Marrakech 2026 : un festival, 76 films et mille regards sur le monde

 Marrakech 2026 : un festival, 76 films et mille regards sur le monde

Les Roses de Marrakech, de Ginevra Elkann. Fanny Ardant et Nisrin Erradi y partagent l’affiche d’une histoire de solidarité féminine.

Du 20 au 28 novembre, le Festival international du film de Marrakech fera dialoguer les grandes signatures du cinéma, les talents émergents et les nouvelles voix venues des quatre coins du monde. Sous la présidence de Marion Cotillard, cette 23e édition entend faire de Marrakech un carrefour des imaginaires et des écritures cinématographiques.

En bref

  • Dates : du 20 au 28 novembre 2026.
  • Programmation : 76 films issus de 39 pays.
  • Compétition officielle : 14 premiers et deuxièmes longs métrages.
  • Premières mondiales : dix films.
  • Cinéma marocain : six œuvres dans le Panorama national.
  • Autres sections : Horizons, 11e Continent, séances de gala et films pour le jeune public.

76 films, autant de façons de regarder le monde

Des guerres aux fractures intimes, des destins contrariés aux résistances individuelles, le cinéma ne cesse de déplacer notre regard. C’est dans cette diversité que le Festival international du film de Marrakech (FIFM) puise la matière de sa 23e édition. Soixante-seize films, venus de 39 pays, composent une programmation où les préoccupations du présent croisent les imaginaires et les écritures singulières.

Le festival déploie cette sélection en plusieurs sections. La compétition officielle fait place aux premiers et deuxièmes films. Les séances de gala accueillent des productions internationales attendues. Horizons réunit des cinéastes confirmés, tandis que le 11e Continent ouvre une fenêtre sur des formes plus audacieuses. Le Panorama national et les séances destinées aux familles élargissent encore le champ.

À la tête du jury, Marion Cotillard apporte une signature prestigieuse à cette édition. Oscar de la meilleure actrice pour La Môme, elle a construit une carrière qui passe aussi bien par les grandes productions que par le cinéma d’auteur. Une trajectoire à l’image de l’ambition du festival : faire dialoguer les sensibilités et donner leur chance aux regards qui émergent.

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Une compétition au plus près des secousses du monde

Les 14 films en compétition ne se contentent pas de raconter des histoires. Ils prennent le pouls de sociétés traversées par la violence, les inégalités et les bouleversements intimes.

Avec Ben’imana, la réalisatrice rwandaise Marie-Clémentine Dusabejambo revient sur les enjeux de reconstruction après le génocide des Tutsis. Dans Chroniques des années de siège, Abdallah Al-Khatib place les populations prises dans la guerre au cœur du récit. La Maison du vent, d’Auguste Bernard Kouemo Yanghu, explore une autre forme de déchirure : celle d’une mère camerounaise confrontée à l’éloignement de ses enfants partis vivre en Europe.

Les blessures ne sont pas toujours collectives. Elles traversent aussi les corps, les relations et les destins féminins. Dans Chicas tristes, la Mexicaine Fernanda Tovar suit deux nageuses dont l’amitié est mise à l’épreuve par les conséquences d’une agression sexuelle. La cinéaste haïtienne Gessica Généus, avec Marie Madeleine, organise la rencontre inattendue entre une prostituée et un évangéliste.

La compétition réserve également trois premières mondiales. Avec Alkebulan, le Marocain Yassine Marco Marroccu entraîne le spectateur entre le Sahara des années 1960 et l’Italie des années 1930, dans un film d’aventure. Waves of Silence, de Farzad Samsami, aborde les naufrages de migrants dans un drame tourné au Maroc, avec Amine Ennaji. Rani et Salem Massalha signent, pour leur part, Les Chiffonniers du Caire, un thriller intimiste au sein de la communauté copte égyptienne.

 

Le Festival ouvrira avec Mona, une comédie de Jesse Eisenberg portée par Julianne Moore

Des séances de gala entre stars et premières mondiales

Changement de registre avec les séances de gala, où les grandes figures du cinéma côtoient des histoires aux tonalités très différentes.

Le festival ouvrira avec Mona, une comédie de Jesse Eisenberg portée par Julianne Moore. L’actrice y incarne une femme au foyer qui, loin de son quotidien effacé, découvre une passion inattendue pour le théâtre amateur.

Le cinéma égyptien sera également à l’honneur avec His Weakest Creatures, d’Omar Hilal. Cette première mondiale réunit Ahmed Helmy et Hend Sabry dans un récit qui navigue entre aventure, comédie noire et thriller.

Le regard se tourne aussi vers les réalités du travail et de l’exil. La réalisatrice marocaine Laïla Marrakchi présentera La más dulce, qui représentera le Maroc aux Oscars. Le film suit des travailleuses saisonnières en Espagne, confrontées à la précarité et à la lutte pour survivre.

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Horizons : les signatures confirmées et les cinémas en mouvement

Avec 21 films, Horizons donne de l’ampleur à la programmation. La section fait une place particulière aux cinémas arabes, dont les récits portent les traces des tensions politiques et sociales de la région.

Safe Exit, de Mohammed Hammad, plonge dans un thriller psychologique égyptien. The Station, de Sara Ishaq, imagine une dystopie féministe au Yémen. Avec Citizen Osama, Ahmed Hassouna choisit le documentaire pour raconter Gaza.

Le Maroc s’invite aussi dans cette section avec Les Roses de Marrakech, de Ginevra Elkann. Fanny Ardant et Nisrin Erradi y partagent l’affiche d’une histoire de solidarité féminine tournée dans le Royaume.

La sélection fait également entendre plusieurs voix du cinéma africain. Alain Gomis présente Dao, tandis qu’Arie Esiri et Chuko Esiri signent Clarissa. John Trengove complète cette présence avec The Smell of Apples.

Le jeune public aussi entre en scène

Onze séances sont prévues pour les enfants, les adolescents et les familles. Jamel Debbouze présentera La Fille dans les nuages, film d’animation réalisé par Philippe Riche. Le réalisateur marocain Mohcine Besri dévoilera, quant à lui, Toutes sauf ma mère, en première mondiale, avec notamment Omar Lotfi et Abdellah Didane.

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Le cinéma marocain en première ligne

Dans cette mosaïque internationale, le cinéma marocain ne se contente pas de figurer au programme. Il y occupe une place visible. Le Panorama national rassemble six fictions et documentaires. Bardi, de Tala Hadid, ouvrira cette section. Trois œuvres y seront présentées en première mondiale, dont Cagoules, de Mohamed Mouftakir.

Au total, onze films marocains figurent dans les différentes sections du festival. Une présence qui témoigne de la vitalité de la production nationale, mais aussi de la place du Maroc dans les circulations cinématographiques, entre création locale, coproductions et tournages internationaux.

À Marrakech, les films ne resteront pas longtemps de simples titres sur un programme. Ils prendront corps sur grand écran, dans les réactions d’une salle, les discussions à la sortie et les rencontres entre spectateurs et cinéastes. C’est aussi dans ces échanges, parfois inattendus, que se joue la vie d’un festival : lorsqu’un film venu de loin trouve soudain un écho tout près de soi.

La réalisatrice marocaine Laïla Marrakchi présentera La más dulce, qui représentera le Maroc aux Oscars.
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Hella Habib

Journaliste culturelle et politique, a dirigé le magazine Maison & Jasmin, consacré à l’architecture et à l’art, avant d’occuper des fonctions de rédaction en chef au sein du quotidien La Presse de Tunisie. Journaliste au Courrier de l’Atlas.