginer ingénieure, chercheuse ou docteure quand elle n’en voit jamais ? L’orientation ne repose pas uniquement sur les compétences ou les résultats scolaires. Elle repose aussi sur les modèles disponibles. On n’imagine pas ce qui semble ne pas exister.

Ensuite, celles qui s’engagent dans ces carrières paient souvent le prix de la solitude. Elles se retrouvent d’abord seules femmes dans une promotion, puis dans un laboratoire, puis dans une salle de réunion. Combien de réunions peut-on occuper en étant la seule femme avant de craquer ? Combien de fois peut-on porter, seule, le poids de représenter tout un genre ?

Cette situation porte un nom : « le syndrome de la Schtroumpfette ». Être la Schtroumpfette, ce n’est pas être perçue comme une professionnelle parmi d’autres, mais comme une exception censée représenter toutes les femmes. Elle se retrouve systématiquement observée, scrutée, jugée. Son attitude, irréprochable ou non, sera interprétée comme une confirmation — ou non — des stéréotypes. Ce mécanisme mène presque toujours à l’épuisement, indépendamment de la résistance individuelle.

Enfin, cette invisibilisation alimente une croyance tenace : celle selon laquelle les femmes seraient moins douées pour les sciences. Beaucoup y croient sincèrement, parce que l’histoire des sciences qui leur a été transmise est profondément biaisée.

Rendre visibles les femmes en sciences n’est pas seulement une question de justice. C’est une question de progrès. Plus de femmes en sciences, c’est un vivier de talents élargi. C’est davantage de regards, d’expériences et de sujets de recherche. C’est une science plus complète, plus représentative, plus utile à l’ensemble de la société. Se priver de la moitié des talents disponibles n’a jamais fait progresser aucune discipline.

À l’occasion de la Journée internationale des femmes et des filles de science, l’enjeu n’est pas de créer quelques figures d’exception. Il est de rendre visible une réalité longtemps ignorée. Les femmes ont toujours été en sciences. Il est temps que le monde le voie, pour que les jeunes filles puissent enfin s’y projeter.

Sarah Zitouni

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