Indice de démocratie 2026 : les régimes hybrides à l’honneur

 Indice de démocratie 2026 : les régimes hybrides à l’honneur

Indice de perception de la démocratie de 2026.

L’Indice de perception de la démocratie dans le monde nous révèle année après année la situation, la nature et l’évolution de la démocratie vers d’autres types de régimes politiques dans le monde. C’est le cas de l’édition de 2026.

 

En bref

  • Le score moyen mondial passe de 5,17 à 5,19 sur 10.
  • Le nombre de démocraties pleines ou imparfaites progresse, tandis que les régimes hybrides et autoritaires reculent.
  • La France réintègre la catégorie des démocraties pleines.
  • Les Etats-Unis reculent au 34e rang et restent une démocratie imparfaite.
  • Les régimes hybrides apparaissent comme la principale zone de basculement entre démocratisation et autoritarisme.

Les rapports sur l’état de la démocratie dans le monde ressemblent à des bulletins de santé d’un patient dont l’état ne finit pas de décliner, sans péricliter pour autant. L’édition publiée en avril 2026 par l’Economist Intelligence Unit (EIU), qui mesure ici l’année 2025 sur 167 pays et territoires, et qui maintient globalement cette tendance, ne faillit pas à la règle, même s’il y a une légère amélioration, (Democracy Perception Index 2026, by Nira Data & Alliance of Democracies).

Le score moyen mondial de la démocratie passe de 5,17 à 5,19 sur 10. Le chiffre invite tout de même à la prudence. L’Indice est juste un instrument utile nous permettant de distinguer la tendance réelle de la perception dominante. Il montre que les inquiétudes sont certes légitimes sur l’état de la démocratie dans le monde, sans nous rassurer pour autant, mais qu’il dissuade aussi tout fatalisme en la matière.

 

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Diversité des résultats

La perception dominante est, justement, celle d’un monde qui va vers l’autoritarisme généralisé. Impression alimentée, il est vrai, par les polarisations politiques surmédiatisées. Le nombre des démocraties, pleines ou imparfaites, passe de 77 à 80, tandis que celui des régimes hybrides et autoritaires recule de 90 à 87.

En effet, l’Indice, qui inclut soixante questions en cinq catégories (processus électoral et pluralisme, fonctionnement du gouvernement, participation politique, culture politique, libertés civiles), montre que près des trois quarts des pays ont amélioré leur score ou l’ont conservé. Sept pays ont changé de catégorie, cinq vers le haut et deux vers le bas. La France réintègre le cercle des démocraties pleines, la Roumanie, le Malawi, le Sénégal et le Paraguay deviennent des démocraties imparfaites, tandis que la Moldavie retombe dans la catégorie hybride et l’Angola dans la catégorie autoritaire.

La moyenne des démocraties imparfaites et des régimes hybrides progresse de 6,47 à 6,52, deux fois plus vite que la moyenne mondiale. Les hauts de classement et les derniers de la classe restent fixes. Ce constat est autant une révélation politique que statistique. Il montre que l’enjeu a surtout lieu dans les régimes intermédiaires, et non dans les démocraties consolidées (le haut) ou dans les autocraties verrouillées (le bas).

 

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Indice et orientations réelles des Etats

L’Indice permet de ressortir objectivement les orientations réelles des régimes des Etats. Les Etats-Unis perdent par exemple 0,2 point et reculent de six places pour se situer au 34e rang avec le score de 7,65, et restent classés comme démocratie imparfaite, statut inchangé depuis 2016. D’après le Rapport, cette baisse est imputable aux deux catégories mesurant la qualité du gouvernement et des libertés, qui sont le fonctionnement de l’exécutif et les droits civils.

Le Canada, à l’inverse, gagne près de 0,4 point et atteint 9,09, neuvième rang mondial, et le Danemark remonte de la septième à la troisième place. Les plus fortes dégradations concernent des pays très différents : l’Inde et les Philippines (-0,34 chacune), la Géorgie (-0,34), le Pakistan (-0,41), le Népal (-0,59) et la Guinée-Bissau (-0,66). A l’opposé, la Bolivie progresse de 1,12 point après ses premières élections libres et honnêtes en vingt ans, et le Gabon illustre la plus forte amélioration de l’ensemble avec 1,31 point.

