Asile : la Tunisie déclarée pays d’origine sûr, plusieurs ONG s’insurgent

 Asile : la Tunisie déclarée pays d’origine sûr, plusieurs ONG s’insurgent

Parlement européen lors d’une séance officielle à Strasbourg, dans l’est de la France, le 10 février 2026. Photo : FREDERICK FLORIN

L’Union européenne (UE) a placé, hier (10 février), la Tunisie sur la liste des pays d’origine sûrs. Plusieurs ONG dénoncent les violations des droits humains commises dans ce pays.

Par 408 voix pour, 184 voix contre et 60 abstentions, le Parlement européen a approuvé la création d’une liste des pays d’origine sûrs. Le traitement des demandes d’asile des ressortissants de cette liste, dont font partie le Maroc et la Tunisie, devrait être accéléré.

Les ressortissants devront désormais prouver une mise en danger en cas de retour sur leur terre natale : « il appartiendra à chaque demandeur de prouver que cette disposition ne devrait pas s’appliquer à son cas en raison d’une crainte fondée de persécution ou du risque de préjudice grave s’il était renvoyé dans son pays ».

Plusieurs ONG avaient pourtant tenté d’interpeller les députés européens sur la création de cette nouvelle liste et notamment de la présence de la Tunisie sur celle-ci : « cette liste permet d’accélérer les procédures d’asile et les expulsions illégitimes, privant les ressortissants tunisiens de leur droit à une évaluation individuelle, équitable et efficace de leur demande d’asile ».

Pays « sûr » ?

Selon les critères de l’UE, dans un « pays d’origine sûr » il ne peut, notamment, y avoir de persécution et l’Etat de droit, ainsi que les droits fondamentaux, doivent être respectés. Or en Tunisie, les ONG, telles que SOS Méditerranée ou encore Alarm Phone Sahara, dénonçaient une répression systématique des opposants politiques ou encore des atteintes graves à l’indépendance du pouvoir judiciaire.

Le 24 avril 2025, dans un communiqué, Volker Türk, Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, déplorait que dans l’affaire dite du « complot », des personnalités publiques et politiques tunisiennes connues aient été visées par des accusations « vagues et générales » comme « le financement du terrorisme et le complot contre la sécurité de l’État ». Ainsi, 37 personnes avaient alors écopé de peines allant de 4 à 66 ans de prison.

Externalisation

« Malgré les violations massives et bien documentées des droits humains (…) l’Union européenne et ses États membres ont (…) considérablement renforcé leur coopération politique, financière et opérationnelle avec l’administration du président Kaïs Saïed », regrettaient les ONG. Elles accusaient l’UE de vouloir « externaliser » ses frontières et ses responsabilités.

En juillet 2023, l’UE et la Tunisie signaient un protocole d’accord garantissant au pays du président Kaïs Saïed jusqu’à un milliard d’euros, destinés principalement au contrôle des frontières et des migrations.

Alors même que, en février 2023, le président tunisien, dans une déclaration, avait évoqué la nécessité de mettre fin à l’immigration de « hordes de migrants clandestins » subsahariens, source selon lui de « violence, de crimes et d’actes inacceptables ».

Ces propos discriminatoires avaient alors provoqué, à travers le pays, une flambée de violence à l’encontre des migrants subsahariens.