Tribune. Javier Milei, président argentin et économiste libertarien

Javier Milei, président de l’Argentine, lors de l’America Business Forum à Miami, le 6 novembre 2025. © Alexander Tamargo / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / Getty Images via AFP
Javier Milei, le président argentin, est sans doute l’un des personnages phares du populisme libertaire du moment, aux côtés de Trump. Les excès du personnage ne semblent pas perturber les électeurs argentins du moment, ni frôler sa légitimité.
En bref
- Javier Milei, président argentin depuis décembre 2023, défend une politique libertarienne et une forte réduction du rôle de l’État.
- Son mouvement La Libertad Avanza a remporté les législatives de mi-mandat d’octobre 2025 avec 40,66 % des voix.
- La Libertad Avanza compte désormais 95 députés sur les 257 que compte la Chambre des députés.
- La politique économique de Milei a permis de réduire fortement l’inflation et de dégager un excédent budgétaire, mais elle s’accompagne de récession, de chômage et de contestations sociales.
- Son pouvoir très personnalisé et son rapprochement avec Donald Trump et Nigel Farage nourrissent les interrogations sur l’évolution de la démocratie représentative en Argentine.
Le paradoxe du président libertarien Javier Milei est que, d’un côté, il est un économiste libertarien, disciple de l’école autrichienne (Hayek, von Mises et autres), qui tient un discours antipolitique et rejette férocement l’interventionnisme de l’Etat dans l’économie ; d’un autre côté, il gouverne l’Argentine de manière très personnalisée, comme un autocrate, en renforçant ses pouvoirs, contrairement au minimalisme étatique qu’il professe.
Elu en décembre 2023 dans le but de « faire exploser » la Banque centrale et la bureaucratie d’Etat, ce professeur d’économie, qui a l’habitude de brandir symboliquement la tronçonneuse, a, trois ans plus tard, réussi à consolider son pouvoir, alors que peu d’observateurs croyaient en ses chances.
De fait, son mouvement La Libertad Avanza remporte les législatives de mi-mandat d’octobre 2025, avec 40,66 % des voix, en renforçant nettement la représentativité de son groupe parlementaire, passé de 37 à 95 députés, et en portant de 7 à 20 le nombre de ses sénateurs.
Cette progression a changé la nature de sa présidence. Le voilà à la tête d’un exécutif consolidé, qui a les coudées franches, et désormais candidat naturel à sa propre succession en 2027.
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Outrance, succès électoral et traitement de choc
Le style Milei reste inchangé. Outrance verbale, sacralisation de l’économie, adversaires qualifiés de « rats » ou de « collectivistes », mise en scène personnelle caricaturale. Toutefois, son bilan à ce jour n’est pas, lui, si caricatural. L’inflation a été spectaculairement jugulée, l’Etat a dégagé un excédent budgétaire inédit depuis quatorze ans, l’investissement étranger afflue (sans doute avec l’appui de son ami Trump) et les statistiques sur la pauvreté, bien que contestées, indiquent un net recul. Ce sont ces résultats qui expliquent le succès électoral de son mouvement en 2025.
Mais sa thérapie économique de choc a son revers : fermetures de plusieurs entreprises, récession prolongée, chômage en hausse et contestation de rue qui ne faiblit pas. Les manifestations à Buenos Aires rassemblent des retraités, des syndicats et des mouvements étudiants dans un grand nombre de villes.
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Ce qui est intéressant à noter, sur un plan relevant de la science politique, notamment pour celui qui s’intéresse aux mutations contemporaines de l’autorité politique, c’est que Milei gouverne moins en chef de parti qu’en tant que personnalité charismatique au sens wébérien.
C’est un homme dont la légitimité repose sur une relation directe, affective même, avec un électorat qui, visiblement, semble lui pardonner ses excès verbaux et les scandales qui l’entourent (scandale de la cryptomonnaie dans lequel il est impliqué, accusations de pots-de-vin visant sa sœur, secrétaire générale de la présidence) en échange de résultats économiques positifs.
Il est curieux de constater que l’immoralisme du personnage n’a pas freiné l’adhésion populaire, loin s’en faut. Le peuple argentin adhère pour l’instant à la personnalisation excessive du pouvoir au nom du redressement économique. Tout comme dans le cas Trump, d’ailleurs.
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Membre de l’internationale conservatrice
L’alliance avec Donald Trump, qui l’a soutenu financièrement (40 milliards de dollars) et contribué à assurer sa victoire électorale, illustre également l’insertion de Milei dans une internationale conservatrice et libertarienne plus large, dont il est devenu l’un des porte-voix les plus flamboyants, aux côtés de Trump et de Nigel Farage, le Britannique. Cette proximité s’est notamment manifestée à Davos et lors de ses rencontres avec Trump, et se manifeste aujourd’hui avec sa présence à Paris.
Avant même son entrée en politique, il était déjà, en tant qu’économiste, captivé par l’anarcho-capitalisme. Milei ne gouverne pas seulement l’Argentine : il propose un modèle idéologique exportable fondé sur la dérégulation, la guerre culturelle contre le « progressisme » et le mépris pour les corps intermédiaires. Pour lui, en pur néolibéral, la légitimité populaire ne repose pas sur la volonté générale de type rousseauiste, mais sur le marché lui-même. Le marché semble incarner pour lui, outre la vérité politique, le choix démocratique par excellence. Il est transparent, neutre, ouvert à tous et libre, sans oublier que le marché met en place une forme de démocratie directe par rapport à tous les agents économiques, dispensant de tout attachement aux corps intermédiaires, un obstacle au marché économique.
Mais la question reste posée, qui dépasse d’ailleurs le cas argentin. Un exécutif peut-il durablement marginaliser les médiations classiques — partis, syndicats, presse, contre-pouvoirs institutionnels — sans que cela finisse par fragiliser la démocratie représentative elle-même, même lorsque les résultats économiques conjoncturels parviennent à légitimer majoritairement cette personnalisation du pouvoir ? On ne le sait pas encore, bien que Milei ait gagné, pour l’instant, son pari électoral.
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Vos questions sur Javier Milei
Qui est Javier Milei ?
Javier Milei est le président argentin et un économiste libertarien, disciple de l’école autrichienne. Il défend notamment un État minimal et rejette fortement l’interventionnisme de l’État dans l’économie.
Comment Javier Milei a-t-il consolidé son pouvoir ?
Son mouvement La Libertad Avanza a remporté les législatives de mi-mandat d’octobre 2025 avec 40,66 % des voix, renforçant nettement sa représentation au Parlement.
Quel est le bilan économique de Javier Milei ?
L’inflation a fortement reculé, l’État a dégagé un excédent budgétaire et les statistiques sur la pauvreté indiquent un net recul. Mais la politique économique de choc s’accompagne aussi de fermetures d’entreprises, d’une récession prolongée, d’une hausse du chômage et de contestations sociales.
Pourquoi parle-t-on d’une personnalisation du pouvoir autour de Milei ?
Selon l’analyse développée dans le texte, Milei gouverne davantage comme une personnalité charismatique que comme un chef de parti. Sa légitimité repose sur une relation directe avec un électorat qui semble accepter ses excès et les scandales qui l’entourent en échange de résultats économiques positifs.
Quel modèle politique Javier Milei défend-il ?
Il défend un modèle fondé sur la dérégulation, la guerre culturelle contre le « progressisme » et le rejet des corps intermédiaires. Le texte interroge les conséquences de cette conception du pouvoir pour la démocratie représentative.
