PORTRAIT. Karim Touijer, un chirurgien à bloc

Pr Karim Touijer, chirurgien urologue et spécialiste des cancers urologiques, un visage de l’excellence médicale marocaine qui s’impose sur la scène mondiale.
De Casablanca à New York, il s’est imposé comme l’un des urologues les plus respectés au monde. Animé par une résilience forgée dans l’enfance et guidé par des mentors d’exception, ce médecin a bâti une carrière internationale sans renoncer à son lien profond avec le Maroc. Aujourd’hui, ses travaux pourraient transformer la prise en charge du cancer de la prostate.

Ce n’est pas une vocation précoce qui a mené Karim Touijer à prêter le serment d’Hippocrate. « Mon petit frère pâtissait d’une maladie qui a fait que la souffrance, la douleur mais aussi la noblesse de la médecine faisaient partie de notre quotidien familial. »
Ce concours de circonstances le conduit à renoncer à son premier désir d’étudier l’architecture pour rejoindre la faculté de médecine de Casablanca, sa ville natale, où il se spécialise en urologie ; une discipline qu’il choisit pour le grand « espace d’innovation » qu’elle offre.
Fort d’une conviction farouche, rien n’est impossible, il avance avec une certitude forgée par l’histoire familiale. Fils d’un « moukawim » engagé dans la lutte pour l’indépendance, il postule pour un résidanat en urologie aux États-Unis, qu’il obtient en 1999.
Cinq ans plus tard, il franchit les portes du Memorial Sloan Kettering Cancer Center, référence mondiale en cancérologie. Il y travaille auprès de lauréats du prix Nobel dans un écosystème où chaque geste, chaque idée, peut transformer la vie d’un patient. Très vite, ses recherches en uro-oncologie sont remarquées et primées. En 2018, il est désigné Best Doctor of New York.
En 2024, plus de deux décennies d’efforts aboutissent à une avancée majeure dans le traitement du cancer de la prostate, saluée comme une contribution scientifique déterminante. C’est d’ailleurs dans ce domaine que son message est le plus clair. L’importance d’un dépistage précoce, alors que la prévalence du cancer de la prostate augmente chaque année d’environ 3 %.

La quête de l’excellence
Sur ce chemin, des figures l’ont façonnées. Ses parents, d’abord, qui lui ont donné l’essentiel : l’amour, la discipline et les valeurs. Viennent ensuite trois médecins. Alex Finkbeiner, qui lui a appris « à éliminer le bruit » et à garder le cap, quoi qu’il arrive.
Bertrand Guillonneau, maître chirurgien, lui a transmis l’art du contre-pied. Penser autrement, oser la voie que personne n’emprunte. Enfin Peter Scardino, géant de l’urologie mondiale, lui a offert la leçon qu’il porte encore. « La perfection professionnelle n’a pas de limites », une invitation permanente à dépasser ses propres frontières.
S’il mène une carrière internationale loin de son pays natal, Karim Touijer ne l’a jamais oubliée. Depuis 2008, il collabore avec les sociétés savantes marocaines d’urologie et d’oncologie ainsi qu’avec l’Association Chifae pour la Prévention et la Recherche sur le Cancer de Fès.
Congrès, ateliers, formation continue : il veille à ce que les avancées scientifiques les plus récentes circulent vers ses confrères, et, in fine, vers les patients marocains. Son message aux médecins en herbe qui aspirent à l’excellence internationale ? La curiosité.
« C’est plus intéressant de poser des questions que de connaître les réponses ».
Il évoque la force de l’eau comme métaphore : une matière puissante mais souple, capable d’épouser la forme de n’importe quel récipient, de contourner les obstacles sans jamais renoncer à avancer. « L’eau est calme, paisible et patiente », dit-il. Une philosophie qui résume autant sa pratique que sa manière d’être au monde.
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