Chronique.La "résistible" ascension de Viktor Orban

crédit photo : F. Ferville pour Le Courrier de l'Atlas

L’écrivain Mabrouck Rachedi croque l’actualité. Ce mois-ci, l’auteur de “Tous les hommes sont des causes perdues” évoque le triomphe de Viktor Orbán aux législatives hongroises.

Douze ans que ça dure et la Hongrie en reprend pour quatre. Viktor Orbàn a été réélu Premier ministre pour la quatrième fois. Son premier mandat avait duré de 1998 à 2002 puis, après une cure d’opposition de huit ans, il était revenu au pouvoir à partir de 2010 pour ne plus le lâcher.

D’abord libéral puis conservateur, son fonds de commerce a dérivé vers le populisme et l’extrême droite. Contrairement à l’idée reçue que les extrêmes profitent de la désaffection des électeurs, le leader du Fidesz (union civique hongroise) a amélioré son score précédent avec un taux de participation plus élevé. Celui qui est surnommé par ses opposants “Viktator”, contraction de son prénom et de “dictateur”, s’offre à nouveau la majorité des deux-tiers qui permet de modifier la Constitution. Un droit dont il a usé pour y faire inscrire en 2012 des références controversées aux racines chrétiennes et à l’Histoire millénaire du pays.

Une adhésion massive à sa politique

Orbán ne bénéficie pas seulement du rejet des autres offres politiques mais d’une adhésion massive à la sienne. Son programme a été largement bâti autour de la lutte contre l’immigration présentée comme responsable de tous les maux de l’Europe. La Hongrie s’est vue, à l’instar du monde d’Astérix, en petit village encerclé par une horde de barbares sur le sentier de l’invasion. La paranoïa a été alimentée par des “fake-news” sur des meurtres, des viols et mille turpitudes qui se seraient répandus dans les pays d’accueil.

L’autoritarisme d’Orbán s’appuie sur “l’illibéralisme”. Outre qu’il est la preuve que les invasions du barbarisme existent dans la langue, ce néologisme aux contours flous et aux interprétations diverses défend l’idée de la primauté du suffrage universel sur les contre-pouvoirs. Les corps intermédiaires sont déconsidérés : les médias, donc, mais aussi les syndicats, les intellectuels… Toutes les voix potentiellement discordantes sont peu à peu écrasées.

Des frontières de partis poreuses

En France, Marine Le Pen s’est évidemment réjouie de la “grande et nette” victoire d’Orbán, considérant que “l’inversion des valeurs et l’immigration de masse prônées par l’Union européenne sont à nouveau rejetées.” La présidente du Front national pose ses jalons pour le scrutin de 2019, qui sera un nouveau test sur l’orientation politique future du continent. Car Orbán n’est pas un épiphénomène seulement circonscrit à l’Europe de l’Est.

Siégeant au Parlement Européen au sein du Parti populaire européen (PPE) aux côtés de la CDU de Merkel et des Républicains de Wauquiez, il prouve que les barbelés aux frontières de la droite et de l’extrême droite sont poreux aux migrations d’idées. Un appel d’air qui dépasse le clivage gauche-droite et qui constitue un vrai choix de société pour l’identité européenne : doit-elle se construire autour des frontières, résultats du passé, ou autour d’une idée politique commune, qui l’oriente vers le futur ? 

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