PORTRAIT. Yassine Bouzrou, avocat franco-marocain qualifié de plus puissant au monde

 PORTRAIT. Yassine Bouzrou, avocat franco-marocain qualifié de plus puissant au monde

L’avocat franco-marocain Maître Yassine Bouzrou – Photo : JOEL SAGET / AFP

Installé à proximité du Palais de justice de Paris et désormais à Marseille, ce pénaliste franco-marocain figure aujourd’hui parmi les personnalités les plus en vue du barreau. Une notoriété renforcée par des dossiers à forte résonance, jusqu’à être désigné par Google comme l’avocat le plus puissant du monde.

 

Le regard et le verbe. Le premier évoque immanquablement celui d’un Mohamed Ali. Le second est aussi percutant qu’un uppercut. C’est sans doute cette combinaison, et un travail acharné, qui l’ont imposé dans des dossiers ayant suscité une forte attention dépassant les frontières ces dernières années.

Parmi eux, on peut citer Nahel, jeune homme de 17 ans tué par un policier en 2023, puis El Hacen Diarra, mort dans un commissariat le mois dernier. Sans oublier Aboubakar Cissé, qui a reçu 57 coups de couteau dans une mosquée, en avril 2025.

Ces affaires ont propulsé son nom sous un feu médiatique constant, sans pour autant infléchir la ligne de celui que Google désigne comme l’avocat le plus puissant du monde.

 

« Mon rôle reste inchangé : défendre mes clients avec la même rigueur, qu’un dossier soit médiatisé ou non », affirme-t-il.

 

Si sa visibilité croissante n’altère pas sa méthode, elle met en lumière des dysfonctionnements systémiques qu’il estime de son devoir de signaler, notamment lorsque le politique interfère avec le droit.

Autant de drames qui révèlent « une société où le racisme se décomplexe, où les violences envers certaines populations s’intensifient, et où la réponse judiciaire n’est pas toujours à la hauteur ». Elles interrogent « notre capacité collective à garantir l’égalité devant la loi et le respect des droits fondamentaux ».

Une vocation précoce

Ceux qui ont successivement renvoyé cet enfant d’immigrés marocains des établissements qu’il a fréquentés adolescent, n’auraient sans doute jamais parié sur sa fulgurante trajectoire. À leur insu, ils ont probablement contribué à aiguiser sa détermination et son aversion pour l’injustice. Celui qui a vu le jour à Bezons en 1979 n’était pas un élève comme les autres.

Ses professeurs reconnaissaient un potentiel certain, qu’il laissait souvent en sommeil, et il n’avait pas sa langue dans sa poche, surtout lorsqu’il percevait une injustice envers ses camarades. « Adolescent, j’avais déjà envie de défendre tout le monde », confie-t-il.

Curieux et passionné, à 12 ans, Yassine Bouzrou lisait tout ce qu’il pouvait trouver dans la presse sur les faits divers qui défrayaient la chronique judiciaire. Dès le lycée, il prend l’habitude d’assister aux audiences dans les tribunaux comme d’autres vont au cinéma.

Après un baccalauréat STT (Sciences et technologies tertiaires), il intègre la faculté de droit d’Assas. Pas de temps à perdre. Il ouvre son cabinet le 25 octobre 2007, le jour de sa prestation de serment. Rapidement, ses pairs le baptisent « relaxator », surnom lié aux sept relaxes obtenues sur ses dix premières audiences de comparution immédiate.

De l’affaire du « gang des barbares » au « tueur de l’Essonne », dans lequel il parvient à faire libérer un homme injustement accusé, cet « as de la procédure » forge sa réputation sur des combats où l’erreur judiciaire se paie en vies brisées. Ces expériences fondatrices ont durablement marqué sa vision de l’institution.

 

« La justice doit être un rempart, pas un miroir des inégalités sociales », résume-t-il aujourd’hui.

 

Une conviction renforcée par son engagement dans des dossiers de violences policières, dont celui d’Adama Traoré, décédé en juillet 2016 lors de son interpellation, qui l’ont placé au croisement du droit et des combats citoyens.

Lanceur d’alerte

À ceux qui voient en lui un activiste, il oppose une ligne claire : « Je ne suis ni militant ni homme politique. Mon combat est celui du droit. Quand des responsables politiques s’expriment de manière inappropriée sur mes dossiers, je réagis en tant qu’avocat, pour protéger l’intégrité de la justice ».

Un droit qu’il entend défendre en ayant conscience des biais qui traversent la chaîne judiciaire.

 

« Les inégalités se manifestent dans l’accès aux droits, dans les décisions de poursuite, et parfois dans les peines prononcées ».

 

Comment y remédier ? « En renforçant la formation des acteurs judiciaires, en garantissant l’indépendance de la justice et en systématisant les contrôles contre les biais discriminatoires ».

Yassine Bouzrou a évité l’étiquette d’avocat des terroristes ou des narcotrafiquants et refuse de se cantonner aux violences policières. Aujourd’hui, ce quadra est à la tête d’un cabinet en expansion qui s’est récemment doté d’un pôle dédié à la réparation du préjudice corporel.

Avec son associée, Me Anna Branellec, il vient d’ouvrir une antenne à Marseille et continue de revendiquer une même éthique.

« Je suis d’abord un défenseur des droits, un garant de l’équilibre entre les parties. Avec l’expérience, j’ai compris que ce rôle inclut aussi celui de lanceur d’alerte, quand la justice ou les pouvoirs publics s’éloignent de leurs missions ».

Beaucoup pensent que ce métier tient à l’éloquence et aux effets de manche, mais chaque dossier exige une longue préparation, précise ce lève-tôt qui dit dormir peu et travailler jusqu’à soixante-dix heures par semaine.

Comment tient-il ? « Avec du thé à la menthe, sans sucre ». Et pour décompresser ? « Du sport et un équilibre vie privée, vie professionnelle. Et surtout la conviction que chaque combat juridique, même difficile, participe à faire avancer la société ».

 

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