Mort de Sliman Mansour, le peintre qui a donné un visage à la Palestine

Sliman Mansour, figure majeure de l’art palestinien, est décédé le 24 août 2026 à Jérusalem, à l’âge de 79 ans. Crédit photo : Archives personnelles de Sliman Mansour
Figure majeure de l’art palestinien, Sliman Mansour est mort le 24 août 2026 à Jérusalem, à l’âge de 79 ans. De Jamal al-Mahamel, son célèbre « Chameau des fardeaux », à ses oliviers, ses femmes et ses paysages, il a construit en près de six décennies une œuvre devenue indissociable de la mémoire visuelle palestinienne. Hommage à un peintre dont les tableaux ont traversé les frontières et les générations.
En bref
- Sliman Mansour est mort le 24 août 2026 à Jérusalem, à l’âge de 79 ans.
- Né à Birzeit en 1947, il a consacré près de six décennies à peindre la Palestine.
- « Jamal al-Mahamel » (« Le Chameau des fardeaux »), peint en 1973, est devenue l’une des images emblématiques de l’art palestinien.
- En 1987, il cofonde le collectif New Visions avec Vera Tamari, Tayseer Barakat et Nabil Anani.
- En 2019, il reçoit le prix UNESCO-Sharjah pour la culture arabe.
C’est à la Haus der Kulturen der Welt, à Berlin, en 2024, que j’ai découvert pour la première fois l’œuvre de Sliman Mansour. C’était dans l’exposition Forgive Us Our Trespasses, qui faisait la part belle à des artistes palestiniens comme Larissa Sansour ou Ahlam Shibli, dont les œuvres luttent, chacune à leur manière, contre l’oubli et l’effacement.

Les programmer en Allemagne, deuxième plus grand fournisseur d’armes à Israël après les États-Unis, relevait alors d’une forme de résistance. Le 10 octobre de cette même année, lors d’une session au Parlement fédéral, la ministre allemande des Affaires étrangères Annalena Baerbock (Alliance 90/Les Verts) estimait pourtant que les attaques israéliennes visant des civils palestiniens étaient justifiées.
Au milieu de cette exposition, The Symbol of Hope m’avait arrêtée. Une colombe, un rameau d’olivier, une femme le visage levé vers le ciel. En quelques traits et usant de sa palette colorée, Sliman Mansour semblait dire tout ce que signifie être palestinien, l’attachement à une terre autant que la volonté de ne pas disparaître.

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Peindre la Palestine pour ne pas disparaître
Sliman Mansour est mort le 24 août 2026 à Jérusalem, à 79 ans. Né à Birzeit en 1947, il aura consacré près de six décennies à peindre la Palestine, ses paysages, ses habitants, ses traditions et ses blessures. Son œuvre est indissociable de la mémoire visuelle palestinienne. Il est notamment l’un de ceux qui ont fait de la pastèque un symbole de la résistance.
Ses oliviers, ses femmes en thobe brodé, ses villages et surtout Jérusalem ont contribué à forger une iconographie immédiatement reconnaissable. Chez lui, le paysage n’est jamais un simple décor mais incarne mémoire et identité. Le sumud, cette persévérance qui consiste à rester, à transmettre et à continuer d’exister, traverse toute sa création.

Jérusalem sur le dos, la Palestine en héritage
Son tableau le plus emblématique, Jamal al-Mahamel (Le Chameau des fardeaux), peint en 1973, en est peut-être l’image la plus puissante. On y voit un vieil homme courbé portant Jérusalem sur son dos. Reproduite sur des affiches, des cartes et des objets populaires, l’œuvre est devenue l’une des images les plus connues de l’art palestinien.

Mais cantonner Mansour à un peintre de la résistance serait réducteur. Il a aussi peint ce qui reste : les récoltes, les collines, les arbres, les femmes et les gestes quotidiens. Comme pour affirmer un héritage qui perdure malgré tout.
Son travail a largement franchi les frontières palestiniennes. Mansour a exposé un peu partout : Moscou, Tokyo, New York, Paris, Londres ou Houston. Ses œuvres ont rejoint les collections du British Museum, de Mathaf à Doha, du Guggenheim Abu Dhabi, de la Barjeel Art Foundation à Sharjah, de l’Institut du monde arabe à Paris, du Palestinian Museum à Birzeit et de la Jordan National Gallery of Fine Arts, entre autres.

