Sportifs pro Palestine : ils paient le prix fort des sanctions

 Sportifs pro Palestine : ils paient le prix fort des sanctions

Crédit photo : Alex Pantling / GETTY IMAGES EUROPE / Getty Images via AFP

En France comme à l’international, plusieurs sportifs pro Palestine ont vu leur carrière basculer après leurs prises de position sur Gaza, entre sanctions, polémiques et débats sur la liberté d’expression dans le sport.

En bref

  • Plusieurs sportifs pro Palestine ont subi des sanctions, licenciements ou poursuites après leurs prises de position sur Gaza.
  • Le footballeur Anwar El Ghazi a été licencié en Allemagne avant de gagner en justice.
  • Noussair Mazraoui a échappé à une sanction malgré une polémique en Allemagne.
  • En France, Youcef Atal a été condamné pour “appel à la haine” après un partage controversé.
  • L’ex-basketteuse Emilie Gomis a été poussée à la démission après une publication jugée problématique.
  • Ces affaires relancent le débat sur la liberté d’expression dans le sport et ses limites.

Anwar El Ghazi : licenciement et affaire mondiale

Le club allemand FSV Mayence licencie le footballeur Anwar El Ghazi, en novembre 2023, pour ses posts de soutien à la Palestine, devenant un exemple de footballeur sanctionné pour soutien à Gaza.

Anwar El Ghazi fait partie de cette catégorie de joueurs suffisamment compétents pour trouver facilement preneur dans les meilleurs championnats. Il ne suscite pas pour autant d’immenses attentes lors de son arrivée dans un nouveau club.

Une carrière respectable (Ajax Amsterdam, Lille, Aston Villa, Everton, PSV Eindhoven), menée loin du tumulte médiatique. A ses débuts, les Pays-Bas et le Maroc se disputent alors le jeune espoir. Le paysage change brutalement en octobre 2023.

A 28 ans, l’ailier se retrouve au cœur d’une tempête médiatique liée à une polémique sur les réseaux sociaux autour du soutien à la Palestine. Son nouvel employeur, le club allemand de Mayence, lui reproche d’avoir publié un message jugé antisémite.

“Ce n’est ni un conflit ni une guerre, c’est un génocide et une destruction massive, et nous sommes en train d’y assister en direct”, écrivait l’attaquant le 10 octobre. La réplique à l’assaut du Hamas faisait déjà rage dans la bande de Gaza. “Du fleuve à la mer, la Palestine sera libre”, concluait-il.

Sportif Pro Paletine : Anwar El Ghazi Gaza joueur Mayence
crédit photo : ARNE DEDERT / dpa Picture-Alliance via AFP

Contexte inflammable

Pour son club, fondé par Eugen Salomon, un juif assassiné dans le camp d’extermination d’Auschwitz, cette formule posait problème. Elle renvoie aux frontières de la Palestine historique et sert de slogan pro-palestinien. Elle était perçue comme un appel à la destruction de l’Etat hébreu.

Suspendu pour ce message qui “ne reflète pas les valeurs du club”, El Ghazi est toutefois réintégré quelques jours plus tard, relançant le débat sur la liberté d’expression des sportifs. Un simple sursis.

En effet, Mayence attend des excuses. Le joueur revendique sa prise de position dans une nouvelle publication sur X, le 27 octobre. Il est alors licencié sans préavis, illustrant un licenciement de footballeur pour prise de position politique, et son cas fait le tour du monde.

Football : le sportif pro palestine Noussair Mazraoui à Manchester United
Crédit photo : Alex Pantling / GETTY IMAGES EUROPE / Getty Images via AFP

Mazraoui : polémique au Bayern Munich

Au même moment, un autre Néerlandomarocain évoluant en Allemagne doit lui aussi se défendre en dehors du rectangle vert. Il s’agit du Lion de l’Atlas Noussair Mazraoui.

En cause, là encore, un message sur les réseaux sociaux dans lequel l’arrière latéral du Bayern de Munich appelait à aider “nos frères opprimés de Palestine à remporter la victoire”.

Dans un contexte inflammable, et dans un pays très sensible à l’antisémitisme, des critiques visent Noussair Mazraoui. Une société germano-israélienne présidée par l’ancien député écologiste Volker Beck dépose une plainte contre le joueur du Bayern Munich.

Il est également pris à partie publiquement par Johannes Steiniger, député CDU, qui appelle le Bayern à sévir.

Face à l’émotion suscitée par sa publication, Noussair Mazraoui reprend la parole pour “condamner toute forme de terrorisme”. Peut-être plus respectueux du droit du travail que le club de Mayence, le Bayern Munich ne sanctionne finalement pas son joueur.

Sportifs Pro Palestine : Youcef Atal footballer Nice Mayence
Crédit photo : Valery HACHE / AFP

Youcef Atal : affaire judiciaire en France

La France a également connu son “affaire El Ghazi”, une polémique similaire impliquant des sportifs pro Palestine en France.

Celle d’un footballeur sanctionné par son club. Il est aussi livré à la vindicte publique pour avoir réagi sur les réseaux sociaux à la violente réponse israélienne au 7-Octobre.

