Sanofi en Tunisie : grève, rumeurs et réalités d’un retrait annoncé

Une grève syndicale du secteur pharmaceutique, annoncée pour le 23 février est au cœur de la polémique. Depuis le début du mois, une information circule massivement sur les réseaux sociaux : le célèbre laboratoire pharmaceutique, le géant français Sanofi, envisagerait de quitter le marché tunisien, suscitant une vive inquiétude parmi les citoyens, les professionnels de santé et les observateurs économiques. Vérification faite, la réalité de ce retrait est plus complexe.
Cette rumeur a été renforcée par l’intervention de l’Union générale tunisienne du travail (UGTT), qui a confirmé dans un communiqué que la filiale locale du groupe envisageait effectivement l’arrêt de ses activités sur le sol tunisien après des tensions sociales prolongées.
Selon le syndicat, des actions de protestation pacifiques des employés, dont notamment le port du brassard rouge, n’auraient pas permis de trouver un terrain d’entente avec la direction, poussant cette dernière à envisager une fermeture partielle ou totale.
Face à ce qu’elle qualifie de décision unilatérale, la structure régionale de l’UGTT a déposé un préavis de grève, appelant à un arrêt général des activités sur le site de l’entreprise le 23 février 2026. Le syndicat dénonce « une politique de désengagement opaque », réclame des clarifications sur l’avenir juridique et financier des salariés, et demande des garanties sur la pérennité de l’activité ou des conditions d’un éventuel transfert.
Retrait total ou reconversion locale : des nuances de taille
Cette situation s’inscrit dans un contexte social tunisien déjà tendu, marqué par d’âpres conflits entre l’UGTT et divers employeurs ou autorités. La puissante centrale syndicale avait en effet récemment appelé à une grève générale nationale en janvier 2026 pour défendre les droits des travailleurs et la liberté syndicale, reflétant un climat de méfiance envers les pouvoirs publics et les décideurs économiques, avant de revenir sur cette décision.
Pourtant, la réalité du retrait de Sanofi de Tunisie est plus complexe que ne le laissent penser les publications virales. Si l’intention de fermeture de la filiale locale est confirmée par des sources syndicales, aucune communication officielle du groupe ne corrobore un retrait total et définitif du marché tunisien. L’absence de réponse des responsables du groupe à ce sujet alimente les zones d’ombre.
Plusieurs éléments viennent toutefois nuancer l’hypothèse d’un départ pur et simple : une annonce récente fait état d’un accord stratégique entre Sanofi et le Groupe Kilani, un acteur majeur du secteur pharmaceutique national en Tunisie. Ce partenariat prévoit ainsi que certaines activités de Sanofi soient reprises ou opérées localement : la production d’une partie du portefeuille de médicaments serait assurée par Teriak, tandis que le groupe MEDICIS prendrait en charge l’information médicale, les relations avec les autorités sanitaires et la promotion scientifique auprès des professionnels.
Cette logique de transfert vers des acteurs nationaux vise à assurer la continuité de l’accès aux traitements, à sécuriser les chaînes d’approvisionnement et à répondre à une tendance régionale où les grands laboratoires cherchent à s’ancrer via des alliances locales plutôt que par une présence directe, sorte de compromis économique et éthique.
Cette dynamique révèle par conséquent une double lecture : d’une part la pression syndicale et sociale qui met en cause les choix stratégiques du groupe, et d’autre part une reconfiguration opérationnelle de type « big pharma » qui peut être interprétée comme une transformation adaptée aux nouvelles donnes du terrain, plutôt qu’un simple retrait. Les autorités sanitaires tunisiennes restent quant à elles silencieuses sur le sujet, ce qui accentue légitimement les interrogations autour de la politique industrielle et de l’attractivité du pays pour les investisseurs pharmaceutiques.
