Philippe Chalmin : « C’est un marché comparable à celui du vin »

 Philippe Chalmin : « C’est un marché comparable à celui du vin »

Crédit photos : Pierre Verdy/AFP – Brett Stevens/Cultura Creative/AFP


Le professeur à l’université Paris-Dauphine et fondateur du cercle Cyclope, qui produit un rapport annuel sur l’état des marchés mondiaux de matières premières, revient sur le commerce du thé, ses particularités et son évolution. 


Le marché mondial du thé est vraiment particulier. Quels sont les producteurs importants ?


Les plus gros producteurs de thé sont la Chine, l’Inde, le Sri Lanka (Ceylan autrefois) et les pays d’Afrique autour du Kenya. La production mondiale avoisine, selon les années et les conditions climatiques, entre 4 et 4,5 millions de tonnes. Un tiers du thé provient de Chine, un quart d’Inde suivi par le Kenya et le Sri Lanka. Il existe également des plus petits producteurs comme l’Indonésie, le Bangladesh, le Japon et dans une moindre mesure l’Iran. Le marché est très largement dominé par le thé noir, le thé vert représentant à peine un tiers du marché. La géographie du thé est relativement large.


 


Quand on pense thé, on pense forcément à la Grande-Bretagne.  Est-ce que c’est le plus gros consommateur de thé au monde ?


Historiquement, c’était les Britanniques qui buvaient le plus de thé. Aujourd’hui, ils restent les plus gros consommateurs par capita, c’est à dire, par habitant. Si on regarde la carte des principaux importateurs, on retrouve l’Europe avec très largement en tête le Royaume-Uni, suivi par la Russie, les Etats-Unis et évidemment le Maghreb et le Machrek. Mais il faut dire que les plus gros consommateurs sont les producteurs les plus importants, à savoir la Chine et l’Inde. En réalité, l’Inde consomme pratiquement l’ensemble de sa production et la Chine en consomme une très grande partie.


 


Comment se comporte le marché du thé ? Existe-t-il des tensions sur les prix ?


Il peut fluctuer de manière importante mais il faut comprendre que le marché du thé est original. A la différence des autres matières premières agricoles, pour lesquelles on a des marchés financiers et de moins en moins de marché physique, le thé a conservé un système ancien, existant depuis le 19ème siècle, de vente aux enchères. Les thés sont vendus dans les pays producteurs. On retrouve par exemple, les enchères de Mombassa pour les pays d’Afrique de l’Est, celles de Colombo pour les thés Ceylan, celles de Mumbaï pour l’Inde. Sur ces marchés, peuvent se trouver des dégustateurs de thés (voir encadré). C’est un mode de commercialisation un peu unique mais il existe toutefois une instabilité possible des prix qui peuvent être liés aux incertitudes climatiques et aux aléas de production.



Le prix se négocie selon la qualité du thé. Comment s’établit cette différence entre thé de base et thé haut de gamme ?


On peut presque comparer le marché du thé avec celui du vin. Vous avez des thés de base (souvent africains) qui vont être utilisés par exemple lors des petits déjeuners, des breakfasts teas mais également des thés, qui vont être des grands crus, et même pour continuer l’analogie avec le vin, des premiers grands crus. La qualité des thés peut dépendre de l’altitude dans lesquels se situent les jardins de thés, du moment où est faite la collecte des feuilles, mais aussi du niveau du bourgeon qui va être ramassé. Le consommateur moyen qui plonge son sachet n’en prend pas conscience mais vous pouvez avoir des thés qui peuvent s’échanger comme des grands crus, à près de 10 000 dollars le kilo.


 


L’Afrique est producteur de thé. Dispose t’elle d’un pôle de croissance sur ce segment ?


C’est surtout le Kenya notamment pour le thé mais aussi l’Afrique de l’Est dans son ensemble. Quand on parlait des enchères à l’exportation (à ne pas confondre avec celle de la production), c’est l’une des matières premières avec le cacao pour lequel l’Afrique pèse relativement lourd. Le Kenya mais aussi l’Ouganda, le Malawi, la Tanzanie, etc… est l’une des plus grandes zones d’exportation mondiale de thé. Ce sont des pays qui exportent quasiment la totalité de leur production à la différence de la Chine et de l’Inde. Si on veut chercher un prix qui corresponde au prix mondial du thé, on se basera sur les enchères de Mombassa.


 


Le Maroc est un très grand importateur de thés et ne produit pas de thé. Est-ce lié aux conditions climatiques ?


Tout à fait, le thé pousse dans le cadre d’une humidité assez régulière. Il faut un climat tropical humide. Sans être agronome, il y a peu de chances de produire du thé au Maroc. De plus, le Maroc est un cas particulier car sa consommation est essentiellement basée sur du thé vert, qui provient pour une grande partie de Chine.


 


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MAGAZINE MARS 2018

Yassir GUELZIM

Journaliste Print et web au Courrier de l'Atlas depuis 2017. Ancien de RFI, LCI, France Inter. Producteur et réalisateur (Arte Reportage, France24, France tv).