Le Festival Ciné-Palestine 2025 : le cinéma comme acte de résistance face au génocide en cours

 Le Festival Ciné-Palestine 2025 : le cinéma comme acte de résistance face au génocide en cours

Alors que les bombardements sur Gaza ne cessent d’endeuiller la population palestinienne, le Festival Ciné-Palestine (FCP) revient pour sa 11ᵉ édition, plus nécessaire et politique que jamais. Dans un contexte où l’effacement des récits palestiniens s’accompagne d’une normalisation médiatique et diplomatique de la violence, le festival réaffirme la puissance du cinéma comme espace de mémoire, de lutte et de narration autonome.

 

Après une première étape à Marseille du 22 au 25 mai, le FCP 2025 se poursuit à Paris et en Île-de-France du 29 mai au 8 juin, avec une programmation éclectique et itinérante. Fictions, documentaires, expérimentations visuelles : la diversité des formats et des voix reflète la richesse du cinéma palestinien contemporain et son irréductible vitalité.

Un festival en temps de guerre : quel rôle pour le cinéma ?

À Gaza, la situation humanitaire atteint l’insoutenable. Des dizaines de milliers de morts, une destruction systématique des infrastructures civiles et un siège prolongé devenu quasi total. Dans ce contexte, maintenir un festival de cinéma sur la Palestine relève à la fois du défi et de l’acte politique.

« Que peut le cinéma ? », interroge le FCP, alors que les images les plus atroces ne semblent plus émouvoir les sphères du pouvoir. Cette question, formulée avec gravité, trouve une réponse dans chaque film sélectionné : faire entendre des voix, donner à voir des mémoires, créer de nouveaux langages pour dire l’indicible. En cela, le festival se fait non seulement vitrine mais aussi bouclier culturel contre l’effacement.

Une programmation engagée, ancrée dans les luttes

Le festival investira de nombreux lieux en Île-de-France – du Cinéma Luminor Hôtel de Ville à Paris (du 29 mai au 1ᵉʳ juin) jusqu’au Cinéma Le Luxy à Ivry-sur-Seine (le 8 juin), en passant par Saint-Denis, Stains, Fontenay-sous-Bois ou encore Villetaneuse, pour une projection en plein air le 14 juin en partenariat avec l’association L’Autre Champ.

Parmi les temps forts : Fidai Film de Kamal Aljafari, qui détourne des archives volées par l’armée israélienne pour en faire un outil de réappropriation historique ; Partition de Diana Allan, où des réfugiés palestiniens commentent les archives coloniales britanniques, renversant ainsi le regard hégémonique ; ou encore The Diary of A Sky de Lawrence Abu Hamdan, œuvre sonore d’une puissance politique rare.

Un focus sera également consacré à des œuvres explorant la mémoire intime et collective, comme Familiar Phantoms de Larissa Sansour, ou The Flowers Stand Silently, Witnessing de Theo Panagopoulos, où la beauté de la nature palestinienne devient le témoin silencieux d’une violence indicible.

L’art de raconter pour ne pas disparaître

Cette édition mettra aussi en lumière des films inédits et récompensés à l’international, tels que The Jacket de Mathijs Poppe, Thank You for Banking With Us! de Laila Abbas, ou encore Chroniques d’Haïfa de Scandar Copti.

Le 31 mai, le concours de courts-métrages reviendra pour sa 9ᵉ édition, donnant la parole à cinq jeunes cinéastes palestinien·nes. En partenariat avec l’AFAC (Arab Fund for Arts and Culture), des ateliers sur la production et la distribution accompagneront cette compétition.

Autre moment fort : la soirée spéciale Queer Cinema for Palestine – No Pride in Genocide, qui réaffirme la solidarité entre luttes queer et lutte contre l’apartheid israélien, en refusant toute récupération arc-en-ciel d’un pouvoir complice des massacres.

Un espace de résistance artistique et politique

Face à un discours médiatique dominant qui continue de reléguer la parole palestinienne au second plan – ou pire, de la délégitimer –, le Festival Ciné-Palestine rappelle, comme l’écrivait Edward Said, que « la lutte passe par une réappropriation des récits ». C’est précisément ce que proposent les œuvres sélectionnées : faire exister un peuple à travers ses voix, ses images, ses rêves et ses douleurs.

Programme complet :
https://www.festivalpalestine.paris/fr/programmation

 

 

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Nadir Dendoune

Nadir Dendoune est journaliste, chroniqueur, écrivain et réalisateur. Il collabore à la rédaction web du Courrier de l’Atlas, où il publie des chroniques et des récits mêlant engagement social, regard critique et expérience personnelle. Né à Saint-Denis de parents algériens, il s’est fait connaître du grand public par son parcours atypique et ses défis hors normes. Aventurier autodidacte, il entreprend un tour du monde à vélo avant de gravir l’Everest sans expérience préalable de l’alpinisme. Cette ascension donne naissance à son livre Un tocard sur le toit du monde (2010), récit autobiographique devenu un succès d’édition et adapté au cinéma en 2017 sous le titre L’Ascension.Auteur engagé, Nadir Dendoune explore dans ses ouvrages les thèmes de l’identité, de l’immigration et des fractures sociales. Dans Lettre ouverte à un fils d’immigré, il s’adresse à la jeunesse issue des quartiers populaires et interroge les déterminismes sociaux. Avec Journal de guerre d’un pacifiste, il revient sur son arrestation en Irak en 2003 alors qu’il servait de « bouclier humain », livrant un témoignage personnel sur la guerre et l’engagement. Il publie également Nos rêves de pauvres (2017), récit intime consacré à son père et à l’histoire de l’immigration algérienne en France.Son travail journalistique et littéraire se caractérise par une écriture directe, incarnée et accessible, nourrie d’expériences vécues. À travers ses chroniques et ses livres, il questionne les rapports de pouvoir, les inégalités sociales et la possibilité de s’affranchir des assignations.Au sein du Courrier de l’Atlas, il contribue au développement éditorial numérique et apporte une voix singulière, à la croisée du récit autobiographique, de l’analyse sociale et du témoignage engagé.