Politique des barrages au Maroc : un rôle clé face aux inondations

 Politique des barrages au Maroc : un rôle clé face aux inondations

archives personnelles de Majida Nejmeddine

Au cœur des enjeux climatiques, la politique des barrages au Maroc joue un rôle clé dans la gestion des ressources hydriques.  L’ingénieure hydrologue et cheffe de projet en ressources en eau au sein de Novec, Majida Nejmeddine analyse l’impact des pluies du début d’année, entre prévention des inondations et adaptation à la sécheresse.

Magazine n°210 – Mars 2026

En bref :


La politique des barrages au Maroc permet de limiter les inondations et de sécuriser les ressources en eau. Face au changement climatique, le pays renforce ses stratégies entre stockage, transfert et dessalement.

Quel est l’état de l’hydrologie au Maroc ?

Majida Nejmeddine : La politique des barrages au Maroc voulue par feu le roi Hassan II est toujours en vigueur. Nous avons de grands ouvrages, mais aussi d’autres de plus petite taille, ainsi que des lacs collinaires. L’objectif n’est pas uniquement de stocker l’eau ou d’irriguer les terres agricoles, mais aussi d’assurer une gestion de l’eau au Maroc. Il faut aussi garder à l’esprit que les barrages au Maroc contre les inondations servent à assurer une protection essentielle. Sans eux, la situation serait pire, avec des conséquences potentiellement plus dramatiques.

Quels paramètres doit-on avoir en tête quand on parle d’hydrologie ?

Majida Nejmeddine : Le paramètre principal reste la pluie. Le Maroc sort d’une longue période de sécheresse au Maroc liée à l’eau qui a duré sept ans. Celle-ci a eu des conséquences sur les sols et sur l’infiltration de l’eau vers les nappes phréatiques. Après un épisode pluviométrique intense, la question d’ouvrir ou non les vannes d’un barrage relève d’une décision technique. Elle est encadrée par les autorités. Les décisions reposent sur des données comme le débit de l’oued Loukkos. Le taux de remplissage du barrage a atteint 150 % de sa capacité alors qu’habituellement celui-ci oscille entre 20 % et 30 % du niveau maximum.

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Comment un pays décide-t-il de construire un nouveau barrage ?

Majida Nejmeddine : Les barrages permettent de réguler l’eau. Au Maroc, un programme annuel prévoit la construction et l’étude d’une vingtaine d’ouvrages. Lors d’une année généreuse en pluies, on peut stocker davantage d’eau. Cela permet de sécuriser les années suivantes, pour les besoins en eau potable, l’agriculture, l’aménagement du territoire et le développement touristique. Il ne faut pas oublier que les saisons pluvieuses contribuent aussi au remplissage des nappes phréatiques. Sur le plan technique, le choix de l’emplacement est crucial : il faut un resserrement topographique adapté et une stabilité géotechnique suffisante, car la pression exercée par l’eau peut être très importante.

Comment ces ouvrages sont-ils préservés ?

Majida Nejmeddine : L’État marocain dispose d’une direction des aménagements hydrauliques. Chaque année, des experts procèdent à des auscultations géotechniques et électromécaniques des barrages du pays. On vérifie notamment le bon fonctionnement des vannes et, lorsqu’il y a une centrale hydroélectrique, l’ensemble des équipements.

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Lorsqu’on parle de politique des barrages au Maroc, faut-il raisonner à l’échelle nationale ou bassin par bassin ?

Majida Nejmeddine : Les barrages ne se remplissent pas simultanément, car le Maroc connaît une forte variabilité spatiale des précipitations. C’est pourquoi le pays pratique le transfert d’eau au Maroc. Par exemple, les régions du nord peuvent recevoir jusqu’à 1 000 mm de pluie par an, tandis que celles du sud, près d’Agadir, sont plus proches de 200 mm.

Pour maintenir un équilibre, le Maroc développe ce qu’on appelle “l’autoroute de l’eau”, un système de transfert du nord vers le sud qui permet d’éviter que l’eau excédentaire ne se déverse en mer, en l’acheminant vers des bassins déficitaires.

Quels sont les risques à ne pas ouvrir les vannes des barrages ?

Majida Nejmeddine : Tous les scénarios sont étudiés en amont. L’objectif prioritaire est d’éviter les inondations ou le risque de rupture d’un barrage. Avant toute ouverture des vannes, les différentes options sont analysées. Dans le cas de Ksar El Kébir, l’évacuation était à la fois sanitaire et sécuritaire. La ville est située à proximité de l’oued Loukkos. Il en a été de même pour certaines zones de Kénitra, qui ont nécessité une vigilance accrue. Le problème ne réside pas seulement dans le débit de l’eau. Il dépend aussi de son point d’arrivée. Si la mer est agitée ou les courants sont forts, l’évacuation devient plus complexe.

Sait-on gérer ces périodes alternant sécheresse et excès d’eau ?

Majida Nejmeddine : Que l’on adopte une approche macro ou micro, la cyclicité des périodes humides et sèches a toujours existé. Toutefois, depuis les années 1980, on observe une rupture liée au changement climatique. Le Maroc travaille sur des plans nationaux intégrés d’aménagement des ressources en eau. Le développement du pays nécessite des réserves hydriques. Il faut trouver des solutions de long terme, comme les transferts d’eau ou le dessalement.

