Tunisair : Boeing en ligne de mire pour moderniser une flotte à bout de souffle

 Tunisair : Boeing en ligne de mire pour moderniser une flotte à bout de souffle

L’information a filtré ce weekend : la compagnie nationale et le ministère des Transports ont reçu une délégation du constructeur américain Boeing pour évoquer la modernisation de la flotte et le développement du transport aérien du pays.

Tardive, cette perspective intervient alors que Tunisair peine à stabiliser son exploitation, entre contraintes de maintenance, recours excessif à la location et surtout retards de ses vols devenus systématiques. Malgré le ras-le-bol des voyageurs, aucune commande d’avions n’a cependant encore été annoncée.

 

Une flotte fragilisée, entre propriété et location

La modernisation de la flotte de Tunisair semble enfin revenir au premier plan. Le 22 octobre, en marge du lancement du programme AeroSTAR, une délégation de Boeing a été reçue par le ministre des Transports, Rachid Amri, en présence notamment de représentants de la compagnie nationale et de l’ambassadeur américain en Tunisie, Bill Bazzi, décidément très à cheval sur la diplomatie commerciale.

Au cœur des échanges de ce deal potentiel : les perspectives de coopération dans l’aviation civile, le renforcement des liaisons aériennes et le développement des capacités de Tunisair. Si cette rencontre ouvre une nouvelle piste pour le transporteur, elle ne constitue pas encore un engagement d’achat.

L’urgence est pourtant manifeste. Le vieillissement des appareils, les immobilisations pour maintenance et les difficultés à assurer une exploitation régulière pèsent en effet lourdement sur la qualité du service. Les retards et les perturbations, devenus une source récurrente de mécontentement pour les voyageurs, illustrent les limites d’une flotte dont la disponibilité reste un enjeu majeur.

Selon les indicateurs d’activité publiés pour le premier trimestre 2026, Tunisair comptait 19 avions en exploitation. Sept d’entre eux seulement appartenaient à la compagnie, trois étaient exploités en leasing financier et neuf relevaient de contrats de location de longue durée. Une répartition qui révèle la dépendance du transporteur à des appareils qu’il ne possède pas directement, alors même que sa situation financière impose de maîtriser les charges.

La flotte comprend principalement des Airbus de la famille A320, destinés aux liaisons court et moyen-courriers, ainsi que des A330 pour les destinations long-courriers. Mais le nombre d’avions recensés ne signifie pas que tous sont disponibles simultanément : les opérations de maintenance et les immobilisations techniques réduisent les capacités réellement mobilisables. Tunisair a également eu recours à des appareils affrétés ponctuellement pour maintenir certaines dessertes.

 

Boeing face à Airbus : une piste à confirmer

La réception d’une délégation de Boeing suscite des interrogations sur les choix industriels que pourrait privilégier Tunisair. Historiquement, la compagnie s’appuie largement sur des appareils Airbus. Un éventuel recours au constructeur américain constituerait donc une évolution à examiner au regard des besoins opérationnels, des coûts et de la cohérence de la flotte.

L’introduction de nouveaux modèles ne se résume pas au prix d’achat. Elle suppose de prendre en compte la formation des équipages et des techniciens, la disponibilité des pièces détachées, les infrastructures de maintenance et les dépenses d’exploitation. Pour l’heure, aucune information officielle ne permet d’affirmer que Boeing a été préféré à Airbus, ni de préciser le nombre d’appareils envisagés, leur modèle ou leur calendrier de livraison. « La rencontre constitue avant tout une étape exploratoire », explique une source proche du dossier.

Le ministère a par ailleurs insisté sur la modernisation des infrastructures aéroportuaires, le renforcement des liaisons internationales et le développement du transport aérien intérieur. Autant d’objectifs qui nécessitent une stratégie cohérente, au-delà de l’annonce de nouvelles discussions.

Pour Tunisair, l’enjeu sera désormais de transformer ces échanges en décisions concrètes. Car tout renouvellement de la flotte ne pourra produire ses effets sans une amélioration durable de la maintenance, de la disponibilité des appareils et de la gestion opérationnelle. Les voyageurs, eux, attendent surtout que la modernisation annoncée se traduise par des vols plus fiables et des retards moins fréquents.

Seif Soudani

Seif Soudani est journaliste du Courrier de l’Atlas basé à Tunis. Il couvre la politique, l’économie et les enjeux de société en Tunisie