Sa reconnaissance ne se mesure pas seulement au nombre d’institutions qui ont exposé ou possèdent ses œuvres. Pour ses compatriotes, Mansour est aussi une figure intime, presque familiale. L’artiste May Murad, aujourd’hui installée à Paris, se souvient de celui dont les images ont accompagné son enfance :
« Sliman Mansour est un immense artiste, mais il est aussi une partie de notre mémoire, de notre enfance. Nous nous souvenons de voir ses œuvres partout, dans presque toutes les maisons. Pas les originaux, bien sûr, mais leurs reproductions, qui faisaient partie de notre quotidien. Elles étaient là avant même que nous devenions artistes, avant même que nous sachions vraiment ce qu’était l’art. »
Pour elle, cette familiarité explique sa place particulière. « Nous l’aimions profondément et nous étions fiers de lui. » May Murad garde également le souvenir d’un message que le peintre lui avait un jour envoyé pour lui dire qu’il aimait son travail. « Un message dont je garde précieusement le souvenir et qui représente pour moi un témoignage dont je suis très fière », confie-t-elle.

Quand la matière devient résistance
En 1987, pendant la première Intifada, Mansour cofonde avec Vera Tamari, Tayseer Barakat et Nabil Anani le collectif New Visions. Les artistes décident de travailler avec des matériaux locaux — boue, henné, café — plutôt qu’avec des fournitures israéliennes. La matière devient alors elle-même un acte de résistance, un retour à la terre.
« Je ne me suis pas arrêté à l’utilisation de la boue pour mes peintures ; j’ai aussi employé du foin et des épices comme le cumin, le sumac et le curcuma. Quand une peinture rassemble tous ces éléments naturels, j’ai l’impression d’y mettre toute la Palestine, son patrimoine, son récit et les préoccupations de son peuple. J’ai souvent vu des visiteurs de mes expositions humer les toiles, imprégnées du parfum célèbre du sumac présent dans les plats populaires palestiniens », a déclaré l’artiste dans une interview.

Mansour n’a d’ailleurs pas seulement construit une œuvre : il a contribué à bâtir une scène artistique palestinienne. Il a dirigé la Ligue des artistes palestiniens, cofondé le centre al-Wasiti à Jérusalem en 1994 et participé à la création de l’International Academy of Art Palestine. Il a également transmis son savoir à plusieurs générations d’artistes. Cette belle trajectoire a été couronnée en 2019 par le prix UNESCO-Sharjah pour la culture arabe.
Sliman Mansour aura passé sa vie à peindre une terre menacée de disparition et tout ce qui permet à un peuple de continuer à se reconnaître. Il n’a pas seulement immortalisé la Palestine, il a laissé en héritage des images pour les générations futures.
Vos questions sur Sliman Mansour
Qui était Sliman Mansour ?
Sliman Mansour était l’une des figures majeures de l’art palestinien contemporain. Né à Birzeit en 1947, il a consacré près de six décennies à représenter la terre, la mémoire, l’identité et les traditions palestiniennes.
Quelle est l’œuvre la plus célèbre de Sliman Mansour ?
« Jamal al-Mahamel » (« Le Chameau des fardeaux »), peinte en 1973, est son œuvre la plus emblématique. Elle représente un vieil homme courbé portant Jérusalem sur son dos.
Pourquoi Sliman Mansour est-il associé à la résistance palestinienne ?
Son œuvre utilise de nombreux symboles liés à la terre et à l’identité palestiniennes, notamment les oliviers, Jérusalem, les villages et le costume traditionnel. En 1987, il cofonde également le collectif New Visions, qui privilégie notamment l’utilisation de matériaux locaux.
Qu’est-ce que le collectif New Visions ?
Fondé en 1987 pendant la première Intifada par Sliman Mansour, Vera Tamari, Tayseer Barakat et Nabil Anani, New Visions défend une pratique artistique reposant notamment sur des matériaux locaux comme la boue, le henné et la paille.
Quelle distinction Sliman Mansour a-t-il reçue en 2019 ?
Sliman Mansour a reçu en 2019 le prix UNESCO-Sharjah pour la culture arabe, conjointement avec Silvia Alice Antibas, pour son engagement en faveur de la diffusion de la culture arabe dans le monde.
