Israël. Régime de peine capitale raciste

Yuli Novak (centre), de B’Tselem, dénonce la loi de peine de mort adoptée par la Knesset pour les Palestiniens le 30 mars 2026, ici aux côtés d’Orly Noy (à droite) et de Kareem Jubran, lors d’une conférence de presse à Jérusalem le 28 juillet 2025. © Ahmad GHARABLI / AFP
Ce sont des journalistes gênés, des éditoriaux embarrassés, une sensation d’inconfort palpable dans la presse française, obligée, une fois n’est pas coutume, de se mettre en porte-à-faux avec le narratif véhiculé par les autorités israéliennes. Mais cette fois, Israël ayant poussé le bouchon trop loin, comment défendre la décision de la Knesset d’exécuter les détenus palestiniens sans paraître complice et surtout sans se dédire dans une Europe qui a fait de l’abolition de la peine de mort un de ses principaux chevaux de bataille, la peine capitale faisant référence aux fatwas obscurantistes du pays des mollahs ou de la monarchie wahhabite des Al Saoud ? Comment faire pour ne pas dénoncer, au moins du bout des lèvres, cette loi instaurant la peine de mort pour les Palestiniens, adoptée ce lundi 30 mars par 62 députés contre 48 ?
En tout cas, et c’est tout à leur honneur, des ONG comme Hamoked, Adalah et Physicians for Human Rights n’ont pas hésité à fustiger : « Une loi qui porte atteinte aux engagements pris par Israël dans les instances internationales, ainsi qu’aux principes fondamentaux d’égalité devant la loi et du respect des garanties procédurales, en instaurant un système intrinsèquement discriminatoire sur le plan racial, en appliquant la peine de mort exclusivement aux accusés palestiniens, en supprimant le pouvoir des juges et en sapant les garanties fondamentales d’un procès équitable ».
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Pour sa part, la directrice exécutive de B’Tselem, Yuli Novak, a fustigé un État : « Israël, qui atteint un nouveau niveau de bassesse dans la déshumanisation des Palestiniens en inscrivant leur traitement cruel dans la législation nationale. Il tue déjà des Palestiniens de manière systématique sans que personne ne lui demande de rendre des comptes. Sous la direction de ministres de premier plan, le système israélien devient, jour après jour, un système qui banalise le fait de tuer et de blesser des êtres humains ».
Oubliées, les tortures en prison supervisées par le ministre de la sécurité nationale, Itamar Ben Gvir lui-même.
À la trappe, les 100 détenus palestiniens morts au cours de leur détention depuis le 7 octobre 2023.
Occulté, l’usage du viol généralisé, et ce, au moment où les soldats de Tsahal sont autorisés à tirer sans sommation sur tout Palestinien. Ce qui porte à 1 087, dont 227 mineurs, le nombre de Palestiniens assassinés de sang-froid par l’armée ou les colons.
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Une loi, d’ailleurs, conçue pour limiter au maximum la marge de manœuvre de la clémence de certains juges et des avocats. Et comment ! Une décision aussi grave pourra être adoptée par une majorité simple des magistrats, et non plus à l’unanimité de la cour. Le prisonnier condamné devrait être exécuté, par pendaison, dans les quatre-vingt-dix jours qui suivent la sentence.
Lors de la dernière réunion en commission, le 25 mars, le ministre de la sécurité nationale avait laissé exploser sa joie : « devant une loi sur la peine de mort pour les terroristes, qui est la loi la plus importante que la Knesset ait adoptée ces dernières années, et elle vise à protéger nos enfants et, avec l’aide de Dieu, nous appliquerons pleinement cette loi et nous tuerons nos ennemis ».
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