Tunisie.Elections 2019 : les grandes manœuvres ont commencé

Mohsen Marzouk et Salma Elloumi, le 9 juin 2019

Fusions, ententes, scissions, départs… A cinq mois des scrutins législatifs et présidentiel, le paysage politique tunisien est en pleine reconfiguration. De profonds bouleversements qui ne devraient pourtant pas perturber l’ascension de l’actuel chef de gouvernement Youssef Chahed. 

Au centre, la première alliance d’envergure en vue de la bataille électorale qui se profile, a eu lieu ce weekend : Nidaa Tounes, ou ce qu’il en reste (clan dit de Hammamet) et Machrou Tounes, le parti de l’ambitieux Mohsen Marzouk, lui-même transfuge de Nidaa, ont surpris la scène politique en annonçant avoir « trouvé un terrain d’entente sur une fusion », à l’issue d’une réunion ayant regroupé les représentants des deux partis samedi 8 juin.

C’est la femme d’affaires et fraîchement démissionnaire de son poste de chef de cabinet du président de la République, Salma Elloumi Rekik, qui est semble-t-il à l’origine de cette initiative, à la manouvre depuis son départ du Palais de Carthage à la mi-mai 2019. L’ancienne ministre du Tourisme n’aura ainsi pas perdu de temps, depuis qu’elle a pris la tête du parti dans son versant proche de Sofiène Toubel, élue par le bureau politique le 28 mai dernier.    

Les deux partis Nidaa et Machrou Tounes devront officialiser cette fusion lors d’une conférence de presse prévue pour demain mardi prochain 11 juin. Mais voilà que l’opération cause déjà des remous, lundi : 11 membres de Machrou Tounes ont en effet présenté une lettre de démission collective au lendemain de l’annonce de fusion. Il faut dire que le « Machrou » tire en grande partie son identité précisément de sa démarcation de Nidaa Tounes, parti que Mohsen Marzouk avait quitté pour fonder dans la foulée le Machrou.

Aujourd’hui un document signé par plusieurs représentants des structures locales et centrales du parti acte la démission de 11 membres de Machrou Tounes, et ce malgré les dénégations du secrétaire général régional du parti à Ben Arous, Aziz Belakhdar qui nie toute relation de cause à effet.  

Dans ce texte que nous avons pu consulter, les signataires expliquent leur décision par « la détérioration du climat de travail en plus de l’existence de dépassements et de dysfonctionnements au sein de bureaux régionaux de Machrou Tounes et de l’incapacité des responsables à prendre des décisions ».

Autre grand nom du monde des affaires en Tunisie, le milliardaire Faouzi Elloumi, le frère de Salma Elloumi, avait pour sa part préféré dès la fin avril dernier rejoindre le leadership d’Al-Badil Ettounsi, le parti de l’ancien Premier ministre Mehdi Jomâa, une formation qui ne compte donc pas se contenter de jouer les figurants au cours des mois à venir.  

Ennahdha temporise

Plus intéressé par les législatives mais souvent qualifié de « faiseur de roi », le parti islamiste entend peser cette année davantage encore qu’en 2014 pour la course à la présidentielle. Face aux spéculations de son soutien par défaut à Youssef Chahed, le parti de Rached Ghannouchi n’a pas cessé en réalité de cultiver une certaine ambiguïté, préférant garder toutes ses cartes en main.

Hier dimanche 9 juin, le secrétaire général d’Ennahdha et ministre du gouvernement Chahed, Zied Laadhari a fait à ce titre une déclaration remarquée, en affirmant que son mouvement est « concerné par la prochaine élection présidentielle et aura une position claire sur cette question contrairement aux élections de 2014 », quoique le parti avait alors soutenu à demi-mot Béji Caïd Essebsi, en l’absence de consigne de vote explicite.

En marge de la réunion électorale préparatoire pour choisir les candidats du parti aux prochaines élections législatives dans la circonscription de Sfax 1, Laadhari a fait savoir que les structures du mouvement décideront, lors de concertations qui seront menées au cours de cet été, de choisir pour la présidentielle un candidat issu du parti Ennahdha ou de soutenir une personnalité n’appartenant pas au mouvement.

De quoi entretenir une image de démocratie interne au sein du parti et de décentralisation décisionnaire, au moment où Âjmi Lourimi, l’un des cadres d’Ennahdha, s’attaque directement à la politique gouvernementale de Youssef Chahed et à son ministre du Commerce, Omar Behi. Une sortie du devoir de réserve  inédite, interprétée par certains comme un avertissement quant au très conditionnel et conditionné soutien des islamistes.  

Lire aussi : Point de vue. Tunisie / A propos des candidats-profanes aux présidentielles

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