(video) Les 1001 nuits, un patrimoine oral à (re)conter

 (video) Les 1001 nuits, un patrimoine oral à (re)conter

photo Y. Guelzim


Aux Emirats Arabes Unies, entre Abou Dhabi, la capitale administrative et Dubaï, la capitale économique, l’émirat de Sharjah tente de faire office de capitale culturelle. Pour la 3ème édition du festival de narration internationale, c’est le classique de la littérature arabe qui a entrainé des dizaines de conférences et de lectures de contes. Un moyen de faire revivre ce chef d’œuvre de la littérature arabe, perse et indienne.



Sharjah entretient des paradoxes peu évidents à  relever. Avec ses 900 000 habitants, cette capitale d’un émirat, le moins pourvu en gaz et en pétrole, au centre des Emirats Arabes Unies, a la chance (ou malchance) de se trouver à 20 kilomètres de la capitale économique, Dubaï. La ville, son port et ses vestiges au charme historique certain, aurait pu tomber dans un anonymat quelconque.


Pour faire face à cette situation, elle a misé sur la culture, notamment avec ce festival de la narration internationale, qui s’est tenu du 24 au 27 septembre 2019. Une situation qui n’a rien d’incongru comme nous l’explique le président de l’institut Sharjah pour l’héritage culturelle, Abdulaziz Al Musallam « Sharjah est une ville qui a possédé des bibliothèques et des salons littéraires depuis des centaines d'années. Cela parait donc logique que Sharjah l’organise. La tradition orale a une importance particulière dans cet Emirat et c’est pourquoi c’est l'une des rares villes arabes à avoir un évènement autour de la narration »


Et pour cette troisième édition, les organisateurs ont misé sur un classique, les Mille et une nuits (ou Arabian Nights) qui a construit tellement d’imaginaire encore présent en Occident dans la littérature occidentale. Pour le professeur d’Université de Casablanca, Chouhaib el Khalifi «les contes des Mille et Une nuits et ce depuis le XVIII siècle,  ont contribué énormément à l'évolution et la transformation de la narration des histoires, de la littérature française comme on peut l’observer dans les ouvres de Montesquieu, Théophile Gautier ou Voltaire.  Il y a aussi dans la construction du conte et de la narration, l’aspect essentiel qu’est le fantastique.»


Durant 3 jours, des conteurs d’Orient (Golfe et pays arabes) mais aussi du monde entier (Corée, Chine, Pérou, Mexique, Canada, Croatie) ont pu partager ces bouts d’histoire qui vont de Shahrazade à Haroun El Rachid. Dans une enceinte où se côtoient les décors enfantins et les dernières technologies, les Mille et Une Nuits ont trouvé toute leur place. Des dizaines de conférences ont tenté d’approcher le chef d’œuvre que ce soit pour le rôle de la femme, des héritages culturels ou de la transmission du patrimoine oral arabe.


En effet, pour faire face, aux technologies modernes, comme le portable et les réseaux sociaux, tous les médias sont requis pour mettre au goût du jour la tradition orale. Pour  la journaliste de radio émiratie, Oum Salem : « La radio permet aux gens de s'ouvrir l'esprit, d'écouter et surtout de s'imaginer l'histoire ».


Autre moyen de redonner du « punch » à ces histoires, le théâtre y a sa place essentielle. C’est ce que fait Némer Salamin, directeur de l’école internationale des contes et de la tradition orale de Sharjah. Cet ancien acteur, formé à Damas, mais aussi au Conservatoire nationale de Paris et de Madrid, y voit une possibilité de mettre du moderne dans l’ancien. « Les êtres humains peuvent rendre vivants ce qu’ils désirent, nous éclaire le metteur en scène. Les Mille et Une nuits sont un livre vivant pour les intérêts historiques, culturels ou politiques. Même les matières scolaires ou scientifiques doivent être présentées ainsi car la vie est un conte. Derrière, il y a l’imagination, ce que l’on n’est pas.»


Tradition incroyable du monde arabe, le conte et la narration populaire font partie prenante de la société. Pour Chouhaib Al Khalifi, il est essentiel de s’en emparer notamment quand on voit les travaux faits en Occident (Aladin le film, la série japonaise sur Sindibad, etc..). « La représentation qui est présente dans les 1001 nuits, permet une lecture de l'histoire sociétale arabe, analyse le professeur et conteur lui-même. On ne la lit pas de la bonne manière actuellement. On ne l'étudie pas dans sa globalité. Certains thèmes de l'époque ont une résonnance dans notre société actuelle, que ce soit l'injustice, la corruption ou encore la pauvreté. Ce qu'il faut retenir aussi des 1001 nuits,c'est le concept de conte oral et de narration populaire, Malheureusement, les dirigeants du monde arabe ne leur accordent pas d'importance. Par exemple, Jamaa El Fna est une place essentielle pour cette narration populaire». Un patrimoine qu’il convient de préserver afin de redonner à la littérature arabe ses lettres de noblesse.


 


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Yassir GUELZIM

Journaliste Print et web au Courrier de l'Atlas depuis 2017. Ancien de RFI, LCI, France Inter. Producteur et réalisateur (Arte Reportage, France24, France tv).