Yassine Bouzrou : « Le mobile raciste et la qualification terroriste doivent rester au cœur de l’enquête »

 Yassine Bouzrou : « Le mobile raciste et la qualification terroriste doivent rester au cœur de l’enquête »

Maître Yassine Bouzrou, avocat de la famille de Pengo Bossio Wangi. © Thomas SAMSON / AFP

Après la levée de garde à vue de Kévin T. et son placement en observation psychiatrique, l’avocat de la famille de Pengo Bossio Wangi, assassiné vendredi 23 octobre à Trappes, alerte sur le risque de voir le mobile raciste passer au second plan. Yassine Bouzrou dénonce une tendance à « psychiatriser » les auteurs d’attentats d’extrême droite.

 

LCA : La levée de garde à vue de Kévin T., au profit d’une observation psychiatrique, ne risque-t-elle pas de faire passer au second plan le mobile raciste et la qualification terroriste au cœur de l’affaire ?

Yassine Bouzrou : C’est précisément notre crainte. Cette décision, intervenue à l’issue d’un examen psychiatrique demandé par le Parquet national antiterroriste, ne manque pas de nous étonner.

En pratique, ces levées de garde à vue pour motif psychiatrique sont très rares — et c’est justement lorsqu’il s’agit d’attentats d’extrême droite qu’elles surviennent.

Il existe une récurrence préoccupante : dès que l’attentat émane de l’extrême droite, la question psychiatrique s’impose très vite, l’auteur serait « forcément un déséquilibré ».

Nous ne remettons pas en cause l’expertise psychiatrique, qui est un principe fondamental de notre droit. Mais elle ne doit jamais effacer ce que l’enquête révèle déjà : un homme connu des services de police et de justice, détenteur d’armes de guerre, qui a piégé son appartement, qui possédait « Mein Kampf » et qui a ciblé des personnes en raison de la couleur de leur peau.

Le mobile raciste et la qualification terroriste doivent rester au cœur de l’enquête. La famille demande que l’enquête établisse de manière exhaustive le parcours de radicalisation de l’auteur présumé et les sources idéologiques auxquelles il a été exposé.

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En établissant un parallèle avec l’assassinat d’Aboubakar Cissé à La Grand-Combe, craignez-vous que le réflexe de la psychiatrisation ne serve, une fois de plus, à minimiser la dimension idéologique et raciste de l’acte ?

Oui, et c’est ce qui renforce notre étonnement. L’assassinat d’Aboubakar Cissé, poignardé de plus de cinquante coups de couteau dans la mosquée de La Grand-Combe, est un autre exemple de cette même tendance.

L’acte le plus prémédité, le plus explicitement raciste, se trouve progressivement réinterprété comme le geste d’un homme « déséquilibré », dont l’idéologie serait accessoire. C’est faux et c’est dangereux : c’est l’idéologie qui arme les bras.

La toxicologie elle-même doit être maniée avec prudence — la présence de cannabis et de cocaïne dans le sang ne dit rien du projet idéologique de l’auteur ni de sa capacité à le mener à bien, avec un sang-froid que de nombreux témoins ont décrit.

Nous demandons que l’on traite cet attentat raciste avec la même grille de lecture que n’importe quel autre attentat. Et qu’on y recherche d’abord le réseau, les sources d’inspiration, les relais idéologiques — pas d’abord l’irresponsabilité.

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Quelles garanties la justice doit-elle apporter pour traiter les auteurs d’actes terroristes « identiquement » ?

La symétrie doit être la règle : mêmes expertises, mêmes délais d’appréciation, quel que soit le profil idéologique de l’auteur.

Concrètement, la famille demande :

  • que la qualification terroriste soit maintenue et que le Parquet national antiterroriste poursuive l’instruction sur l’ensemble des chefs ;
  • que l’expertise psychiatrique approfondie porte sur le discernement au moment des faits, et non sur un état actuel qui servirait à écarter l’auteur des auditions ;
  • que soient déterminées avec précision les conditions dans lesquelles cet individu, déjà connu des services de police et de justice, n’a fait l’objet d’aucun signalement préventif ;
  • et que la famille, partie civile, soit pleinement associée à chaque étape de la procédure.

L’équité, ce n’est pas un traitement de faveur, c’est l’application rigoureusement identique du droit, quel que soit le visage de la victime ou de son bourreau.

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Fadwa Miadi