L’ancien athlète algéro-australien Youcef Abdi : « C’est moins stressant d’être aux JO comme spectateur qu’en tant qu’athlète »

 L’ancien athlète algéro-australien Youcef Abdi : « C’est moins stressant d’être aux JO comme spectateur qu’en tant qu’athlète »

Ancien coureur de demi-fond algérien, originaire d’Aourir en Kabylie, il a représenté deux fois l’Australie aux Jeux Olympiques sur 3000 m steeple après s’être exilé là-bas en 1996. Photo : Nadir Dendoune

À 46 ans, Youcef Abdi est toujours sportif, mais il ne s’entraîne plus deux fois par jour et n’observe plus le strict régime imposé aux athlètes de haut niveau. Il pratique le football en amateur dans un club de Sydney où il vit.

 

Cet ancien coureur de demi-fond algérien, originaire d’Aourir en Kabylie, a représenté deux fois l’Australie, où il s’est exilé en 1996, aux Jeux Olympiques sur 3000 m steeple : une première fois à Pékin en 2008, où il termine 6e de la finale, puis à Londres quatre ans plus tard, éliminé en demi-finale.

Le polyglotte – il parle couramment le français, l’anglais, le kabyle et l’arabe – est à Paris en ce moment pour suivre une partie des compétitions des Jeux Olympiques.

LCDL : Dans quel état d’esprit vous trouvez-vous à la veille du début des Jeux Olympiques ?

Youcef Abdi : Ça fait bizarre d’être ici, forcément ça me rappelle des souvenirs. Ça fait surtout plaisir d’être à Paris pour cette grande fête du sport. C’est moins stressant d’être aux JO comme spectateur qu’en tant qu’athlète.

 

Vous n’avez pas aimé être athlète ?

Bien sûr que si. Le sport m’a permis de découvrir le monde, de rencontrer des milliers de personnes, de m’enrichir auprès d’eux.

Je n’oublie pas d’où je viens : j’ai grandi à Aourir, près d’Azazga, un petit village niché dans les montagnes de Kabylie. Je me souviens encore très bien des entraînements à 1000 m d’altitude sur une piste en terre.

Avoir pu par la suite fouler les plus grandes pistes d’athlétisme du monde, courir devant des milliers de spectateurs, ça n’a pas de prix. J’en suis très fier. Je repense aussi à la fierté de ma famille, de mon village…

Mais aujourd’hui, le stress avant la compétition ne me manque pas. La vie d’ascète que j’ai menée, s’entraîner tous les jours, faire attention à ce qu’on mange, se coucher tôt, donner tout pour l’athlétisme…

Pendant près de 25 ans, je n’ai pensé qu’à performer. Demain, j’irai au Stade de France l’esprit léger. Depuis que j’ai arrêté l’athlétisme en 2013, c’est la première fois que j’assiste à une grande compétition en tant que spectateur.

 

Justement, quelles courses avez-vous prévu de voir ?

Je n’ai eu aucun passe-droit, donc, comme tout le monde, ça a été difficile d’obtenir des places. J’irai voir la finale du 1500 m. Avant de courir le 3000 m steeple, je m’alignais sur 1500 m. Et j’ai aussi des places pour l’équitation au Château de Versailles !

 

Quel est votre meilleur souvenir en tant qu’athlète aux Jeux Olympiques ?

Sans hésiter, c’était à Pékin lors de ma première participation aux JO. J’ai eu cette immense chance de courir une finale olympique où je termine sixième en battant d’un cheveu le champion olympique de 2004, Ezekiel Kemboi.

 

Et le plus mauvais ?

Quand tu es qualifié pour les Jeux Olympiques, c’est déjà énorme donc je ne peux pas dire qu’il y a eu de mauvais souvenirs.

Par contre, j’ai été déçu de ne pas avoir été sélectionné par la fédération d’athlétisme australienne pour les JO d’Athènes en 2004.

J’avais pourtant gagné les sélections nationales, j’étais le seul sur cette discipline à avoir réalisé les minimas, j’aurais dû normalement partir aux JO…

 

Comment l’expliquez-vous ?

Le fait que je ne sois pas né en Australie a sans doute beaucoup joué. J’ai été très déçu par la décision de la fédération.

J’ai toujours senti que l’Australie était un pays accueillant, c’est une terre d’immigration où des centaines d’ethnies se côtoient. À part les Aborigènes, tout le monde vient d’ailleurs.

Pour la première fois de ma vie, j’ai senti qu’en Australie, mes origines pouvaient poser problème. Heureusement pour moi, j’ai pris ma revanche en 2008.

En finale du 3000 m steeple aux JO de Pékin, à la cloche (NDLR : à 400 m de l’arrivée), je me suis accroché en pensant à l’injustice que j’avais subie quatre ans plus tôt.

J’étais onzième à un tour de la fin et j’ai fini sixième. La meilleure performance pour un Australien depuis 1968 !

 

Pensez-vous un jour entraîner un athlète de haut niveau ?

Pour l’instant, je ne suis pas du tout intéressé par la haute performance. Cela demande un investissement trop important. Je me suis trop investi en tant qu’athlète pour faire la même chose en tant que coach.

Je respecte et j’admire celles et ceux qui prennent cette voie. Mais moi, je préfère m’occuper de la jeune génération.

Avec la ligue australienne d’athlétisme, j’organise énormément de compétitions. J’entraîne aussi des lycéens. Toujours dans la joie et la bonne humeur et surtout sans stress…

 

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Nadir Dendoune

Nadir Dendoune est journaliste, chroniqueur, écrivain et réalisateur. Il collabore à la rédaction web du Courrier de l’Atlas, où il publie des chroniques et des récits mêlant engagement social, regard critique et expérience personnelle. Né à Saint-Denis de parents algériens, il s’est fait connaître du grand public par son parcours atypique et ses défis hors normes. Aventurier autodidacte, il entreprend un tour du monde à vélo avant de gravir l’Everest sans expérience préalable de l’alpinisme. Cette ascension donne naissance à son livre Un tocard sur le toit du monde (2010), récit autobiographique devenu un succès d’édition et adapté au cinéma en 2017 sous le titre L’Ascension.Auteur engagé, Nadir Dendoune explore dans ses ouvrages les thèmes de l’identité, de l’immigration et des fractures sociales. Dans Lettre ouverte à un fils d’immigré, il s’adresse à la jeunesse issue des quartiers populaires et interroge les déterminismes sociaux. Avec Journal de guerre d’un pacifiste, il revient sur son arrestation en Irak en 2003 alors qu’il servait de « bouclier humain », livrant un témoignage personnel sur la guerre et l’engagement. Il publie également Nos rêves de pauvres (2017), récit intime consacré à son père et à l’histoire de l’immigration algérienne en France.Son travail journalistique et littéraire se caractérise par une écriture directe, incarnée et accessible, nourrie d’expériences vécues. À travers ses chroniques et ses livres, il questionne les rapports de pouvoir, les inégalités sociales et la possibilité de s’affranchir des assignations.Au sein du Courrier de l’Atlas, il contribue au développement éditorial numérique et apporte une voix singulière, à la croisée du récit autobiographique, de l’analyse sociale et du témoignage engagé.