Avec ces surplus d’eau, observe-t-on une augmentation de la production hydroélectrique ?

Majida Nejmeddine : L’eau peut être utilisée pour la consommation nationale ou l’exportation d’électricité. Toutefois, l’objectif principal d’un barrage reste l’eau potable. Une fois celle-ci sécurisée, on privilégie l’agriculture, afin d’assurer la souveraineté alimentaire. Ensuite viennent les considérations liées à l’hydroélectricité.

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La situation actuelle dépasse le cadre marocain. Comment le Royaume se positionne-t-il par rapport aux autres pays ?

Majida Nejmeddine : Avec Novec, nous avons accompagné des projets de barrage au Liban, aux Émirats arabes unis et dans plusieurs pays africains comme le Burkina Faso ou le Gabon, où nous intervenons actuellement. Nous avons l’habitude d’anticiper et de gérer ces enjeux. Les barrages sont suivis chaque année et les éventuels problèmes sont signalés. Avec le changement climatique, nous allons faire face à davantage de phénomènes extrêmes. Le caractère exceptionnel de cette année tient aux volumes enregistrés. Nous observons désormais davantage de pics d’inondations et d’averses intenses.

Recevoir 60 mm de pluie en quatre heures a un impact bien différent de la même quantité répartie sur une journée. Cette année, la pluie est tombée de manière continue sur plusieurs jours. Cela peut engendrer des difficultés supplémentaires. Si les courants marins sont forts, l’ouverture des vannes ne suffit pas toujours à assurer une évacuation rapide. Au Maroc, certains barrages sont volontairement maintenus à des niveaux bas. Ils sont destinés uniquement au stockage temporaire ou à la régulation des crues. Toutefois, l’objectif reste toujours de préserver au maximum la ressource, notamment pour les années à venir.

 

Barrage au Maroc illustrant la politique des barrages et la gestion de l’eau
Centrale solaire flottante sur le barrage de Oued Rmel, près de Tanger, en août 2025 (crédit photo : Abdel Majid Bziouat/AFP)

Chiffres clés (fin d’article)

  • 7 ans de sécheresse au Maroc
  • Jusqu’à 1 000 mm de pluie par an dans le nord
  • Environ 200 mm dans le sud (région d’Agadir)
  • 150 % de taux de remplissage observé pour un barrage
  • 20 % à 30 % : niveau habituel de remplissage
  • 60 mm de pluie en 4 heures lors d’épisodes extrêmes
  • Une vingtaine de barrages étudiés ou construits chaque année

FAQ

Pourquoi les barrages sont-ils essentiels au Maroc ?
Ils permettent de stocker l’eau, prévenir les inondations et sécuriser l’approvisionnement en eau potable et agricole.

Le Maroc manque-t-il d’eau ?
Le pays fait face à une alternance entre sécheresse et pluies intenses, accentuée par le changement climatique.

Qu’est-ce que le transfert d’eau au Maroc ?
Il s’agit d’acheminer l’eau des régions excédentaires vers les zones déficitaires, notamment du nord vers le sud.

Les barrages servent-ils à produire de l’électricité ?
Oui, mais l’usage prioritaire reste l’eau potable, puis l’agriculture.

Yassir Guelzim

Yassir GUELZIM

Journaliste, auteur et réalisateur, Yassir Guelzim évolue depuis plus de vingt-cinq ans entre presse écrite, radio, télévision et documentaire. La constante de son parcours : décrypter les dynamiques politiques, les sociétés en mouvement et les fractures du monde contemporain.Collaborateur du courrier de l'atlas depuis 2017, il a également travaillé en tant que journaliste à LCI pendant près de quinze ans mais aussi France 3, RMC Moyen-Orient–RFI, France Inter et France Culture, couvrant notamment les élections marocaines de 2002 et de nombreux enjeux liés au monde arabe et à l’espace méditerranéen.Son travail s’est progressivement étendu à l’écriture et à la réalisation documentaire. Co-auteur et co-réalisateur de L’Archipel des Français Libres (France 5, 2021), il explore les mémoires maritimes et les trajectoires méconnues de l’histoire française. L’ouvrage tiré du film reçoit une mention du jury du Prix Étienne Taillemite en 2023. En 2024, il signe également La Prohibition Américaine, une aubaine française, diffusé sur France 5 dont un ouvrage aux éditions Mon Autre France sortira en octobre 2026.Fondateur de la société Mediterranean Press TV News Production, qu’il dirige pendant dix ans, il produit des reportages et documentaires diffusés sur Arte, France 24, Al Jazeera ou Sky News Arabic.Diplômé du département de Sciences Politiques de Paris La Sorbonne et de l'Université de sciences économiques de Montpellier I, Yassir Guelzim conjugue regard analytique, rapport économique et exigence narrative. Spécialisé sur l'économie, il peut aussi traiter de questions politiques, géopolitiques ou sociétales. Ses articles et interviews interrogent les rapports de pouvoir, les identités politiques et les mutations géopolitiques, avec une attention particulière portée sur le Maroc, l'Afrique, le Proche-Orient et les sociétés méditerranéennes.