Classement RSF Liberté de la presse : un recul historique mondial

La publication aujourd’hui 30 avril du classement 2026 de Reporters sans frontières confirme une tendance lourde : la liberté de la presse atteint son niveau le plus bas depuis plus de deux décennies.
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Déjà fragilisée ces dernières années, la profession subit désormais des pressions multiples – politiques, économiques et judiciaires – qui affectent une majorité de pays. Dans ce contexte globalement dégradé, le Maghreb illustre à lui seul les dynamiques contrastées mais inquiétantes qui traversent la région.
Tunisie : une chute continue dans un climat politique verrouillé
La situation tunisienne apparaît comme l’une des plus préoccupantes. Déjà en recul marqué, le pays est passé de la 118ᵉ place en 2024 à la 129ᵉ en 2025. Il passe en 2026 à la 137e position sur 180 pays, l’une des plus fortes chutes enregistrées dans la région.
Cette dégradation s’inscrit dans un contexte politique tendu : le décret-loi 54, censé lutter contre les “fausses informations”, est régulièrement pointé du doigt comme un outil susceptible de restreindre la liberté d’expression.
À ces contraintes politiques s’ajoute une fragilité structurelle du secteur médiatique. La baisse des revenus publicitaires et la concentration des financements limitent l’indépendance éditoriale, accentuant la vulnérabilité des rédactions. Dans ce contexte, la Tunisie, longtemps considérée comme une exception démocratique post-2011, semble désormais engagée dans une trajectoire inverse.
Algérie : entre stagnation et « amélioration trompeuse »
En Algérie, le classement 2025 situait le pays à la 126ᵉ place mondiale. Le pays chute aujourd’hui à la 145e place en 2026. Malgré une progression relative en 2025, les observateurs soulignent la persistance de nombreuses “lignes rouges” dénonçant une convalescence trompeuse : enquêter sur la corruption ou les mouvements sociaux peut exposer les journalistes à des poursuites ou à des pressions directes.
Le paysage médiatique y demeure fortement contraint, avec des médias indépendants fragilisés, des sites bloqués et un cadre législatif restrictif. Les autorités politiques et sécuritaires continuent d’exercer une influence déterminante sur l’information.
Le Maroc enregistre pour sa part une nette amélioration, la seule de la région Maghreb, en passant de la 120e à la 105e place.
À l’échelle de la région MENA, le classement 2026 confirme ainsi une tendance régionale contrastée : la liberté de la presse recule ou stagne dans un environnement de plus en plus contraint. Une évolution qui s’inscrit dans un mouvement mondial plus large, où le droit à l’information apparaît, plus que jamais, sous pression.
