Dossier du Courrier.Ils ont plombé la gauche

Crédit photo : Joël Saget / AFP

Oui, la gauche se porte mal. Entre le libéralisme d’Emmanuel Macron et le populisme de Jean-Luc Mélenchon, il existe un espace politique vacant. Les écologistes ont disparu du paysage. Reste Benoît Hamon et son mouvement Générations. Les prochaines échéances électorales – européennes en 2019, municipales en 2020 – diront s’il parvient à percer. Doit-on pour autant enterrer les socialistes ? 

Le Parti socialiste est mort, vive le PS ! serait-on ­tentés de dire. En effet, de nombreux observateurs de la vie politique tempèrent la joie morbide de ceux qui se réjouissent un peu trop vite de sa disparition an­noncée. Laurent Joffrin, directeur de la rédaction de ­Libération, s’est fendu mi-avril d’un éditorial au titre explicite “PS, le mort bouge encore”. Il y écrit notamment : “Ce parti qu’on dit partout moribond – avec des arguments, certes, tant les électeurs et les militants l’ont abandonné – bouge encore. Mille délégués, un nombre considérable d’élus de terrain, une phalange de Mohicans du militantisme qui gardent l’enthousiasme. Ce n’est pas un baptême, mais ce n’est pas un enterrement. Olivier Faure, nouveau synthétiseur en chef, a produit un discours très honorable (au congrès d’Aubervilliers, ndlr), qui a ranimé les mânes d’un passé glorieux, fixé un programme d’action, apporté un soutien bien venu au service public et aux cheminots en grève (…). Le PS a un héritage, une expérience, un réseau d’élus sans pareil.”

Certes, le Parti socialiste ne joue plus son rôle de ­parti d’opposition, et il s’est même vidé de son sens lors du dernier quinquennat. François Hollande et ­Manuel Valls, alors respectivement président de la ­République et Premier ministre, en sont les responsables. Ils ont signé la faillite morale du PS (lire p. 26). Qui ­aurait pu penser que l’épineuse question de la ­déchéance de la nationalité aurait pu être débattue à l’Assemblée nationale sous un gouvernement de gauche ? Une des mesures phares, rappelons-le, du programme du Front national... Les digues sont tombées. Même à droite, François Fillon et Nathalie ­Kosciusko-Morizet se sont prononcés contre la révision de la Constitution française pour y inscrire le principe de la déchéance de nationalité !

Maladresse, provocation ou calcul politique

Dans son livre, Les Leçons du pouvoir, paru en avril, François Hollande dresse un bilan de son mandat et revient sur cet épisode. “Tel est mon regret : avoir sous-estimé l’impact émotionnel de la déchéance de nationalité (...). Aujourd’hui encore, je suis sûr que notre démarche ne ­menaçait en rien les libertés publiques, pas plus que les principes d’égalité entre les citoyens. Mais en démocratie, il ne suffit pas d’avoir raison, il faut aussi convaincre.”

Il admet plus volontiers l’erreur concernant la loi Travail sur “la méthode et le calendrier”, mais pas sur le fond. “Sa présentation a été précipitée. Les mesures les plus discutables n’ont pas été expliquées avec la pédagogie nécessaire. L’annonce maladroite d’un recours au 49.3 (initié par Manuel Valls, ndlr) avant même l’ouverture du débat parlementaire, qui tenait du coup de menton, avait été perçue au mieux comme une maladresse, au pire comme une provocation”, écrit-il.

C’est à se demander s’il ne s’agissait pas d’un calcul politique de la part de l’ancien Premier ministre, qui se voyait bien “calife à la place du calife”. Il affirmait pourtant, dès juin 2014, devant le conseil national du Parti socialiste, que “le risque de voir Marine Le Pen au second tour de l’élection présidentielle” de 2017 existait, et que “la gauche [pouvait] mourir (…). Nous sentons bien que nous sommes arrivés au bout de quelque chose, au bout peut-être même d’un cycle historique pour notre ­parti”, assénait-il alors. Qu’a fait Manuel Valls pour éviter cela ? Souffler sur les braises ?

LREM n’est pas un parti de gauche

Il y avait à gauche, un socle de valeurs qui semblait ­solide : protection du droit à la nationalité, asile aux ­réfugiés, solidarité sociale pour les plus démunis... L’actualité nous démontre tous les jours un peu plus que LREM n’est pas un parti de gauche, mais seulement une formation regroupant majoritairement des personnalités de gauche. Est-ce suffisant ? Ces dernières seraient bien inspirés de relire cette citation de Martin Luther King : “Sur certaines prises de positions, la couardise pose la question : ‘Est-ce sans danger ?’, l’opportunisme pose la question : ‘Est-ce politique ?’, et la vanité les rejoint et pose la question : ‘Est-ce populaire ?’ Mais la conscience pose la question : ‘Est-ce juste ?’ Et il arrive alors un moment où quelqu’un doit prendre position pour quelque chose qui n’est ni sans danger, ni politique, ni populaire mais doit le faire parce que sa conscience lui dit que c’est juste.”

Tous les députés LREM – tous sauf un – ont voté fin avril la loi asile et immigration qui prévoit : la facilité d’expulsions, la diminution des délais de recours, l’allongement des délais de rétention et, honte ultime, la rétention des mineurs. Contrairement à ce qui est annoncé comme un progrès, le délit de solidarité n’est pas abrogé. Jouant sur la sémantique, il est prévu qu’en cas “d’urgence vitale”, les interventions humanitaires ne seront plus poursuivies. Mais “pas celles qui visent à une médiatisation de la cause”. En vertu de quoi, un Cédric Herrou, l’agriculteur de la vallée de la Roya, à la frontière italienne, qui vient en aide aux réfugiés (dont nous avions fait le portrait dans Le Courrier de l’Atlas n° 119), serait donc considéré comme un délinquant… 

La suite du dossier :

Macron un an de dévoiement libéral

Une gauche vidée de son sens

Et si « le peuple » sauvait la gauche ?

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