Pour comprendre qui était Tarek, il ne faut pas juste regarder les organigrammes ou ses titres de juriste et de journaliste. Il faut regarder ce qu’il a construit. À une époque où les grands médias regardaient la banlieue et l’immigration avec condescendance ou suspicion, lui a monté un pont. Un vrai. Solide. Entre la France et le Maghreb.
Tarek Mami, c’était une voix familière, celle d’une génération de Français et de binationaux qui avait trouvé dans France Maghreb 2 un espace où elle pouvait se reconnaître, s’exprimer et se sentir chez elle. Il n’a pas fait de la « radio communautaire » au sens réducteur où certains l’entendent ; il a fait de la radio populaire, humaine, proche des gens, là où on parle vrai.
Tarek n’avait pas peur d’aller au charbon. Quand il fallait monter au créneau pour défendre les radios indépendantes au sein du Syndicat des Radios Indépendantes (SIRTI), il y allait. Quand il fallait se battre pour que le DAB+ (la radio numérique) ne soit pas confisqué par les mastodontes du PAF, il passait ses nuits sur les dossiers. Il voulait que les voix de la diversité aient la même qualité de son, le même droit de cité que les autres. Il ne demandait pas de traitement de faveur, simplement la même place et les mêmes moyens pour se faire entendre.
Il poussait ses auditeurs à voter, à s’impliquer, à ne jamais baisser la tête. C’était ça, son patriotisme : exigeant, citoyen et profondément ancré dans le réel.
Aujourd’hui, avec la disparition de Tarek Mami, c’est bien plus que l’équipe de
France Maghreb 2 qui est orpheline. Ce sont ses auditeurs, ses proches, toute une génération qui perd un grand frère, un oncle, un repère. Tarek Mami est parti, mais la fréquence qu’il a gravée dans le paysage audiovisuel français, elle, ne s’effacera pas.
Tarek Mami et France Maghreb 2, en 2018
En juin 2018, Le Courrier de l’Atlas rencontrait Tarek Mami et l’équipe de France Maghreb 2 au Cabaret Sauvage, à Paris, à l’occasion des 30 ans de la radio : https://www.youtube.com/watch?v=LpzDkYsKXuQ