Dakhla façonne la jeunesse africaine de demain

Edition 2025 de l’Africa Future day (crédit photo : Epik Leaders)
La jeunesse africaine était au cœur des échanges organisés à Dakhla autour du leadership, de l’innovation et de l’entrepreneuriat. L’événement Epik Leaders ambitionne de faire émerger une nouvelle génération de leaders africains capables de renforcer les coopérations panafricaines.
En bref
À Dakhla, l’événement Epik Leaders a réuni de jeunes leaders venus de plusieurs pays africains autour des enjeux de leadership, d’innovation et de coopération continentale. Cette rencontre met en avant une jeunesse africaine ambitieuse, décidée à jouer un rôle majeur dans l’avenir du continent et dans la construction de nouveaux réseaux panafricains.
C’est devenu le mantra des cercles économiques africains : le continent a besoin de leadership. Derrière cette notion, l’envie d’avoir un espace en devenir. La puissance potentielle supposée de l’Afrique est à mettre au crédit de ses ressources humaines, une jeunesse considérée comme un levier stratégique majeur. À l’horizon 2030, en effet, quatre jeunes sur dix âgés de moins de 35 ans dans le monde viendront d’Afrique, bien loin de l’âge médian européen de 44,9 ans.
Dakhla veut devenir un hub africain
Consciente de cette projection, l’association panafricaine Epik Leaders a pris son bâton de pèlerin pour bâtir un réseau. Mahmoud Cherkaoui Salhi, son président, un consultant dans les ressources humaines – passionné de football et du Raja Casablanca –, y croit dur comme fer. « La matière brute existe et on est la preuve », plaide-t-il. « Si je fais un parallèle avec les joueurs de football, on peut estimer que le leader africain est sous-estimé. Le plus cher des joueurs marocains, vainqueurs de la Coupe du monde en 2025, vaut 5 millions d’euros. Un Européen est valorisé dix à vingt fois plus ! Il en va de même avec nos jeunes futurs dirigeants. »
Une jeunesse africaine tournée vers l’action
Pour le moment, leur place est souvent réduite à peau de chagrin. Un parlementaire africain sur cinq seulement a moins de 40 ans. Pour Mahmoud Cherkaoui Salhi, la difficulté de ces élites tient à leur manque de visibilité. « Ces leaders doivent avoir foi en eux, mais il leur manque du marketing, juge-t-il. Avec nos 5000 membres, nous voyons émerger des success stories de gens qui font des carrières extraordinaires. Ils sont des millions. Pourtant, on a l’impression qu’il existe à peine une cinquantaine. Il faut braquer la lumière sur l’Afrique. Le succès n’a pas lieu demain, il a commencé aujourd’hui. »
Ce manque de visibilité empêche la construction d’un récit de l’effort, essentiel à toute puissance d’influence, notamment dans le domaine économique. Ainsi, les start-up africaines ont levé à peine 3,2 milliards de dollars en 2025 malgré la croissance. La fintech concentre 60 % du financement par capitaux propres africain.
Toutefois, on entend désormais parler de climate tech, d’agritech, de healthtech ou encore d’intelligence artificielle. Le Kenya, le Nigeria, l’Égypte et l’Afrique du Sud, qui concentrent l’essentiel des financements, restent en pointe. Le Maroc s’affirme comme un hub émergent et diversifié, notamment dans la fintech, la logistique et l’agritech, profitant de sa position stratégique entre l’Afrique, l’Europe et le Moyen-Orient.
Le leadership africain au cœur des échanges
Ce rôle de modèle est, par exemple, celui qu’a réussi à incarner la start-up DeepLeaf, originaire de Sidi Bennour, près d’El Jadida, et incubée dans les Technopark Souss-Massa d’Agadir. Évoluant dans l’agritech, elle utilise l’intelligence artificielle pour détecter les maladies, les parasites ou les carences agricoles. Active dans huit pays, elle vient de signer un partenariat avec Agrivi, l’une des principales plateformes européennes de gestion agricole. Avec ce symbole de leadership technologique marocain, l’Afrique devient l’un des acteurs capables d’exporter des solutions innovantes à l’international.
