Un sacré bouquin

 Un sacré bouquin

Coran numérique sur smartphone et livre du Coran sacré. Sourate al-Fatiah, premier chapitre. Gros plan. GODONG / BSIP (Photo par GODONG / BSIP via AFP)

En raison de l’importance du sujet et en concomitance avec le mois de Ramadan, nous mettons en ligne le dossier sur le Coran, paru dans le magazine Le Courrier de l’Atlas de février. Bonne lecture à tous !

Présent sur tous les étals des libraires autant qu’aux supermarchés, le Coran se vend bien. Bénéficiant d’un nouveau regard, il est devenu populaire, tant auprès de ses amoureux que de ses détracteurs.

 

Le Coran est doté d’un pouvoir de séduction fou. Ses amoureux l’affectionnent autant que ses détracteurs : les premiers pour inviter à une lecture qui soigne les incursions des gens de la foi dans le monde des énigmes stupéfiantes du céleste ; les autres pour pourfendre un texte « réactionnaire » qui évacuerait le sensible, le plaisir, les délices de la vie, la jouissance éphémère, à l’aide de raccourcis vertigineux, de versets courts mêlant commentaires et impressions intimes, n’hésitant pas à mettre en avant la beauté d’une vie simple, d’une ascèse qui n’a plus lieu d’être dans un monde moderne aussi hédoniste.

Culture unique et style inégalé

Quoi qu’il en soit, le texte est aujourd’hui si populaire qu’il donne furieusement envie de le lire, voire de le suivre, car le Coran, rare et généreux, est viscéralement attaché à la méritocratie, sans avoir pour autant de penchant gauchiste.

Son existence est une fin en soi et aussi le moyen d’observer une culture unique et un style inégalé. Sans doute le texte saint des musulmans lie-t-il la vie terrestre et l’au-delà dans un même art de la performance, car la vie ici-bas est une terre à labourer pour la vie dans l’au-delà.

On observe dans le secteur public un croisement des classes sociales, bien plus qu’à l’usine ou au bureau. Si les gueux sont à l’aise dans le cocon de la spiritualité, et même si un riche « n’entrera au Paradis que lorsqu’un chameau passera par le chas d’une aiguille », il reste un espace improbable où ceux qui ont gagné leur fortune à la sueur de leur front ont un avantage certain sur les miséreux : celui de partager leur fortune avec les pauvres, car au final « l’argent appartient à Allah ».

Le texte sacré des musulmans, qui parle avec plus de vénération de Jésus et de la Vierge Marie que nombre de textes chrétiens, tient également en haute estime le prophète des « Juifs », ce Moïse qui s’approprie la majorité des récits contés par le Coran, magnifiant par la même occasion une façon de vivre plus intense et une ferveur populaire, non sans référence aux péripéties de l’exode du « peuple élu » ainsi décrit.

C’est à ce moment-là que beaucoup de chercheurs non musulmans, soit dit en passant, sensibles au nouveau regard porté sur le Coran, se sont pris à imaginer des ouvrages qui cartonnent en France et dans le monde, privilégiant une approche progressiste sans tomber dans le fameux sectarisme radical qui a marqué les écrits posthumes sur le même sujet. Quelques-uns ont eu le privilège de s’exprimer dans nos colonnes.

Plus d’une centaine de langues

Résultat : qu’est-ce qui fait courir tous ces lecteurs, chaque année ? Pourquoi s’arrachent-ils des dizaines de millions d’exemplaires du Coran, disponible dans plus d’une centaine de langues, du français à l’espagnol, en passant par le tamazight, le coréen, l’hébreu ou encore le braille ?

Dans l’Hexagone, il suffit de faire un tour dans n’importe quel supermarché ou d’entrer dans une librairie pour constater que le Coran se vend bien. Aujourd’hui, c’est peut-être le livre le plus vendu au monde. En tout cas, celui-ci est devenu un best-seller, et c’est justement l’un des objectifs de ce dossier : vous faire découvrir tout ce que vous avez voulu savoir sur le livre saint des musulmans sans oser le demander.

Et ce, sans le moindre soupçon de prosélytisme — le Coran lui-même n’en veut pas, car l’un de ses versets centraux reste le fameux « Nulle contrainte en religion », qui explique clairement que la question de la foi est une affaire entre l’individu et Dieu.