Chérine Dabis : “La force des Palestiniens c’est leur foi dans la vie”

Chérine Dabis lors du Red Sea International Film Festival – Tristan Fewings / Getty Images via AFP
Chérine Dabis signe avec Ce qu’il reste de nous un film palestinien puissant, entre fresque historique et récit intime, porté par une famille marquée par la Nakba et l’occupation.
En Bref :
- Chérine Dabis signe un film palestinien intime et puissant
- Ce qu’il reste de nous retrace trois générations marquées par la Nakba
- Le film mêle mémoire familiale et histoire politique
- Il met en avant la résilience et la foi du peuple palestinien
- Dernière apparition marquante de Mohammad Bakri
Numéro 210 – Mars 2026
Il y a quelques semaines, sortait Palestine 36 d’Annemarie Jacir, qui raconte la première grande révolte arabe pour l’indépendance. C’est au tour de Chérine Dabis de sortir sur nos écrans le film palestinien « Ce qu’il reste de nous ». L’Américano-Palestinienne brosse le portrait sur trois générations d’une famille prise dans la tourmente de la Nakba en 1948 en Palestine à l’occupation. Une superbe fresque autant historique qu’intimiste, et l’une des dernières apparitions du formidable acteur palestinien Mohammad Bakri, disparu en décembre dernier.
Vous avez réalisé, il y a une dizaine d’années, deux films plus personnels en lien avec votre vécu d’Américaine d’origine palestinienne.Qu’est-ce qui vous a poussé aujourd’hui à porter à l’écran une telle fresque de l’histoire de la Palestine ?
Chérine Dabis : J’ai toujours voulu faire un film sur la Palestine où l’on montrerait, à travers le destin d’une famille, les marques de l’histoire palestinienne depuis 1948. Mais je savais que cela ne pourrait pas être mon premier ou mon deuxième film, je ne me sentais pas artistiquement, ni psychologiquement, assez mature. Donc, j’ai commencé par deux films plus personnels, inspirés de mon expérience de jeune Américaine descendante de Palestiniens.
Tout le travail que j’ai accompli sur des séries pour différentes plateformes de streaming en tant qu’actrice ou réalisatrice m’a forgé l’expérience.
Il m’a permis de développer par la suite ce gros projet, une fois que j’ai eu pris confiance en mes compétences.
Celui-ci est entièrement inspiré par le destin de mon père et de ses aïeux. Son histoire a été façonnée par son vécu en Palestine avant d’immigrer aux Etats-Unis.
J’ai moi-même été marquée en particulier par une visite en Palestine, que j’ai faite quand j’avais une dizaine d’années, où j’ai vu mon père harcelé et humilié par des soldats israéliens à un checkpoint.
Pourquoi avoir choisi de montrer les différents événements qui ont frappé le peuple palestinien à travers le regard des membres d’une famille dans ce film ? Tout spécialement celui des enfants et des adolescents ?
Chérine Dabis : Je voulais vraiment révéler comment les différents aspects de l’occupation en Palestine affectent profondément la vie personnelle, intime, de chacun des membres d’une famille. Cela va au-delà des grands événements tragiques.
Le fait de raconter une histoire qui court sur plusieurs générations montre que les conséquences de la Nakba en 1948 se perpétuent jusqu’à nos jours. Elles ont même empiré.
Je voulais décrire aussi combien, à travers les années, la violence de l’occupation marque profondément les relations familiales. Cela concerne celle d’un père et d’un fils, d’un mari et d’une épouse. Malgré les souffrances et les drames, ce qui est frappant en contrepoint c’est l’énergie et l’espoir dont font preuve vos personnages dans le film.
Comment expliquez-vous cette force incroyable du peuple palestinien ?
Chérine Dabis : C’est d’abord un instinct naturel de survie. Ensuite, je pense que l’une des forces des Palestiniens, c’est leur foi. Une foi religieuse, mais aussi une foi dans la vie et le sens de l’histoire.
Et c’est cette foi qui fait qu’ils ne se contentent pas de survivre.
Ils refusent que l’occupation, sa répression, et les humiliations les séparent du reste de l’humanité. Il y a cette incroyable confiance et conscience de ce qu’ils sont.
Vous jouez vous-même l’un des personnages principaux dans le film palestinien.
Chérine Dabis : J’ai ressenti ce besoin, parce que je trouvais que ce personnage était comme une extension de moi-même. D’autant qu’il est aussi celui qui raconte l’histoire.
Ce personnage est l’élément de stabilité. Il tente de réparer les différents membres d’une famille que les événements ont brisée. Le film est aussi une exploration de mon passé à travers les générations.
Etait-ce un symbole pour vous d’avoir choisi, pour incarner trois des personnages masculins de la famille, des membres de la célèbre dynastie d’acteurs Bakri ? À savoir Saleh, Adam et Mohammad, qui a récemment disparu ?
Chérine Dabis : Oui, bien sûr, il y a un symbole. Quand j’ai écrit, je me suis sentie angoissée à l’idée de trouver différents acteurs. Il fallait qu’ils constituent une famille crédible.
Les Bakri, la seule famille composée d’acteurs palestiniens mondialement reconnus, me sont apparus comme une évidence. D’autant que Saleh et Mohammad, son père, ont joué tellement de films ensemble, surtout dans les années 1990. Leur jeu renforçait la cohérence et la fluidité du récit.
Il y a une très belle scène où le couple âgé revient dans sa ville d’origine, Jaffa, en Palestine.
C’est de là que ses aïeux avaient été expulsés.
Il retrouve ses goûts, ses odeurs…
Est-ce que pour vous il y a des souvenirs olfactifs, gustatifs, qui représentent la Palestine ?
Chérine Dabis : Les membres de la diaspora palestinienne, comme moi ou mon père, se raccrochent en effet à des souvenirs.
Cela nous rappelle instinctivement cette terre, comme le goût de l’huile d’olive ou l’odeur des orangeraies. C’est ce qui nous raccroche à un pays rêvé où l’on se rend très peu souvent.
Sans dévoiler une scène essentielle, à un moment les personnages sont confrontés à un choix qui met en balance leur engagement et leur humanité.
En quoi cette scène était importante pour vous ?
Chérine Dabis : Certains médias occidentaux qui répètent la doxa israélienne veulent donner à penser que les Palestiniens sont hors de l’humanité. Ils sont caricaturés comme des terroristes dans certains récits médiatiques. Je voulais montrer la profonde humanité, la générosité et l’empathie de mon peuple, des qualités qui lui sont trop souvent déniées.
FAQ
Qui est Chérine Dabis ?
Chérine Dabis est une réalisatrice et actrice américano-palestinienne connue pour ses films engagés sur la Palestine et l’identité.
De quoi parle le film « Ce qu’il reste de nous » ?
Le film raconte l’histoire d’une famille palestinienne sur plusieurs générations, de la Nakba en 1948 jusqu’à aujourd’hui.
Pourquoi ce film est-il important ?
Il propose une vision intime de l’histoire palestinienne, en montrant l’impact de l’occupation sur la vie familiale.
Qui sont les acteurs du film ?
Le film met notamment en scène des membres de la famille Bakri, dont Mohammad Bakri, figure majeure du cinéma palestinien.
Quel est le message principal du film ?
Le film souligne la résilience, la mémoire et la foi du peuple palestinien face aux épreuves.
