Infractions routières : la police tunisienne passe à la traque en civil

 Infractions routières : la police tunisienne passe à la traque en civil

L’info fait débat en Tunisie tant elle divise sur son bien-fondé. Les autorités annoncent le déploiement d’un dispositif dont la généralisation est inédite consistant en des policiers en civil et avec des caméras. Objectif : traquer les infractions routières jusque dans les angles morts.

Face à la multiplication en cette rentrée des infractions pendant les heures de pointe, la police de la circulation tunisienne expérimente depuis une semaine un nouveau dispositif : des agents en civil sillonnent désormais les axes et points noirs pour repérer, photographier et verbaliser les contrevenants. Une réponse à un comportement devenu courant dans le pays chez certains automobilistes : ne respecter le code de la route que lorsqu’un uniforme est visible.

 

Des agents en civil pour mettre fin au « réflexe de l’uniforme »

La scène est devenue familière sur les routes tunisiennes. Aux heures de pointe, les agents de la police de la circulation se concentrent essentiellement sur les grands carrefours et les principaux axes afin de fluidifier un trafic souvent saturé. Une présence qui laisse mécaniquement d’autres points moins surveillés. C’est précisément dans ces espaces que certaines infractions se multiplient. Sur les réseaux sociaux, des groupes y sont même dédiés.

Pour y remédier, l’administration de la police de la circulation a lancé en ce début octobre une nouvelle expérimentation consistant à déployer des patrouilles composées d’agents en civil, parfois munis d’un simple smartphone. Le but est de surveiller les endroits où les automobilistes semblent davantage enclins à enfreindre les règles par commodité ou égoïsme.

Le commissaire Sami Rachiko, directeur de la police de la circulation au ministère de l’Intérieur, explique que cette décision intervient dans le cadre de « l’évaluation périodique de la situation routière et des performances des services ». Les autorités ont notamment constaté une hausse notable des infractions durant les périodes de forte affluence.

Le phénomène ne serait donc pas uniquement lié à la pression du trafic. Selon le responsable, il traduit également, chez une partie des conducteurs, un « sentiment d’impunité » ainsi qu’une forme de nombrilisme au volant. Autrement dit, certains automobilistes ne respecteraient pas nécessairement les règles par conviction, mais surtout lorsqu’ils savent qu’ils sont susceptibles d’être contrôlés. Le nouveau dispositif cherche à modifier cette perception. La surveillance ne dépendrait plus exclusivement de la présence visible d’un agent en uniforme au bord de la route.

 

Photographies, PV automatisés et surveillance des points noirs

Concrètement, les agents en civil sont chargés de repérer les infractions et de les documenter par des photographies. Le procès-verbal est ensuite établi et transmis automatiquement au conducteur concerné. Les images peuvent également servir de preuve en cas de contestation de l’infraction.

Le dispositif est pour l’instant présenté comme une étape transitoire. À terme, la police de la circulation entend s’appuyer davantage sur des caméras de surveillance spécialement destinées à détecter et documenter les infractions routières. La photographie prise par les agents constitue ainsi une solution en attendant l’achèvement du déploiement de ce réseau de surveillance.

Les autorités insistent par ailleurs sur le caractère légal du recours à des patrouilles en civil. Leur intervention doit permettre d’assurer une surveillance plus continue du comportement des conducteurs, et non une simple présence policière concentrée dans les lieux où les uniformes sont visibles.

L’opération est organisée selon un programme hebdomadaire établi par la direction des opérations, qui identifie les secteurs nécessitant une surveillance renforcée. Vendredi dernier, le Centre urbain Nord à Tunis a ainsi fait l’objet de contrôles et des centaines d’infractions y auraient été relevées. Le lendemain, les opérations se sont concentrées dans plusieurs rues de la capitale, pour lutter contre les infractions liées au stationnement.

La surveillance concerne également certains points où les infractions perturbent la circulation du métro léger. C’est notamment le cas de la voie située entre Ariana et La Soukra, régulièrement confrontée à des comportements compromettant la circulation allant jusqu’à emprunter les trottoirs sans hésitation par des automobilistes.

Au-delà de la verbalisation, l’expérience pose toutefois une question plus large sur le rapport des Tunisiens au code de la route. Reste à savoir si cette logique de surveillance permanente permettra de faire évoluer les comportements, ou si elle ne fera que déplacer les habitudes de contournement vers de nouveaux angles morts.

Seif Soudani

Seif Soudani est journaliste du Courrier de l’Atlas basé à Tunis. Il couvre la politique, l’économie et les enjeux de société en Tunisie