Mais dans ce domaine, les États-Unis dominent encore. Leur PIB par habitant élevé et une économie tournée vers les services renvoient à un leadership structuré par les universités, les entreprises, les médias, les fondations et les réseaux d’anciens.
En Asie, la progression de la Chine et d’autres pays repose sur les investissements en recherche et développement, la technologie et une cohérence stratégique de long terme. Quid de l’Afrique ? Une dizaine d’États figurent dans le Top 100 des pays les plus influents, avec notamment l’Égypte, l’Afrique du Sud et le Maroc. Toutefois, l’absence de pays africains dans le top 10 mondial illustre encore le déficit global d’influence du continent.
Pour progresser, l’Afrique doit se structurer et agir. « On croit beaucoup au learning by doing », explique le président d’Epik Leaders. « C’est la philosophie de notre accompagnement. Au lieu de dire : faites-le ! »
Epik Leaders mise sur les talents du continent
Cette approche fondée sur l’expérience est au cœur de l’événement Africa Future Leaders Day, organisé à Dakhla. Il réunit étudiants, décideurs et experts autour du leadership, du soft power et de l’entrepreneuriat africain. Le rendez-vous veut devenir un laboratoire de coopération africaine, où les idées se transforment en actions concrètes. « On part du principe qu’au lieu de rester à ne rien faire parce que les choses changent, ils doivent être le moteur du changement, explique Mahmoud Cherkaoui Salhi. L’année dernière, nous avons réuni des talents sportifs, des juristes, des ingénieurs et même un étudiant gabonais pour la distribution. On leur a donné un projet commun alors qu’ils ne se connaissaient pas, et ce travail est désormais commercialisé. »
Un réseau panafricain en construction
À l’image de réseaux internationaux d’entraide, Epik Leaders apparaît comme un acteur encore jeune mais déjà solidement implanté. Fondée en 2025, l’association revendique plus de 50 000 membres, 550 clubs actifs et une présence dans 15 pays africains.
À titre de comparaison, le Young African Leaders Initiative lancé par les États-Unis en 2010 a accompagné plus de 24 000 alumni. Epik Leaders, avec sa logique panafricaine et opérationnelle, veut faire émerger un véritable tsunami créatif. « Nous voulons agir et avoir des livrables, des choses mesurables pour capitaliser dessus », indique Mahmoud Cherkaoui Salhi. « Ce n’est pas de la communication. Il s’agit d’une action pragmatique, avec des points d’étape pour des jeunes qui travaillent pour leur futur. »
Pour le président, le complexe de l’étranger appartient désormais au passé. Selon lui, l’Afrique doit puiser dans les forces de chaque pays : l’industrie au Maroc, la fintech au Kenya ou encore l’entrepreneuriat au Nigeria. « Dans dix ans, l’Afrique disposera de toutes les armes pour devenir numéro un. Nous accompagnons cette montée grâce à un modèle devenu un diamant bien taillé. L’Afrique n’aura pas à espérer que la solution vienne d’ailleurs. »
Vos questions sur la jeunesse africaine
Pourquoi Dakhla accueille-t-elle des événements africains ?
Dakhla cherche à renforcer son positionnement comme hub africain dédié aux échanges économiques, culturels et stratégiques entre les pays du continent.
Qu’est-ce qu’Epik Leaders ?
Epik Leaders est une initiative qui met en avant les jeunes talents africains engagés dans le leadership, l’innovation et l’entrepreneuriat.
Quels sujets ont été abordés pendant l’événement ?
Les échanges ont porté sur le leadership africain, l’innovation, l’entrepreneuriat africain, la coopération panafricaine et les perspectives offertes à la jeunesse africaine.
Pourquoi la jeunesse africaine est-elle un enjeu stratégique ?
Avec une population jeune en forte croissance, l’Afrique mise de plus en plus sur sa jeunesse pour accélérer le développement économique, l’innovation et les coopérations régionales.
Quel rôle joue Dakhla dans cette dynamique ?
La ville ambitionne de devenir une plateforme continentale capable d’accueillir des rencontres internationales dédiées aux talents et aux leaders africains de demain.
