Supermarchés : Promotions sur la prime rabotée ou inexistante

 Supermarchés : Promotions sur la prime rabotée ou inexistante

Archives personnelles de Stéphane Jeuneux


Sur tous les tons, le président Emmanuel Macron n'a cessé de remercier ces employés "en deuxième ligne" qui "nourrissent le peuple". Pour Bruno Lemaire, le ministre de l'Economie et des finances, la prime de 1000 euros était destinée aux employés contraints de braver le confinement. La réalité est tout autre ! La grande distribution rabote ou supprime ce "cadeau" aux "héroïques salariés" précaires.


Il y a les beaux discours et la réalité. La grande distribution promet prix bas, éthique et autres merveilles pour le consommateur choyé. Quand on y voit de plus près, l'affaire de la prime de 1000 euros vient s'ajouter à la longue litanie des comportements inadmissibles de ces marques.


Pour récompenser les héros, le gouvernement a décidé de sortir le carnet de chèques. Il a permis aux entreprises de verser une prime de 1000 euros pour tous les salariés, "héros de la seconde ligne". Mais de toute évidence, les entreprises jouent sur les mots pour verser au minimum cette somme.


Etudiant en Master 2 de Sciences Politiques à la faculté de Nanterre, Stéphane Jeuneux travaille depuis deux ans pour une enseigne de supermarchés connue sur Paris. Ce petit boulot lui permet de combler ses frais, à peine compensés par sa bourse d'études. En CDI, il se rend tous les dimanches au supermarché pour une douzaine d'heures auxquelles viennent s'ajouter des heures supplémentaires en cas de besoin. 


Lors de l'annonce du confinement, il est heureux de faire partie de ces "héros" venant aider la population à se sustenter même si comme bon nombre de ses collègues, il y va la boule au ventre. "Nous avions peur, nous explique l'étudiant. Certains sont tombés malades. Nous n'avions au départ, ni masques, ni équipement d'hygiène, ni gants. Pour combler les congés pour gardes d'enfants et les maladies, on nous a incité à venir travailler en nous faisant miroiter cette fameuse prime."


Pourtant, un courrier reçu dernièrement leur fait un effet de douche froide. Les modalités de la prime y sont définies. Les temps complets en CDI auront droit à la totalité de la prime. Les temps partiels partiront avec une prime proratisée, sans que les termes y soient bien clairs. "Des étudiants se retrouvent avec une prime de…40 euros. Nombre d'entre eux étaient déçus !"


Mais ce sont surtout les CDD, les intérimaires qui pâtissent le plus des "règles" de la distribution pour éviter de leur verser la prime. "Si votre contrat se termine avant le 10 mai, date du déconfinement, vous n'aurez rien. Même chose si celui-ci débute après le début du confinement. Des étudiants ont souvent fait des heures supplémentaires car les enseignes manquaient de bras. Beaucoup d'entre eux m'ont dit qu'ils n'auraient pas mis leurs vie en danger pour toucher 40 euros ou pour ne rien avoir."


Avec un arrière goût amer, les employés précaires de la grande distribution, dont une grande partie est féminine, ont l'impression d'avoir été "bernés". Rappelons qu'en dehors du versement de la prime à proprement parlée, les entreprises ne paient rien en charges ni en impôts. C'est la collectivité nationale qui fait ainsi un cadeau aux employés.


Et ce n'est pas nouveau ! Grâce au CICE créé par Hollande (et qui coûte chaque année 40 milliards d'euros à la France), 2 groupes de la grande distribution ont bénéficié de généreux crédits d'impots tout en annonçant des licenciements. Plusieurs actions en justice sont en cours sur ces dossiers. 


Des comportements incompréhensibles alors que la période de confinement a bien profité à ces sociétés. "Ces magasins ont fait des marges énormes pendant cette période de consommation, voire de surconsommation, nous rappelle Stéphane. Des cadres ont même eu droit à des primes complètes alors que les précaires se retrouvent sur le carreau." En effet, alors qu'ils ont bénéficié d'un quasi monopole en l'absence de concurrents, on peut s'interroger sur les marges effectuées par ces enseignes. Une étude d'UFC que Choisir fait ressortir par exemple que depuis le début du confinement, le prix des fruits et légumes a augmenté de 9%, avec des différentiels de 6% pour les produits conventionnels et de 12% pour les produits bio. Des coûts plus élevés de production et moins d'importation seraient les principales causes sans que l'on pense pour le moment à vérifier si la grande distribution n'en a pas profité pour augmenter ses marges. 


 


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Yassir GUELZIM

Journaliste Print et web au Courrier de l'Atlas depuis 2017. Ancien de RFI, LCI, France Inter. Producteur et réalisateur (Arte Reportage, France24, France tv).