La Série Danse.Abou Lagraa, la liberté d'être soi

crédit photo : Dan Aucante / Jeanne Garaud

Il fait partie de ceux qui aiment aller là où on ne les attend pas. Ce danseur et chorégraphe contemporain a créé sa compagnie, La Baraka en 1997. 

Abou Lagraa le confesse : c’est avec ses créations qu’il “garde les pieds sur terre”. Entretenir le lien social et chercher des ­subventions pour monter des spectacles ne sont pas vraiment la tasse de thé de ce danseur et chorégraphe contemporain de 47 ans né en France de parents algériens. Mais il ­estime que “si on reste trop là-dedans (la création pure, ndlr), on finit par tourner uniquement autour de son nombril”.

Sortir du cliché de l’Arabe qui fait du hip-hop

Lui qui a grandi à Annonay, en Ardèche, aime surprendre et ­aller là où on ne l’attend pas. Pour lui, la danse contemporaine s’est très tôt imposée comme une évidence. A 16 ans, il a un ­déclic : il assiste à un cours et a la chance de tomber sur une professeure qui a compris son envie d’être danseur. “Cette discipline, c’est la liberté d’être soi et la liberté totale de créer, s’enthousiasme-t-il. J’ai voulu sortir des clichés du gars d’origine arabe et fan de ­hip-hop. Je ne le ­regrette pas.”

Abou Lagraa entame une formation classique en entrant au Conservatoire supérieur de musique et de danse de Lyon. “Petit, j’étais celui qui dansait toujours dans les mariages et ma mère me ­suivait à fond, ­se souvient-il. Avec mon père, ça a été plus difficile au début, mais quand il a visité le Conservatoire, il a trouvé cette danse physiquement éreintante et il a été impressionné”.

Après trois ans de formation, il travaille aux côtés du chorégraphe portugais Rui Horta, à Lisbonne, au sein du Ballet Gulbenkian ou encore à Francfort, en Allemagne. “On pompait mon travail pour qu’il soit reproduit dans les chorégraphies des autres. J’ai quitté la formation en 1997 ”, explique le danseur. La même ­année, il crée sa propre compagnie, La Baraka, basée à Lyon. “Mes parents me ­disaient souvent ‘alik baraka’ pour me souhaiter bonne chance et je trouvais que ça me collait bien à la peau”, raconte l’artiste qui a ­depuis 17 créations et cinq commandes à son actif.

Très attaché à ses racines, Abou Lagraa travaille en 2008 avec son épouse, Nawal Lagraa-Aït Benalla, également danseuse, à la création d’un pont culturel méditerranéen, en collaboration avec le ministère français de la Culture et l’Agence algérienne pour le rayonnement culturel. En 2010, ils créent le premier ­Ballet contemporain d’Alger. “Jamais mes parents n’auraient pensé que la danse me ferait rencontrer le président algérien et le ministre de la Culture. Ils étaient extrêmement fiers et se sont rendu compte que cette discipline inspire du respect”, se souvient l’artiste.

Interroger les rapports humains

Dans ses spectacles, le chorégraphe se plaît à interroger les rapports humains comme dans sa dernière création, Wonderful One, où des hommes et des femmes dansent sur la question du genre. En février, La Baraka prendra ses quartiers à la Chapelle Sainte-Marie, une église du XVIIe siècle transformée en studio de danse, à Annonay. “Ma compagnie prend encore du sens”, sourit le danseur, fier de s’installer dans un édifice classé monument historique. 

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