Fès dévoile les trésors du patrimoine juif marocain

Au-delà de leur valeur esthétique, bijoux et parures racontent une histoire de gestes, de savoir-faire et de traditions transmis au fil des générations
Inauguré lundi 12 octobre sur Hautes Instructions de SM le Roi Mohammed VI, le Musée de la Culture Juive Marocaine ouvre ses portes au cœur du Mellah de Fès. Sur plus de 1.700 m², bijoux, objets rituels, costumes et manuscrits retracent plus de 2.500 ans de présence juive au Maroc et donnent à voir la richesse de ce patrimoine.
Le Mellah, un ancrage historique
Dans les ruelles du Mellah de Fès, l’histoire se lit sur les façades autant que dans les traces d’une vie communautaire séculaire. Le Musée de la Culture Juive Marocaine lui donne un nouvel espace, où objets et documents racontent une présence qui a contribué à façonner la société marocaine.
Fondé en 1438, le Mellah compte parmi les plus anciens quartiers juifs organisés du Maroc. L’arrivée de juifs expulsés d’Andalousie en 1492 constitue une autre étape importante de cette histoire. Implanté dans ce quartier, le musée inscrit ses collections dans leur environnement historique.
Réalisé par l’Agence pour le Développement et la Réhabilitation de la Médina de Fès (ADER-Fès), le bâtiment associe architecture traditionnelle et vocation muséale. Zellige, plâtre sculpté et bois peint composent les décors autour d’un patio agrémenté d’une fontaine en marbre.
>> Lire aussi : Alliance des civilisations. Le Maroc un modèle de dialogue et de vivre-ensemble
Des objets qui racontent une société
Déployé sur deux niveaux, le parcours permanent retrace les grandes étapes de la présence juive au Maroc. Manuscrits, livres, archives et documents audiovisuels éclairent l’évolution des communautés et leur organisation.
Synagogues, écoles hébraïques et tribunaux rabbiniques témoignent de la structuration de la vie communautaire. Le musée évoque aussi les personnalités religieuses et intellectuelles qui ont marqué la transmission du savoir.
À l’étage, le récit se rapproche de la vie familiale. Naissance, circoncision, bar-mitsva, mariage et funérailles jalonnent le parcours. Costumes, bijoux, objets rituels et accessoires familiaux donnent à voir les pratiques qui ont accompagné ces étapes de l’existence.

L’artisanat, mémoire des savoir-faire
La bijouterie occupe une place particulière dans l’exposition. Historiquement pratiqué par des artisans juifs dans plusieurs villes marocaines, ce métier a contribué au rayonnement de l’artisanat national. Des parures en argent, des costumes régionaux et des instruments de musique illustrent la diversité de ces savoir-faire.
Au-delà de leur valeur esthétique, ces pièces témoignent de la circulation des techniques et des influences. Des dispositifs numériques et audiovisuels, complétés par des espaces pédagogiques et des ateliers, doivent permettre d’élargir l’accès à ces collections, notamment auprès des jeunes et des groupes scolaires.
>> Lire aussi : Le Maroc met en avant le dialogue interreligieux à Toulouse

Une mémoire inscrite dans le présent
La réalisation du musée a bénéficié de l’implication de la communauté juive marocaine, notamment à travers Serge Berdugo, président de la Fondation du Patrimoine Culturel judéo-marocain. Dans un contexte international marqué par les tensions, il souligne la portée de l’expérience marocaine en matière de coexistence et de dialogue.
Pour Mehdi Qotbi, président de la Fondation Nationale des Musées (FNM), l’établissement est un « hymne à la paix, à la fraternité, à la coexistence et au vivre-ensemble ». Une ambition qui donne à la préservation du patrimoine une portée au-delà des seules collections.
À proximité, le Musée des Arts de l’Islam, installé dans le palais Al-Batha restauré et ouvert au public en 2025, propose un autre regard sur les héritages du Royaume. Les deux établissements offrent ainsi des lectures complémentaires de l’histoire culturelle du Maroc.
Derrière les vitrines, ce sont des pans de vie qui réapparaissent : une parure portée lors d’un mariage, un objet rituel transmis au fil des générations, les outils d’un bijoutier. Autant de traces qui donnent un visage à plus de deux millénaires d’histoire juive au Maroc et rappellent que cette mémoire s’est aussi construite dans les métiers, les traditions partagées et les gestes ordinaires.
>> Lire aussi : Vient de paraitre : « Maroc pluriel, si singulier », hymne à une diversité harmonieuse

