Festival des musiques soufies. La mystique peut-elle guérir le monde ?

Faouzi Skali, président du Festival de Fès de la culture soufie, dont la prochaine édition se tient du 17 au 24 octobre 2026. © FADEL SENNA / AFP
On peut compter sur le personnage pour toujours trouver le bon mot : « La poésie mystique, élixir de guérison » et pourquoi pas ? Quand Faouzi Skali, président du Festival de Fès de la culture soufie, choisit ce mot d’ordre comme appel pour l’édition qui s’annonce, il prend ainsi le mot « guérison » dans son acception intérieure, et peut-être aussi civilisationnelle, qui consiste à renouer ce qui a été séparé : « l’être avec lui-même, l’intelligence avec le cœur, la culture avec sa profondeur spirituelle et les traditions les unes avec les autres ».
En bref
- Le Festival de Fès de la culture soufie se tient du 17 au 24 octobre 2026 autour du thème « La poésie mystique, élixir de guérison ».
- Au programme : concerts, chants soufis, rituels de Samaa, ateliers de dhikr, cérémonie japonaise du thé et tables rondes.
- Parmi les artistes annoncés figurent Nabyla Maan, Shuaib Aftab Ahmad Mushtaq, Ustad Wasifuddin Dagar, Leili Anvar et Wasim Arslan.
- Le festival s’achèvera le 24 octobre avec la soirée « Ivresses », réunissant le samâ‘ arabo-andalou et les derviches d’Alep.
Cette guérison des âmes exprime une même aspiration : celle de donner du sens, de dépasser nos différences et de relier des êtres que tout semble séparer. Surtout à un moment où les guerres fratricides, les conflits armés, les inquiétudes identitaires semblent parfois l’emporter sur ce qui devrait en principe nous rassembler, à savoir notre humanité première.
On peut penser ce festival comme un événement musical, mais il est bien plus que cela : un espace de dialogue, un acte de résistance culturelle et spirituelle, une invitation à faire l’expérience du vivre-ensemble à travers la musique sacrée ou le chant mystique.
C’est pour cela que Skali insiste sur le côté évocatoire de la poésie mystique, qui ne procède pas seulement par concepts. « Elle suggère, dévoile, éveille. Elle nous invite à retrouver, derrière la multiplicité des formes, la profondeur de l’être ».
Le Festival de Fès de la culture soufie et des sagesses du monde porte depuis son origine cette conviction : le patrimoine spirituel n’a de sens que s’il demeure une ressource vivante. Il ne s’agit donc pas de célébrer nos patrimoines spirituels comme des héritages figés du passé, mais d’interroger leur capacité à nourrir une réflexion contemporaine sur ce qui fonde notre humanité.
« Automne malade et adoré », chantait Apollinaire. Ceux qui ont vécu à Fès, ne fût-ce que quelques années, savent très bien le sens de cette poésie, avec ces rues jonchées de feuilles mortes et ces arbres dégarnis.
C’est pour cela que le plaisir d’assister au concert inaugural « Chemins de l’amour spirituel », le 17 octobre, à Bab El Makina, donnera le coup d’envoi avec les chants et la hadra arabo-andalouse de la tradition harrâqie, avec la participation de Nabyla Maan.
Le 18 octobre, c’est au tour de Shuaib-Aftab-Ahmad Mushtaq, qawwal du Pakistan, de rendre hommage à Mohammed Iqbal. La journée sera également marquée par une table ronde consacrée à la « Poésie mystique : une ode à l’invisible », ainsi que par l’ouverture de l’exposition-installation « Il était une fois un souk : traversée intemporelle », d’Odile Guinand. Tristan Driessens et Luthopia, avec Arianna Savall, proposeront également un concert inspiré des chants mystiques d’Hildegarde de Bingen.

Le 19 octobre, Maître Miyuki proposera le chanoyu, cérémonie du thé japonaise, une poésie du geste et de la présence. Une table ronde portera également sur les « Rituels d’intermédiation avec le monde des invisibles dans le soufisme populaire : quand les récits soignent ». Au jardin botanique Jnan Sbil, le rituel des Hmadcha sera également au programme, avant le Samaa, rituel de la Tariqa Qadiriya Boutchichiya, à Bab El Makina.
Le 20 octobre, les ateliers de dhikr avec accompagnement musical d’Enris Qinami et la table ronde « La beauté peut-elle sauver le monde ? » inviteront à la réflexion et au recueillement. Le programme prévoit également la projection du film « Les Constructeurs de l’Alhambra », d’Isabel Fernandes, un concert de Françoise Atlan et Kamal Hafid autour d’« Ibn al-Khatîb et la Cité de l’amour », ainsi que l’ouverture de l’exposition « Murmures de maisons – Du chant des oiseaux aux couleurs des seddaris », de Marie Pourchot. La soirée se poursuivra avec le Samaa de la Tariqa Charqawiya, à Bab El Makina.

Le 21 octobre, c’est au tour des chants ancestraux de dhrupad de l’Inde du Nord, interprétés par Ustad Wasifuddin Dagar. Une table ronde sur la « Dimension sensible de l’expérience religieuse » est également prévue, avant les rituels de Samaa des Tariqas Ouazzaniya et Rissouniya, à Bab El Makina.
Le 22 octobre, « Bach et Rûmî », avec Leili Anvar et Claire Antonini, rapprochera deux univers dont les œuvres donnent une approche différente de l’expérience spirituelle. Une symbiose qui éclot ici de la singularité de chaque tradition et de sa propension à accueillir la résonance de l’autre.

Dans la foulée, on évoquera également les ateliers de dhikr avec Enris Qinami et « Les Jardins intérieurs, quand la poésie respire », un atelier autour du parfum proposé par Najoua Ajjour et Mathieu Beley. Une table ronde consacrée au Mathnawî de Rûmî, « une quête de guérison », ainsi que le Samaa de la Tariqa Sqalliya complètent le programme de la journée.
Le 23 octobre, Daoud Konaté, de Côte d’Ivoire, et Enris Qinami, d’Albanie, présenteront leurs chants spirituels à Jnan Sbil, avant la création « Voyage d’Orient vers l’Occident » de Marouane Hajji. Une table ronde portera également sur « L’épreuve transfigurée dans les grands textes sacrés ».
Le 24 octobre, une table ronde consacrée à « Poésie et guérison, la voie thérapeutique de Sami-Ali » et une séance de synthèse des tables rondes précéderont la soirée de clôture.
Pour finir en beauté, les organisateurs ont réservé le clou du spectacle au 24 octobre, avec une soirée de clôture intitulée « Ivresses », réunissant le samaa arabo-andalou et les derviches d’Alep, avec Wasim Arslan, Anas Al Attar et Noureddine Tahiri : un dernier hymne à la poésie de l’amour spirituel.


