Tunisie.Ce qu’il faut retenir des résultats des législatives

Mathématiquement, jamais le Parlement n’a été aussi loin de la possibilité de former une majorité. Le spectre d’une dissolution à court ou moyen terme est dans tous les esprits

Avec près de deux heures de retard, dues à des dissensions en interne sur les sanctions à prendre à l’encontre de certaines fraudes électorales, l’ISIE a annoncé mercredi soir les résultats officiels des élections législatives. Récit et Analyse.  

Il s’agissait des deuxièmes élections législatives depuis la révolution et l’adoption de la Constitution de 2014. Bien qu’historique, l’évènement fut éclipsé par la libération dans la même nuit du candidat à la présidentielle Nabil Karoui, ordonnée par la Cour de cassation.

Pourtant, non seulement l’Assemblée est là où réside le centre de gravité du pouvoir en Tunisie où le régime politique est parlementaire mixte, mais les résultats méritaient d’autant plus d’attention qu’ils divergent de façon substantielle avec les dernières estimations en sortie des urnes, s’agissant notamment du score d’Ennahdha revu considérablement à la hausse.      

Ainsi les résultats définitifs, sous réserve de recours, se déclinent comme suit :  

-Ennahdha : 52 sièges

-Qalb Tounes : 38 sièges

-Attayar : 22 sièges

-La Coalition Dignité (Al Karama): 21 sièges

-Parti destourien libre (PDL) : 17 sièges

-Mouvement Echaâb : 16 sièges

-Tahya Tounes : 14 sièges

-Machrouû Tounes : 4 sièges

-Nidaa Tounes : 3 sièges

-UPR : 3 sièges

-Errahma : 3 sièges

-Al Badil Ettounsi : 3 sièges

-Afek Tounes : 2 sièges

-Liste Amal (indépendante) : 2 sièges

Et 1 siège unique respectivement pour les 14 listes restantes.

Immobilisme et angélisme institutionnel

Faisant l’objet de très nombreuses critiques quant à ce qui est perçu comme son indulgence face à la multiplication des irrégularités et des dépassements de plusieurs listes durant la campagne et le jour du vote, l’instance électorale s’était contentée jusqu’ici de transférer des centaines de cas à la justice.

« Insuffisant », pestent en chœur médias et société civile, pour qui l’actuelle mouture du Conseil de l’ISIE est trop frileux pour exercer ses pleins pouvoirs, dont l’autosaisine.

A l’annonce des résultats, l’ISIE a néanmoins sévi en disqualifiant deux listes électorales : celle du candidat Saïd Jaziri et son parti islamiste Errahma, ainsi que celle de « 3ich Tounsi » dans la circonscription France sud, respectivement pour publicité illégale sur une radio coranique privée, et sponsoring illégal sur les réseaux sociaux lors de la campagne.

Malgré cette jurisprudence inédite, cela demeure insuffisant pour I-Watch, l’une des ONG ayant observé le déroulement du scrutin, et pour qui Ennahdha a allègrement dépassé le plafond des dépenses autorisées de 40% à Tunis 1.     

Le casse-tête de l’impossible majorité

Si par rapport à sa « quarantaine de sièges » annoncés par des sondeurs loin du compte, les 52 sièges obtenus par Ennahdha constituent certes une mini surprise, cette proportion reste problématique pour le parti de Rached Ghannouchi, lui-même élu député, surtout au regard du morcèlement des autres blocs parlementaires.

« Plus personne ne veut s’allier à Ennahdha. Que ce parti nous montre enfin ce qu’il peut faire. […] Finalement ces élections sont une bonne nouvelle : qu’ils se démerdent ! » ironise-t-on chez les chroniqueurs de la chaîne Elhiwar.  

En dehors de la Coalition dignité, sociétalement à droite d’Ennahdha, aucun autre bloc significatif n’a en effet exprimé de volonté de s’allier au parti à référentiel islamique. Attayar et Tahya Tounes ont quant à eux d’ores et déjà fait part de leur intention d’être dans l’opposition, sans parler du PDL, bête noire et ennemi juré des « Frères musulmans ».

Deux lignes politiques et autant d’indicateurs ont cependant été révélés coup sur coup mercredi par Abdelhamid Jelassi et Abdelfattah Mourou, deux hauts dirigeants nahdhaouis. Pour le premier, « Qalb Tounes » (deuxième force du nouveau Parlement) « n’a pas l’étoffe pour survivre en tant que parti », ce qui signifie clairement un pari sur des désistements individuels de plusieurs des membres du nouveau parti de Nabil Karoui au profit d’Ennahdha.

Pour le second, plus pragmatique encore, « tous les scénarios sont encore possibles » et des négociations seraient en cours « avec tout le monde », au nom de « l’intérêt national ». Une notion décidément bien commode, pour qui a su faire des manœuvres politiques, plus qu’un métier, un plan de carrière. 

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