Europe : Sale temps pour les Musulmans

 Europe : Sale temps pour les Musulmans

crédit photo : JUSTIN TALLIS / AFP

Il ne fait pas bon d’être Musulman par les temps qui courent. On ne parlera pas ici de « la lepénisation des esprits » provoquée par le Macronisme honni mais plutôt d’une vague brune qui traverse toute l’Europe avec une recrudescence palpable de la haine du sarrasin.

Pas besoin de consulter le dernier rapport européen sur l’islamophobie pour savoir que partout la haine anti-Islam a explosé avec un pic en 2024.

Pas besoin de la parole des spécialistes pour conclure que «le sentiment hostile aux musulmans s’institutionnalise dans les pays européens» , aucun doute que les 1.727 institutions islamiques qui ont été mises sous contrôle, les 118 institutions autres ont été fermées et les 10 millions d’euros ont été saisis entre janvier et août 2022 ne sont que des mesures maquillées sous le label «plan de laïcisation» pour écraser « l’infâme ».

Même la Commission nationale consultative des droits de l’homme, dans son rapport annuel sur la lutte contre le racisme, l’antisémitisme et la xénophobie, rendu public le 27 juin estime qu’«une nette majorité de l’opinion rend les immigrés en partie responsables de la situation économique et sociale actuelle du pays ». Immigré = arabe= musulman.

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« L’ennemi de l’intérieur »

Ironie du sort, alors que c’est l’Europe qui a créé l’antisémitisme et ses pogroms pour juifs , c’est la même Europe qui se définit désormais par son islamophobie primaire. Comme les juifs et les hérétiques du Moyen-Âge, les musulmans se voient progressivement et de manière de plus en plus brutale exclus de la société . Hier, l’Europe était considérée comme un espace où tout le monde devait être chrétien. Aujourd’hui, le nouvel « ennemi de l’intérieur » ne doit être toléré à aucun prix.

Bien sûr, certains trouveront qu’on exagère. En 1096, les chrétiens tuaient les juifs, les forçaient à se baptiser et accaparaient leurs propriétés alors qu’aujourd’hui, « les Sarrasins » sont justes insultés, interdits d’emploi, (à moins de ramasser les ordures), raçisés et empêchés de vivre leur foi, alors que les traités contre les juifs issus du concile de Latran IV, en 1215, mettaient en place une politique antijuive avec l’interdiction de l’usure et du prêt à intérêt, le canon 68 leur impose des vêtements distinctifs, le canon 69 les excluait des charges publiques et le canon 70 exigeait que les juifs convertis renoncent définitivement à leurs anciens rites.

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Ça ne rappelle rien ?

Alors quand un Mélenchon s’indigne de la montée de l’islamophobie, il faut d’autant plus le croire sur parole parce que le « gauchiste » reste l’unique homme politique occidental à mettre le doigt sur un phénomène que tout le monde constate mais que personne ne veut dénoncer. La honte des intellectuels français ne rejaillira pas sur des hommes comme le chef de file des Insoumis qui n’hésite jamais à brocarder les nouveaux extrémistes. Celui qui avait fait scandale en participant à la fameuse « Marche contre l’islamophobie» en exprimant une position claire et nette en refusant de laisser la main aux islamistes sur les musulmans.

Prenant soin au passage de dénoncer ceux qui «ne défendent pas la laïcité mais défendent la haine, le droit de haïr publiquement les musulmans et de les insulter. Je ne ferai jamais partie de ça».

A croire que les images horribles qui remontent de Gaza avec des soldats israéliens hilares tirant sur des enfants Palestiniens en pleurs, l’indicible des viols collectifs de femmes Palestiniennes dans les centres de détention de l’état hébreu, les massacres d’innocents transmis en direct de Rafah ont libéré les vieux démons de l’islamophobie latente qui n’attendaient que l’occasion pour s’exprimer.

Les deux facettes d’un même mal

Le moins qu’on puisse dire aujourd’hui, c’est que de la Chine ( avec la chasse aux Ouigours) à l’Inde (où on brûle les musulmans ) au massacre des Rohingyas au Myanmar, par les bouddhistes en passant par le génocide en cours à Gaza, ce sont toujours les musulmans qui sont persécutés. En somme, il s’agit d’un Moyen Âge sur mesure où les persécutions ne concernent plus les juifs devenus subitement les chouchous de ce même Occident mais plutôt ces lépreux d’arabes qui doivent être chassés des terres autrefois chrétiennes et aujourd’hui, laïques, LGBT Queer et je ne sais quoi encore, avec la promesse de les évincer des lieux publics, de les tenir à l’écart des fonctions publiques avec une mise à l’écart spatiale où les banlieues remplacent désormais les ghettos.

Si l’Islam comme le judaïsme ou la chrétienté sont « l’opium du peuple » des damnés de la terre, il faudra beaucoup de temps et une volonté politique farouche avant de démêler ces confusions habilement entretenues entre Arabe, musulman, islamiste, terroriste, car l’islamophobie et l’antisémitisme (haine des juifs et des arabes, peuples sémites) ne sont que les facettes différentes du même mal, un mal qui somme désormais chacun de nous à choisir la condamnation d’un racisme contre l’autre.

 

Abdelatif Elazizi