OQTF : la France en tête des pays européens, loin devant l’Italie de Meloni

Alors que le discours politique européen associe volontiers fermeté migratoire et gouvernements d’extrême droite, les statistiques racontent une histoire plus nuancée. Au premier semestre 2026, la France a délivré plus de 67 000 obligations de quitter le territoire à des ressortissants étrangers, soit sept fois plus que l’Italie de Giorgia Meloni. Un écart considérable qui contraste avec les idées reçues sur la politique migratoire des deux pays.
La France est le pays de l’Union européenne qui a prononcé le plus grand nombre d’obligations de quitter le territoire (OQTF) au cours du premier semestre 2026. Selon les données d’Eurostat relatives aux deux premiers trimestres de l’année, 67 300 ressortissants de pays tiers ont fait l’objet d’une décision leur enjoignant de quitter le territoire français entre janvier et juin. Un chiffre qui place l’Hexagone largement devant ses partenaires européens et, notamment, l’Italie, dirigée depuis octobre 2022 par Giorgia Meloni, dont le discours politique sur l’immigration est pourtant particulièrement offensif.
Avec 9 575 décisions de retour sur la même période, l’Italie se situe en effet très loin derrière la France. L’écart dépasse les 57 700 décisions, alors même que le gouvernement italien a fait de la lutte contre l’immigration irrégulière l’un de ses principaux marqueurs politiques.
Cette comparaison bouscule une certaine perception des politiques migratoires européennes. Elle rappelle surtout que les déclarations politiques, les dispositifs législatifs et les statistiques administratives ne racontent pas nécessairement la même histoire.
La France, première pour les OQTF, les Maghrébins particulièrement concernés
Dans le détail, les ressortissants algériens arrivent largement en tête des nationalités visées par les décisions françaises, avec 13 745 OQTF au premier semestre 2026. Ils représentent environ un cinquième du total. Les Tunisiens occupent la deuxième place avec 5 480 décisions, devant les Marocains, au nombre de 4 825.
Au total, les ressortissants de ces trois pays du Maghreb représentent 24 050 décisions, soit plus du tiers de l’ensemble des OQTF prononcées en France sur la période. Derrière eux figurent notamment les ressortissants bangladais (2 470), turcs (2 340) et ivoiriens (2 290).
En Italie, le classement présente une configuration étonnamment différente au regard des communautés étrangères respectives de chaque pays. Les Marocains arrivent ainsi en première position avec 1 710 décisions, devant les Tunisiens (1 050) et les Algériens (805). Les ressortissants nord-africains, en incluant les Égyptiens, représentent 4 140 décisions, soit près de 43 % du total italien.
Autre enseignement : le nombre de décisions italiennes a diminué d’environ 8 % par rapport au premier semestre 2025, passant de 10 365 à 9 575. Une évolution qui contraste avec l’image d’une politique migratoire systématiquement plus répressive sous l’exécutif de Giorgia Meloni. Au-delà des postures politiques, les statistiques dessinent en somme une réalité moins caricaturale.
Entre décisions administratives et expulsions réelles, un décalage considérable
Ces chiffres appellent toutefois une précaution essentielle : une OQTF ne signifie pas qu’une personne a effectivement été expulsée. Il s’agit d’une décision administrative qui peut faire l’objet d’un recours devant la justice et dont l’exécution dépend de nombreux facteurs, notamment la coopération consulaire des pays d’origine, l’identification des personnes concernées et les possibilités matérielles de retour.
En France, seule une proportion relativement faible de ces décisions aboutit à un éloignement effectif. Les estimations évoquées situent ce taux autour de 11 %, illustrant le décalage entre le nombre d’obligations prononcées et celui des départs réellement exécutés.
La comparaison avec l’Italie doit également être replacée dans un contexte migratoire plus large. Le pays de Giorgia Meloni compte près de 5,9 millions de résidents étrangers, dont environ 339 000 seraient en situation irrégulière selon le dernier rapport de la fondation ISMU, publié en 2026. Ce chiffre reste toutefois très éloigné des quelque 506 000 personnes estimées en 2022.
En porte-à-faux, certains pays européens ne se limitent pas à une logique d’éloignement. En 2025, l’Espagne a ainsi délivré 635 438 premiers titres de séjour à des ressortissants de pays tiers, se plaçant en tête de l’Union européenne, devant l’Allemagne et la Pologne. La France, avec 377 462 titres, arrivait en cinquième position.
Enfin, l’entrée en application, le 12 juin 2026, du nouveau pacte européen sur la migration et l’asile, ainsi que l’adoption d’une première liste européenne de pays considérés comme « sûrs », comprenant notamment la Tunisie, le Maroc et l’Égypte, témoignent d’un durcissement général du cadre migratoire, puisqu’on y expulse désormais plus aisément d’un point de vue administratif.
