Tunisie. Zied Dabbar reconduit à la tête du SNJT : « Le combat pour la liberté de la presse continue »

 Tunisie. Zied Dabbar reconduit à la tête du SNJT : « Le combat pour la liberté de la presse continue »

Réélu à la tête du Syndicat national des journalistes tunisiens (SNJT) avec 336 voix, Zied Dabbar rempile pour un nouveau mandat de trois ans. Une coloration particulièrement militante récompensée en ces temps durs pour le métier.

Dans un contexte marqué par les poursuites judiciaires contre des journalistes, le recul des libertés et la précarisation de la profession, la reconduction d’une équipe à la ligne militante affirmée témoigne de la volonté de poursuivre la confrontation avec les restrictions imposées à la liberté d’informer. Un nouveau mandat qui n’efface toutefois ni les critiques adressées au président sortant ni les attentes d’une profession en difficulté.

Le verdict des urnes est sans ambiguïté. Réuni les 10 et 11 octobre à Tunis pour son septième congrès, le Syndicat national des journalistes tunisiens (SNJT) a reconduit l’essentiel de son équipe dirigeante, avec Zied Dabbar en tête du scrutin. Le président sortant a recueilli 336 voix, devançant Jihène Louati (299 voix) et Amine Dhebaïbi (290 voix). Les six autres élus sont Adel Riahi (265 voix), Siwar Amaïdia et Habiba Laabidi (263 voix chacune), Abderraouf Bali (255 voix), Karim Wannes (242 voix) et Bochra Sellami (241 voix). Quatre membres suppléants complètent le dispositif.

 

Zied Dabbar a appellé dans son speech de la victoire à se préparer à « des lendemains difficiles pour le métier »

Placé sous le slogan « Le journalisme n’est pas un crime », ce congrès intervient à un moment crucial pour les médias tunisiens. La réélection de Dabbar apparaît ainsi comme un soutien à une orientation syndicale qui place la défense des libertés au cœur de son action, sans pour autant constituer un blanc-seing accordé à son président, parfois critiqué pour une certaine latence.

 

Liberté d’informer : un front syndical face aux pressions

« Libérez les journalistes et mettez fin aux poursuites ! » : l’appel lancé par Zied Dabbar à l’ouverture du congrès résume les priorités du syndicat. Le responsable a en effet réclamé la libération immédiate de Mourad Zeghidi, Borhen Bsaies, Zied El Heni et Mohamed Yousfi, tout en dénonçant les procédures judiciaires visant des dizaines de professionnels des médias. Il a également évoqué les journalistes condamnés ou contraints de quitter le pays, à l’image de Haythem Mekki.

Au-delà des cas individuels et indépendamment de l’amendement récent du décret 54, le SNJT dénonce la réduction des espaces de pluralisme, les pressions sur les journalistes et l’affaiblissement des garanties nécessaires à l’exercice indépendant du métier. Dans ce contexte, la liberté de la presse dépasse les seules revendications corporatistes. Elle conditionne aussi la capacité des citoyens à accéder à une information diversifiée, à débattre des choix publics et à demander des comptes aux responsables politiques.

Le premier mandat de Dabbar a notamment été marqué par cette mobilisation contre les atteintes aux libertés, mais aussi par la volonté de renforcer les alliances avec les organisations nationales, syndicales et de défense des droits humains. Le syndicat a également alerté sur l’absence de politique publique cohérente en faveur du secteur médiatique à l’aune de la disparition des plateaux TV politiques.

Cette orientation militante n’a toutefois pas fait disparaître les réserves visant le président sortant. Sa reconduction ne signifie donc pas que toutes les interrogations sur son bilan ont été levées. Elle traduit néanmoins le choix majoritaire des congressistes de maintenir une direction déjà engagée dans ce bras de fer, plutôt que de miser sur un changement de ligne.

 

Précarité, salaires et indépendance : les défis du nouveau mandat

La défense des libertés ne constitue qu’un volet des difficultés auxquelles la profession est confrontée. La fragilisation économique des entreprises médiatiques se traduit par des licenciements, des retards de paiement des salaires, des rémunérations insuffisantes et une multiplication des situations de précarité. Autant de facteurs susceptibles de fragiliser l’indépendance des journalistes et leur capacité à résister aux pressions politiques ou économiques.

Le SNJT entend à cet égard redoubler d’efforts pour défendre les droits socioprofessionnels de ses adhérents, améliorer les conditions de travail et préserver l’autonomie des médias. Ces revendications supposent des réponses concrètes, alors que de nombreux journalistes doivent composer avec l’insécurité de l’emploi et l’incertitude sur l’avenir de leurs entreprises.

Pour le mandat 2026-2029, l’enjeu sera donc de transformer la mobilisation syndicale en avancées tangibles, tant sur le terrain judiciaire que sur celui des droits sociaux. Le syndicat devra également maintenir sa capacité à rassembler au-delà de ses rangs.

La réélection de Zied Dabbar lui confère une nouvelle légitimité électorale, mais elle accroît aussi ses responsabilités. Dans un paysage médiatique sous pression, la reconduction de l’équipe sortante apparaît moins comme une conclusion que comme un engagement à poursuivre un combat dont l’issue reste incertaine.

 

Seif Soudani

Seif Soudani est journaliste du Courrier de l’Atlas basé à Tunis. Il couvre la politique, l’économie et les enjeux de société en Tunisie