Saïd El Abadi : « Le mot exploit doit être banni du football marocain »

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Éliminés par la France en quart de finale de la Coupe du monde 2026, les Lions de l’Atlas quittent la compétition avec un nouveau parcours historique. Pour le journaliste et auteur du livre « l’histoire du football africain » aux éditions faces cachées, Saïd El Abadi, le Maroc appartient désormais aux grandes nations du football mondial et doit désormais viser les titres plutôt que les exploits.
En bref
- Saïd El Abadi estime que le Maroc fait désormais partie du top 8 mondial.
- Il considère que les Lions de l’Atlas ne doivent plus parler d’exploit.
- Il souligne la progression du jeu sous Mohamed Ouahbi.
- Il identifie la profondeur de banc comme principal défi pour viser le titre.
- Il voit dans la Coupe du monde 2030 une occasion de franchir un nouveau cap.
Quelles leçons tirer de la prestation des Lions de l’Atlas lors de cette Coupe du monde ?
Le Maroc n’est plus une surprise. Atteindre les quarts de finale pour la deuxième fois consécutive — après les demi-finales de 2022 —, ce n’est pas de la chance, c’est la preuve d’un travail de fond. Le Royaume confirme qu’il appartient désormais au top 8 mondial. C’est inédit dans l’histoire du football africain.
Les prestations ont été à la hauteur. Tout le monde a tiré un coup de chapeau aux Lions après la rencontre face au Brésil, un véritable récital. Dès le début de la compétition, le jeu a été léché, vif, efficace et impressionnant. C’est la marque d’une véritable évolution sous Mohamed Ouahbi, même dans la défaite face aux Bleus.
Cette Coupe du monde a aussi révélé ou confirmé plusieurs joueurs. Ismaël Saibari dans un autre registre. Issa Diop, solide. Noussair Mazraoui, plus impressionnant que jamais. Yassine Bounou, une nouvelle confirmation.
Et puis les jeunes, avec Bouaddi en tête, la pépite tant attendue, qui s’est imposée en quelques matchs au milieu de terrain. Avec Neil El Aynaoui et Azzedine Ounahi, ils peuvent former un trio merveilleux pour la suite, à condition de bien travailler. Talbi aussi est entré en jeu de manière décisive à chaque fois.
Dernière note positive : le Maroc a appris à ne plus perdre ses moyens. Contre le Brésil, les Lions ont maintenu la dynamique et cherché le résultat jusqu’au bout. Contre l’Écosse, ils ont défendu avec caractère. Une mentalité s’est imposée. L’envie de bien jouer et d’aller chercher la victoire était encore plus flagrante contre les Pays-Bas.
Y a-t-il un plafond de verre qui empêche les Lions d’aller plus loin ? Le fait que ce soit encore la France qui élimine le Maroc relève-t-il du hasard ou d’un cap à franchir ?
Que ce soit à nouveau l’équipe de France qui stoppe les Lions, c’est un symbole, mais c’est du pur hasard. Le seul vrai parallèle avec 2022, c’est la question de la fraîcheur physique et de la profondeur du banc.
Mohamed Ouahbi l’a très bien dit : lorsque des joueurs sont absents, comme Ismaël Saibari ou Shady, le système de jeu s’en trouve affecté et les remplaçants ne sont pas au même niveau.
C’est là le véritable plafond de verre. Pour atteindre les demi-finales, puis la finale, et aller chercher un titre, il faudra construire un effectif où chaque titulaire indiscutable pourra être remplacé par un joueur de niveau équivalent.
Cela passera probablement par des joueurs évoluant dans de meilleurs clubs et à un niveau encore plus élevé afin d’arriver physiquement prêts pour les grands rendez-vous.

Le match contre la France révèle-t-il une mauvaise soirée ou un véritable écart entre les deux équipes ?
Les deux, probablement. Les joueurs n’ont pas trouvé ce regain d’énergie qui permet de réaliser des exploits.
Mais il faut être honnête : Kylian Mbappé est tout simplement incroyable. Critiqué toute l’année, il devient irréel en Coupe du monde.
C’est peut-être ce qui manque encore au Maroc : un joueur capable d’emmener une équipe jusqu’aux titres. Face à la France, Achraf Hakimi n’a pas été le capitaine que l’on attendait et Brahim Diaz n’a pas réussi à se transcender.
Ce « tueur », comme on dit dans le jargon, ce profil à la Lionel Messi capable de faire basculer un match à lui seul.
Le Maroc possède pourtant ce type de joueur. Il en a même deux. Hamza Igamane, le numéro 9 capable d’être ce buteur décisif, était blessé. Et pourquoi pas le jeune Yassine Zabiri, champion du monde U20, pour l’avenir ?
La déception est là, et c’est une bonne chose d’être déçu en quart de finale, car cela signifie que l’ambition grandit.
Le mot « exploit » doit être banni du vocabulaire marocain et du football africain en général.
Pour aller chercher de grandes performances, il faut être ambitieux.
Le Maroc possède les joueurs et le vivier nécessaires.
À lui désormais de construire une équipe capable de rivaliser avec les plus grandes nations et de rêver encore plus grand lors de la Coupe du monde 2030 organisée en partie à domicile.
Vos questions sur le football marocain
Pourquoi Saïd El Abadi veut-il bannir le mot « exploit » ?
Il estime que les performances répétées du Maroc prouvent que les Lions de l’Atlas appartiennent désormais aux meilleures nations du football mondial et ne doivent plus être considérés comme des outsiders.
Quel est le principal point faible du Maroc selon lui ?
Le journaliste estime que la profondeur de l’effectif reste insuffisante pour compenser l’absence de certains titulaires lors des grands rendez-vous.
Comment juge-t-il la défaite contre la France ?
Selon lui, le Maroc a manqué de fraîcheur physique et de joueurs capables de faire basculer un match, tout en reconnaissant la qualité de l’équipe de France.
Quel objectif fixe-t-il aux Lions de l’Atlas ?
Il estime que le Maroc doit désormais viser un titre mondial, notamment lors de la Coupe du monde 2030 organisée en partie sur son sol.
