Saint-Denis : Bagayoko renverse Hanotin dès le premier tour

Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), ce dimanche 15 mars. Bally Bagayoko (LFI) célèbre sa victoire au milieu de ses soutiens, à l’hôtel de ville. Il est élu dès le premier tour face à Mathieu Hanotin (PS). LP/Costa Carrel Koutoulidis
En obtenant 50,8 % des voix, le candidat insoumis Bally Bagayoko est élu dès le premier tour dans la deuxième plus grande ville d’Île-de-France derrière Paris. Le socialiste Mathieu Hanotin recueille 32,70 %, tandis que la candidate de Révolution permanente, Elsa Marcel, obtient 7,12 %. Une victoire nette qui marque un tournant politique à Saint-Denis.
À l’hôtel de ville de Saint-Denis, ce soir d’élection, les mines sont longues. Il est un peu plus de 21 h 30 lorsque les premiers résultats tombent. Dans les couloirs, des maires adjoints de l’équipe sortante affichent un visage fermé. Certains quittent déjà les lieux, sans attendre la fin du dépouillement.
Contre toute attente, la liste soutenue par La France insoumise et le Parti communiste français prend rapidement une avance confortable. Dans la salle, on commence déjà à évoquer une victoire dès le premier tour pour Bally Bagayoko.
Le rejet de Mathieu Hanotin s’exprime dans les urnes
Pour certains, la surprise n’en est pas vraiment une. « Hanotin est tellement haï à Saint-Denis », analyse Claire, militante LFI.
« Lui et son équipe ont passé leur temps à nous mépriser », dénonce Brahim, agent municipal. Il fait notamment référence à un conflit qui a agité la ville plusieurs semaines en avril 2025 autour de la fermeture de trois centres de jeunesse. Les tensions étaient montées d’un cran entre les agents et leur hiérarchie dépendant de la mairie.
Dans la salle des mariages transformée en quartier général électoral, l’ambiance est électrique. Beaucoup de jeunes ont fait le déplacement. Les slogans fusent : « Ici c’est Bally ! Hanotin casse-toi, Saint-Denis n’est pas à toi », scandent plusieurs militants.
La fusion avec Pierrefitte au cœur des critiques
Vers 22 heures, Bally Bagayoko apparaît alors qu’il reste encore plusieurs bureaux à dépouiller : 62 au total. Toute la soirée, la question est la même : franchira-t-il la barre des 50 % dès le premier tour ?
Le suspense grimpe. À dix bureaux de la fin, le score redescend à 49,72 %. Dans la salle, les calculs vont bon train. Puis les chiffres remontent.
Dans la salle, les critiques contre la municipalité sortante continuent de pleuvoir.
« Mathieu Hanotin a orchestré la fusion de Saint-Denis et de Pierrefitte sans consulter personne. Il a pris une décision pour laquelle personne ne l’a élu », fulmine Mehdi, habitant de Pierrefitte-sur-Seine.
À quelques mètres de là, Farid Aid affiche le sourire des grands soirs. Dans la future équipe municipale, il doit devenir maire délégué de Pierrefitte.
« Depuis le début de la campagne, je promets un référendum local pour que les habitants de Pierrefitte disent s’ils sont pour ou contre la fusion », assure-t-il, déterminé. « Les habitants doivent pouvoir décider eux-mêmes », insiste-t-il.
PCF et LFI réunis derrière Bally Bagayoko
Lorsque 59 bureaux sont dépouillés, l’issue semble scellée.
« C’est bon, on passe au premier tour », lance Sofia Boutrih, cheffe de file des communistes et numéro deux sur la liste, visiblement soulagée.
« On savait qu’on allait faire un bon score, mais de là à gagner dès le premier… Preuve que quand la gauche s’unit, elle sait gagner », se réjouit-elle.
Pour la coalition, la leçon de 2020 a été retenue. Cette année-là, les forces de gauche étaient parties divisées, ouvrant la voie à la victoire de Mathieu Hanotin.
À Saint-Denis, la fin de 76 ans de gestion communiste
Une défaite qui avait marqué la fin de soixante-seize ans de gestion communiste de la ville par le Parti communiste français, au pouvoir depuis 1944 dans cette place forte du « communisme municipal ».
Cette fois, l’union avait été scellée le 3 décembre 2025, lorsque le PCF avait officialisé son ralliement à la candidature de Bally Bagayoko. Une alliance qui n’avait pas été sans tensions.
« Nous faisons face à une vague d’attaques d’une violence inouïe sur les réseaux sociaux », confiait alors Sofia Boutrih dans nos colonnes, dénonçant les réactions après l’annonce de l’accord, notamment de la part de plusieurs cadres du PCF.
L’annonce de la victoire
Les tendances sont désormais irréversibles. Après une courte concertation entre Mathieu Hanotin et Bally Bagayoko, la décision est prise d’annoncer les résultats sans attendre la fin du dépouillement.
Lorsque le maire sortant monte finalement au micro, la salle gronde. Les huées couvrent presque sa voix. Il lui faut plusieurs minutes pour se frayer un passage dans la foule compacte.
À plusieurs reprises, Bally Bagayoko demande le calme. Puis vient son tour de prendre la parole.
« Je veux remercier celles et ceux qui se sont déplacés aujourd’hui, et notamment la jeunesse », déclare le nouveau maire, salué par les applaudissements.
« Vous êtes ma priorité », promet le maire fraîchement élu.
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