Portrait. Mehdi Ben Cheikh, l’art dehors

Mehdi Ben Cheikh, fondateur de la Galerie Itinerrance et initiateur de projets majeurs de street art à Paris et à Djerba. © JOEL SAGET / AFP
Du XIIIe arrondissement de Paris à l’île de Djerba, Mehdi Ben Cheikh fait de l’espace public un terrain d’expression artistique. Ce passeur de street art défend une création sans frontières. Portrait d’un incontournable de la scène urbaine.
En bref
- Mehdi Ben Cheikh a fondé la Galerie Itinerrance à Paris en 2004.
- En 2013, il orchestre la transformation de la Tour 13 en espace dédié au street art avant sa démolition.
- En 2014, il lance Djerbahood à Erriadh, sur l’île de Djerba, en invitant des artistes internationaux à investir les murs du village.
- Le projet Djerbahood contribue au développement des boutiques et des maisons d’hôtes tenues par les habitants.
- Mehdi Ben Cheikh est également à l’origine de District 13, une foire internationale réunissant des galeries spécialisées à l’Hôtel Drouot.
Enfant, Mehdi Ben Cheikh passe ses journées à fouiller le sol aux abords du site archéologique romain de Thuburbo Majus, où il grandit, à 45 kilomètres de Tunis. Il collectionne les poteries antiques qu’il déniche et se rêve archéologue. Adulte, c’est la rue qui devient son nouveau terrain de jeu.
À la tête de la Galerie Itinerrance et initiateur de projets d’envergure comme la Tour 13 à Paris ou Djerbahood, sur l’île de Djerba, Mehdi Ben Cheikh a fait de l’art urbain un territoire sans frontières. Des façades parisiennes aux murs d’un village tunisien, celui que l’on a parfois surnommé le « pape du street art » défend une création qui ne se laisse enfermer ni dans les galeries ni dans les musées.
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Djerbahood, l’art au cœur du village
À Erriadh, sur l’île de Djerba, sa démarche prend une dimension XXL. En 2014, Mehdi Ben Cheikh y lance Djerbahood, invitant des artistes internationaux à investir les murs du village. Mais la réussite du projet repose aussi sur les femmes du cru. « Ce sont elles qui ont convaincu leurs époux de confier leurs façades aux artistes », assure son initiateur.
Depuis, la petite bourgade s’est métamorphosée. L’économie locale prospère grâce aux boutiques et maisons d’hôtes tenues par les habitants. « Le prix de l’immobilier a fortement grimpé », souligne Mehdi Ben Cheikh, qui se réjouit de voir qu’aujourd’hui, les résidents eux-mêmes veillent sur ce patrimoine que la proximité de la mer et les caprices de la météo rendent forcément éphémères.
En 2021, la deuxième édition a pris une nouvelle forme, avec des œuvres pensées pour être plus pérennes en intégrant la céramique, la faïence ou encore la tôle découpée au laser.
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De la galerie à la rue, un même terrain d’expression
Cette façon d’investir les lieux ne doit rien à un parcours tout tracé. Mehdi Ben Cheikh s’est d’abord orienté vers des études de gestion puis, renonçant à entrer dans la vie active, il a repris des études à l’École des arts de la Sorbonne, à Paris. Comme rattrapé par son destin d’enfants d’historiens de l’art qui fera de lui un prof de dessin dans les ZUP.
Tout bascule en 2004. Alors qu’il circule en scooter dans son quartier, il repère un local à louer. Il décide d’y organiser des expositions avec des camarades de sa promotion. La Galerie Itinerrance voit le jour ! Elle accueillera des artistes majeurs de la création urbaine comme Shaka ou Invader. Pour Mehdi Ben Cheikh, il ne faut pas opposer la galerie à la rue. La création se nourrit d’un va-et-vient constant entre les deux.
Cette conviction le conduit à imaginer des projets à grande échelle. En 2013, il orchestre la métamorphose de la Tour 13 avant sa démolition, invitant des artistes du monde entier à investir l’immeuble. Il investit ensuite, avec ses complices, les façades du boulevard Vincent-Auriol, dans le 13ᵉ arrondissement de Paris, le long du métro aérien. Un chantier à ciel ouvert qu’il qualifie de « projet d’une vie ».
Son travail ne se limite pas aux interventions dans la rue. Il accompagne des figures internationales comme El Seed, qu’il présente régulièrement lors d’événements majeurs, notamment la foire d’art contemporain africain 1-54 à Londres. Il fonde également District 13, une foire internationale qui réunit chaque année 35 galeries spécialisées à l’Hôtel Drouot.
Interrogé sur la présence du street art dans les grandes institutions, du Petit Palais à l’Assemblée nationale, il refuse d’y voir une consécration. Une présence dans ces lieux prestigieux n’a, à ses yeux, pas plus de valeur qu’une fresque monumentale sur un boulevard ou qu’une œuvre réalisée dans un village tunisien.
Observateur attentif de l’effervescence artistique dans le monde arabe, Mehdi Ben Cheikh souligne le dynamisme de la scène marocaine. Quant à la place des femmes dans le street art arabe, il estime que « leur présence a toujours été naturelle et ancrée, loin d’une mode récente », tordant au passage le cou à une idée reçue.
Ne l’interrogez pas sur ses projets à venir. En bon Méditerranéen, il préfère garder le secret.
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Vos questions sur Mehdi Ben Cheikh
Qui est Mehdi Ben Cheikh ?
Mehdi Ben Cheikh est un galeriste et un acteur majeur du street art. Il dirige la Galerie Itinerrance, à Paris, et initie des projets artistiques dans l’espace public.
Qu’est-ce que Djerbahood ?
Lancé en 2014 à Erriadh, sur l’île de Djerba, Djerbahood est un projet qui invite des artistes internationaux à réaliser des œuvres sur les murs du village.
Qu’est-ce que la Galerie Itinerrance ?
Fondée par Mehdi Ben Cheikh en 2004, la Galerie Itinerrance est située dans le XIIIe arrondissement de Paris. Elle accueille des artistes de la création urbaine et développe des projets hors les murs.
Qu’est-ce que le projet Boulevard Paris 13 ?
Il s’agit d’un parcours de fresques monumentales sur les façades du boulevard Vincent-Auriol, dans le XIIIe arrondissement de Paris, le long du métro aérien.
Qu’est-ce que District 13 ?
District 13 est une foire internationale fondée par Mehdi Ben Cheikh qui réunit, selon l’article, 35 galeries spécialisées à l’Hôtel Drouot.