Il s’agit de Youcef Atal, international algérien, impliqué dans une polémique liée à un message sur Gaza.

Son tort ? Avoir relayé, le 14 octobre, un contenu sur Instagram. Son compte est suivi par plus de 3 millions d’abonnés. Il s’agit d’un prêche du prédicateur Mahmoud Al-Hasanat appelant à ce que “Dieu envoie un jour noir pour tous les juifs”.

Durcissement judiciaire et sanctions sportives

Une vidéo d’une trentaine de secondes. Atal, alors en sélection, n’aurait visionné que le début, au message moins belliqueux.

“Il demande à Dieu d’arrêter tout ça, parce que des gens souffrent et meurent pendant la guerre”, expliquera le joueur lors de son procès, le 3 janvier 2024.

Par ailleurs, malgré ses excuses publiées dès le lendemain – “je condamne fermement toute forme de violence” –, la machine est lancée. La procédure politico-judiciaire s’enclenche déjà. Le maire de Nice, Christian Estrosi (La France audacieuse, alors chez LR), lui demande de condamner “les terroristes du Hamas”, tandis que le préfet des Alpes-Maritimes dépose plainte, tout comme l’Organisation juive européenne (OJE). La justice condamne Atal à huit mois de prison avec sursis et à 45000 euros d’amende pour “appel à la haine”, une condamnation rare pour un footballeur dans ce type de polémique liée à la Palestine.

Emilie Gomis : polémique et pression politique

Comme Atal, Emilie Gomis, ancienne basketteuse française, est concernée. Elle figure parmi les plus de 600 personnes signalées pour “apologie du terrorisme”, selon Le Monde. Le tout dans un contexte de polémique autour du soutien à la Palestine.

Le 9 octobre, l’ancienne star du basket français publie une image. Vice-championne olympique en 2012, elle montre des cartes de France de 1947, 1967 et 2023. Le drapeau français y est progressivement remplacé par le drapeau israélien. La publication est accompagnée de la question : “Que feriez-vous dans cette situation ?”

Elle supprime la publication dès le lendemain. Elle fait suite à une intervention du cabinet d’Emmanuel Macron. Emilie Gomis était alors ambassadrice des JO de Paris 2024.

Pensant conserver ses fonctions, Emilie Gomis est rattrapée cinquante jours plus tard. Un signalement du compte Sword of Salomon transforme l’épisode en affaire médiatique. Mais, acculée, elle démissionne, reconnaissant avoir manqué à son devoir de neutralité.

Les ennuis ne s’arrêtent pas là. Le Bureau national de vigilance contre l’antisémitisme dépose une plainte. Selon la Ligue des droits de l’homme, cette association assimile toute critique de la politique israélienne à de l’antisémitisme. La police judiciaire entend l’ex-basketteuse le 8 février 2024. L’enquête porte sur une “apologie du terrorisme”.

“L’acharnement, ça suffit”, réagit-elle en larmes à la sortie de son audition. Toutefois, elle souligne alors que ses prises de position en faveur de l’Ukraine, après l’invasion russe, ne lui avaient valu aucune remontrance, avant de conclure :

“Dire une vérité qui dérange peut coûter cher, mais c’est souvent le prix à payer pour instaurer une justice et une paix véritables”, une phrase qui résume le coût du soutien à la Palestine pour certains sportifs.

Lire aussi

FAQ : sanctions des sportifs pro Palestine

Pourquoi sanctionne-t-on des sportifs pour leur soutien à la Palestine ?

Les clubs, les instances sportives et la justice sanctionnent certains sportifs après des publications sur les réseaux sociaux qu’ils jugent problématiques, notamment dans des contextes sensibles liés au conflit israélo-palestinien. Lire aussi : des stars du sport dont Paul Pogba exigent l’exclusion d’Israël des compétitions européennes.

Quels sportifs ont été concernés par ces polémiques ?

Plusieurs figures du sport ont pris part à ces polémiques. Anwar El Ghazi, Noussair Mazraoui, Youcef Atal et Émilie Gomis ont notamment dû s’expliquer sur leurs positions. Lire aussi : Anwar El Ghazi licencié injustement après des propos pro-Palestine.

Peut-on licencier un footballeur pour ses opinions ?

Un club peut licencier un footballeur si ses prises de position vont à l’encontre de ses valeurs ou créent un trouble interne ou médiatique. Lire aussi : le cas Anwar El Ghazi après son licenciement à Mayence.

La justice a-t-elle condamné certains sportifs ?

La justice a condamné certains sportifs, notamment en France. Ainsi, Youcef Atal a écopé d’une peine avec sursis et d’une amende pour “appel à la haine”. Lire aussi : Youcef Atal suspendu et visé par une enquête.

Ces affaires concernent-elles uniquement le football ?

Ces affaires ne concernent pas uniquement le football. Néanmoins, elles touchent aussi d’autres disciplines, comme le basket. Lire aussi : le club de Tony Parker renonce à jouer un tournoi en Israël.