Cette dispersion nous rappelle qu’il n’existe pas en général de qualificatif global unique sur l’évolution des démocraties dans le monde, de « progrès » ou de « récession démocratique », mais seulement des expériences nationales où pèsent les élections, les coups de force et la qualité des institutions.

Les moyennes régionales confirment cette hétérogénéité. L’Amérique Latine et les Caraïbes passent de 5,61 à 5,71 et mettent fin à neuf années de baisse, l’Europe occidentale gagne 0,05 point (de 8,38 à 8,43), tandis que l’Asie et l’Australie poursuivent un déclin de six ans, de 5,31 à 5,27. L’Afrique subsaharienne stagne à 4,00, mais les quelques progrès sont contrebalancés par des coups d’Etat militaires, tandis que 85 % des pays de cette région demeurent hors du champ démocratique.

Le rapport relève enfin un phénomène que les politistes ne peuvent négliger. La participation politique progresse, portée par des jeunes au Népal, au Kenya ou à Madagascar. Mais l’indice met en garde, à juste titre, contre la fausse équivalence entre la rue et la démocratie. Sans réformes des libertés civiles, du processus électoral et de la gouvernance, la participation de rue risque de se transfigurer en frustration, voire en instabilité. Le Népal qui a connu une insurrection de la jeunesse, figure ainsi parmi les plus fortes dégradations de l’année. En Tunisie, la population manifeste souvent dans la rue, mais la démocratie décline.

 

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Les régimes hybrides, au centre du jeu

Peut-être qu’il faudrait relativiser l’apport de l’indice de démocratie. D’autres baromètres affichent un tableau plus sombre. Freedom House parle du recul continu depuis une vingtaine d’années des libertés dans le monde. Le Varieties of democracy (V-Dem), un projet de recherche universitaire basé à l’Université de Göteberg (Suède) et lancé en 2014, situe la démocratie mondiale au niveau de 1978. Le rapport de l’Economist Intelligence Unit (EIU) s’interroge lui-même sur la nature de cette situation, même si la dernière édition a décidé de ne plus publier en annexe les scores pays par pays (accès désormais payant).

Pour ce qui concerne le monde arabe, on se souvient que, dans l’édition précédente dont les scores étaient publics, celle de 2025 (étudiant l’année 2024), l’Indice plaçait la Tunisie à 4,71 au 93e rang avec un recul de onze places, en la situant dans la catégorie des régimes hybrides, derrière le Maroc (4,97, 91e), et devant l’Algérie (3,55, 110e). Cela montre que « l’exception tunisienne » de 2011 s’est érodée, même si elle n’a pas disparu.

En tout cas, le mérite de ce rapport de 2026, c’est de montrer que les régimes hybrides sont aujourd’hui le véritable laboratoire de la période. Cette zone obscure nous indique en réalité si la stabilisation de la démocratie dans le monde marque un redressement ou une pause. Toutefois, il faut préciser que ces régimes hybrides ne sont pas importants sur le plan numérique. Si dans l’édition 2025 de l’EIU, les démocraties pleines et imparfaites sont de l’ordre de 80, on relève aussi, comme on l’a relevé plus haut, que 87 régimes sont hybrides et autoritaires.

C’est vrai que les régimes autoritaires pèsent le plus lourd démographiquement (près de 40 % de la population mondiale), contre 16 % pour les hybrides et 38 % pour les démocraties imparfaites. Mais la dynamique du classement se trouve au milieu. C’est là que se produisent les basculements (la Moldavie passe dans l’hybride, le Paraguay en sort, la Géorgie perd 0,34 points). Mais l’importance actuelle de ces régimes hybrides, c’est qu’ils sont devenus le point de passage de la plupart des transitions, allant dans les deux sens, c’est-à-dire des démocraties qui déclinent dans l’hybride, des régimes hybrides qui passent en démocratie, voire des hybrides qui se stabilisent dans l’hybride.

Ces régimes ont en effet inventé un modèle de survie plus efficace que l’autoritarisme pur et dur. Ils gardent la façade démocratique (élections, partis, presse tolérée) tout en déséquilibrant le jeu (contrôle des médias, de la justice et de l’administration, usage sélectif de la loi). La science politique a trouvé plusieurs noms pour dénommer ces régimes, comme « autoritarisme électoral », « autoritarisme compétitif », « illiberal democracy », « démocratie déléguée » ou « démocrature ».

 

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Hatem M'rad