Guerre au Moyen-Orient : Quelles conséquences économiques potentielles pour la Tunisie ?

 Guerre au Moyen-Orient : Quelles conséquences économiques potentielles pour la Tunisie ?

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Alors que la guerre s’installe dans la durée au Moyen-Orient, et sur fond d’escalade quotidienne entre l’Iran et les pays arabes environnants, les inquiétudes gagnent les milieux économiques tunisiens.

Dans un contexte international déjà marqué par la volatilité des marchés énergétiques, des experts mettent en garde contre des répercussions potentiellement lourdes pour la Tunisie, pays importateur net d’hydrocarbures et structurellement exposé aux chocs extérieurs.

Pour Tunis, la question centrale demeure celle des prix du pétrole et des équilibres macroéconomiques. Toute disruption ou flambée durable des cours pourrait en effet fragiliser davantage des finances publiques déjà sous tension, renchérir la facture énergétique et accentuer les pressions inflationnistes sur les ménages.

 

Trois scénarios, du choc modéré à la crise majeure

L’analyste Ridha Chkoundali envisage d’abord un scénario de confrontation limitée, sans perturbation majeure des flux pétroliers. Dans cette hypothèse optimiste, les marchés intégreraient surtout une prime de risque géopolitique. Les prix progresseraient de manière modérée, sans rupture d’approvisionnement. Pour la Tunisie, l’impact serait réel mais contenu : alourdissement de la facture énergétique, tension sur la balance commerciale et ajustements budgétaires supplémentaires.

Le deuxième scénario serait en revanche plus préoccupant : une interruption partielle à terme des exportations en provenance du Golfe. Une réduction de 3 à 5 millions de barils par jour sur le marché mondial pourrait ainsi propulser le baril au-delà des 100 dollars.

Pour un pays comme la Tunisie, dépendant des importations énergétiques, la facture extérieure s’alourdirait nettement. Le déficit courant se creuserait, tandis que l’État serait confronté à un dilemme : répercuter la hausse sur les prix à la pompe ou accroître les subventions, au risque d’aggraver le déficit budgétaire. « Les prévisions de croissance, estimée à environ 2,5 % pour l’ensemble de l’année 2025, en prendraient un coup », conclue-t-il.

 

Le spectre d’un blocage du détroit d’Hormuz

Le scénario le plus critique reste celui d’un blocage du Détroit d’Hormuz, point de passage stratégique par lequel transite une part essentielle du pétrole mondial. Une telle situation pourrait entraîner une flambée des prix supérieure à 40 %, selon plusieurs estimations internationales, et raviver le spectre d’une stagflation à l’échelle mondiale.

Même certaines puissances productrices du Golfe ne seraient alors pas épargnées, tant les chaînes logistiques et les flux commerciaux sont interdépendants. Les économies émergentes et industrialisées dépendantes des importations énergétiques subiraient, elles, de fortes pressions inflationnistes, combinées à un ralentissement de la croissance.

Pour la Tunisie, un tel choc serait particulièrement délicat. Outre l’impact direct sur l’énergie, l’inflation importée toucherait les produits alimentaires et les biens manufacturés. Le pouvoir d’achat des ménages serait de nouveau mis à l’épreuve, tandis que les marges de manœuvre budgétaires resteraient limitées.

Dans un environnement international incertain, la résilience de l’économie tunisienne dépendra donc de sa capacité à diversifier ses sources d’énergie, à accélérer la transition vers les renouvelables et à renforcer ses équilibres financiers. À défaut, le pays risque de subir de plein fouet les secousses d’un conflit qui, bien que géographiquement éloigné, pourrait avoir des conséquences très concrètes sur son quotidien économique.