Suppression des APL : des élus de gauche dénoncent une « faute politique »

Des personnes passent devant l’entrée principale de la Cité internationale universitaire de Paris, le 24 mars 2026. © Kenzo Tribouillard / AFP
Des élus de gauche dénoncent la fin des aides personnalisées au logement (APL) pour les étudiants étrangers non boursiers. Dans une tribune, des élus de gauche (Mmes Halima Khiar Menhoudj adjointe au maire ville de Montreuil et Muriel Casalaspro conseillière régionale d’Ile-de-France) accusent le gouvernement d’organiser la précarité, de créer une discrimination et de fragiliser l’attractivité des universités françaises.
À compter du 1er juillet 2026, le gouvernement a décidé de supprimer les aides personnalisées au logement (APL) pour les étudiants étrangers. Derrière cette mesure, présentée comme un ajustement budgétaire, se cache un choix idéologique clair : exclure, discriminer, fracturer.
Cette mesure ne cible officiellement que les étudiants étrangers non boursiers. Pourtant, seuls 2 % des étudiants étrangers ont accès à une bourse. Cette décision leur inflige une double peine. Dans le même temps, leurs frais de scolarité ont été multipliés jusqu’à quinze.
Nous, élu·es de la République, refusons cette décision.
Une réforme qui accroît la précarité étudiante
Soyons lucides : cette réforme n’a rien d’abstrait. Elle va produire des effets immédiats, concrets et violents.
Des milliers d’étudiants étrangers vont perdre une aide essentielle pour se loger. Les loyers explosent, notamment dans les villes universitaires. Pour beaucoup, cette aide conditionne la poursuite de leurs études.
Les associations de terrain tirent la sonnette d’alarme.
La FAGE dénonce « une mesure brutale qui précipitera des milliers d’étudiants dans la précarité ».
L’UNEF parle d’« une attaque directe contre les plus fragiles et d’une fracture assumée au sein de la communauté étudiante ».
La Cimade alerte sur « une nouvelle étape dans la restriction des droits des personnes étrangères ».
Nous les entendons. Et nous savons qu’elles ont raison.
Derrière les chiffres, ce sont des parcours brisés, des abandons d’études, des vies fragilisées.
Une discrimination fondée sur la nationalité
Cette décision marque une rupture grave. Elle instaure une différence de traitement entre étudiants sur un seul critère : la nationalité.
Deux étudiants aux revenus identiques, aux besoins identiques, inscrits dans la même formation : l’un sera aidé, l’autre non.
Pour la Ligue des droits de l’Homme, il s’agit d’« une remise en cause du principe d’égalité devant les droits sociaux ».
Des collectifs associatifs dénoncent « une discrimination d’État qui banalise l’idée que certains mériteraient moins que d’autres ».
Ce que cette réforme normalise est inquiétant : une citoyenneté sociale à plusieurs vitesses.
Nous refusons cette logique.
Les universités alertent sur un risque pour l’attractivité de la France
Cette décision est aussi un contresens économique et universitaire.
Les étudiants étrangers ne sont pas un coût à réduire. Ils sont une richesse pour notre pays. Ils participent à la vitalité de nos universités, de nos territoires et de notre économie. Ils contribuent au rayonnement intellectuel et scientifique de la France.
France Universités met en garde contre « un signal désastreux » dans un contexte de concurrence internationale accrue.
Des directions d’établissements parlent déjà d’« un décrochage annoncé de l’attractivité française ».
Quel message envoyons-nous ? Que la France accueille… à condition que vous puissiez vous débrouiller seuls.
C’est un renoncement.
Les élus de gauche réclament le retrait de la réforme
Cette mesure ne tombe pas du ciel. Elle s’inscrit dans une orientation politique plus large : restreindre les droits, désigner des publics, hiérarchiser les légitimités.
Aujourd’hui les étudiants étrangers. Demain qui ?
La Cimade parle d’« une pente dangereuse vers une société du tri ».
De nombreuses associations dénoncent « une stratégie de banalisation des discriminations, sous couvert de gestion budgétaire ».
Nous refusons cette dérive.
La solidarité n’est pas conditionnelle. Elle ne se fragmente pas. Elle s’applique à toutes et tous, ou elle disparaît.
Une autre voie est possible
Nous contestons cette réforme, mais nous défendons aussi une autre politique.
Oui, il faut agir sur la question du logement étudiant. Mais cela suppose :
- d’investir massivement dans le logement accessible,
- d’encadrer réellement les loyers,
- de soutenir tous les étudiants en fonction de leurs ressources, et non de leur passeport.
Choisir l’exclusion n’est pas une politique. C’est un renoncement.
Nous appelons à retirer cette mesure
Nous, élu·es de gauche, appelons solennellement le gouvernement à revenir sur cette décision.
Nous appelons également les collectivités, les universités, les associations et le monde étudiant à se mobiliser.
Parce qu’il ne s’agit pas d’un simple arbitrage budgétaire.
Supprimer les APL pour les étudiants étrangers :
- c’est organiser la précarité,
- c’est assumer une discrimination,
- c’est affaiblir notre modèle républicain.
Nous ne nous y résoudrons pas.
Nous demandons son retrait immédiat.
Premiers signataires
Muriel Casalaspro (conseillère régionale d’Île-de-France), Halima Khiar Menhoudj (adjointe au maire de Montreuil), Léa Balage El Mariky (députée), Akli Mellouli (sénateur), Ahmed Laouedj (sénateur), Alexis Corbière (député), Fatiha Keloua-Hachi (députée), Édouard Denouel (maire de Bagnolet), Abdel Sadi (maire de Bobigny), Magali Thibault (maire de Rosny-sous-Bois), Patrice Leclerc (maire de Gennevilliers), Melissa Youssouf (maire de Villepinte), Patrice Bessac (maire de Montreuil), Mélody Tonolli (adjointe à la maire de Paris chargée de l’Université et de la vie étudiante), Annie Lahmer (conseillère régionale d’Île-de-France), Djeneba Keita (adjointe au maire de Montreuil), Oriane Filhol (vice-présidente du département de la Seine-Saint-Denis), Kader Chibane (conseiller régional d’Île-de-France), Nuno Martins (conseiller municipal de Noisy-le-Grand), Luc Di Gallo (conseiller municipal délégué de Montreuil), Anne de Rugy (conseillère métropolitaine de la Métropole du Grand Paris), Olivier Madaule (adjoint au maire de Montreuil), Henri Lelorrain (conseiller municipal de Saint-Ouen), Alice Bosler (conseillère métropolitaine de la Métropole du Grand Paris), Soufiane El Mounafis (conseiller municipal de Montfermeil), Sofiane Ourabah (adjoint au maire d’Aubervilliers), Anissa Boumaza (vice-présidente d’Est Ensemble), Jean-Claude Oliva (vice-président d’Est Ensemble), Mireille Ronarch (vice-présidente d’Est Ensemble), Adrien Lienard (adjoint au maire de Bagnolet), Grégoire Aussavy (adjoint au maire de Bagnolet), Assia Benziane (adjointe au maire de Fontenay-sous-Bois), Tessa Chaumillon (adjointe au maire de Montreuil), Claire Rabes (adjointe au maire de Montreuil) et Yvon Lejeune (conseiller municipal de Romainville).
