Tunisie. Limogeage surprise de la ministre de l’Industrie

Le président Kaïs Saïed a mis fin, à l’aube du 28 avril 2026, aux fonctions de la ministre de l’Industrie, des Mines et de l’Énergie, Fatma Thabet Chiboub. Si le communiqué officiel est resté silencieux, un faisceau d’éléments permet de mieux cerner les raisons ayant conduit à cette décision soudaine.
L’intérim du département a été confié au ministre de l’Équipement et de l’Habitat, Salah Zouari. Derrière ce limogeage, se dessinent quelques pistes, notamment en lien avec des critiques sur la gestion de la ministre du secteur énergétique particulièrement sensible, des tensions politiques internes, ainsi qu’une accumulation de dysfonctionnements.
Plusieurs reproches ont ainsi été adressés à la ministre concernant sa gestion des dossiers énergétiques : des lenteurs dans la prise de décision et un manque de clarté dans certaines orientations stratégiques auraient été pointés du doigt depuis sa nomination en janvier 2024.
Le secteur de l’énergie, crucial pour l’équilibre budgétaire et la stabilité sociale, fait l’objet d’une attention particulière de la présidence de la République et son agenda souverainiste. Or, des désaccords auraient émergé quant à la conduite de certaines réformes, notamment en matière de gouvernance et de pilotage des entreprises publiques sous tutelle.
Un timing qui interroge
Le moment choisi pour cette éviction ne manque pas de susciter des interrogations, d’autant qu’il intervient dans un contexte délicat : le Parlement devrait en effet se pencher sous peu sur un projet de loi soutenu par Carthage, relatif à l’attribution de concessions photovoltaïques.
Or, dans la publication de la présidence ayant accompagné l’éviction de la ministre, on peut lire que : « l’État tunisien poursuit sa politique sociale dans tous les domaines, engagé dans la lutte contre toutes les poches de réaction, de trahison et de corruption ». De quoi aiguiser des suspicions de favoritisme dans ce dossier.
Par ailleurs, des critiques auraient également porté sur la communication du ministère, jugée insuffisante ou inadaptée face aux enjeux économiques actuels. Dans un contexte de pression sur les finances publiques et de débats autour des ressources naturelles, ces lacunes auraient contribué à fragiliser la position de la ministre.
Au-delà des aspects techniques, la ministre aurait progressivement perdu le soutien de certains cercles décisionnels, en raison de divergences sur la gestion de certains dossiers. Des critiques antérieures, entre autres sur les choix budgétaires et la politique énergétique, avaient déjà émergé dans le débat public et au sein de la classe politique, révélant un isolement croissant.
En creux, cette énième éviction brutale traduit moins un événement isolé qu’un nouvel épisode dans la recomposition continue de l’appareil exécutif tunisien, où performance sectorielle, alignement idéologique et capacité à répondre aux priorités politiques présidentielles semblent plus que jamais déterminants dans le maintien en poste, y compris dans les cercles les plus proches du pouvoir.
