Moi Président(e)… Kamal Hachkar : « Je reverrai totalement la manière de maintenir l’ordre en France »

Kamal Hachkar, réalisateur de documentaires et professeur d’histoire franco-marocain. © FADEL SENNA / AFP
Réalisateur de documentaires et professeur d’histoire franco-marocain, Kamal Hachkar porte un regard sensible sur les fractures de la société française. Il défend une justice sociale qui passe par l’égalité des chances, la rencontre et une participation citoyenne renouvelée.
En bref
- Kamal Hachkar veut revoir la politique de maintien de l’ordre et remettre en question le recours à certaines armes.
- Il défend l’égalité des chances et un meilleur accès des jeunes issus de l’immigration aux filières d’excellence.
- Il plaide pour davantage de moyens éducatifs dans les quartiers populaires.
- Il souhaite concilier transition écologique et justice sociale, notamment par une fiscalité plus juste.
- Il défend une VIe République et une participation citoyenne accrue aux décisions politiques.
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LCA : Quelle est la mesure la plus impopulaire que vous seriez prêt à défendre si vous étiez candidat parce que vous la jugez indispensable pour rendre la France plus juste ?
Kamal Hachkar : Je défendrais l’abolition de la peine de mort comme un principe imprescriptible et envisagerais des alternatives aux peines de prison. Et ce d’autant plus que nous sommes hélas dans une période de répression et de criminalisation des mouvements sociaux.
Il me semble que c’est toute la politique de maintien de l’ordre qu’il faudrait revoir. Il faut remettre en question le recours à certaines armes comme les LBD, les tasers et revenir à une police de proximité qui soit gardienne de la paix et éviter ces agents du désordre qui malheureusement créent plus de tensions et engendrent des drames.
Je reverrai totalement la manière de maintenir l’ordre en France dans les manifestations.
Les Français issus de l’immigration sont davantage confrontés au chômage, à la précarité ou aux discriminations. Comment y remédier ?
Il faut promouvoir davantage l’égalité des chances et permettre aux jeunes issus de l’immigration d’accéder aussi aux filières d’excellence. Il faut être plus ferme avec ceux qui discriminent, notamment dans l’emploi, mieux protéger les travailleurs contre la précarité et améliorer la formation. La réponse judiciaire doit être dissuasive.
Il faut aussi donner davantage à ceux qui ont le moins : plus d’heures de cours, d’accompagnement scolaire et de présence adulte. C’est ainsi que l’on peut réduire la précarité et les discriminations.
Quelle expérience récente vous a le plus confronté aux inégalités sociales en France ?
Depuis que j’ai réintégré l’Éducation nationale l’année dernière, je le constate dans le 93, où j’enseigne l’histoire. C’est un choix car j’aime ce département et ses habitants. J’ai aussi enseigné dans d’autres territoires, et je vois bien que les élèves ne partent pas avec les mêmes chances.
Les travaux de Pierre Bourdieu sur les déterminismes m’ont beaucoup marqué. Il n’y a pas de fatalité, mais les élèves de ces quartiers ne disposent pas des mêmes chances que ceux des quartiers bourgeois de l’Ouest parisien. Il faut donc mettre le paquet sur les heures de cours, faciliter l’accès aux stages et mieux faire connaître les formations.
Les familles des quartiers populaires se soucient de l’avenir de leurs enfants, mais elles n’ont pas toujours les codes pour comprendre le système et en déjouer les pièges, contrairement à celles qui appartiennent aux milieux favorisés.
Comment concilier urgence climatique et justice sociale ?
La justice sociale doit aller de pair avec l’urgence climatique. Pour préserver la planète, il faut aussi permettre aux gens de vivre dignement de leur travail. Avec l’inflation, certains sont contraints de faire des choix terribles : sauter un repas ou renoncer à manger de la viande. C’est grave que, dans la cinquième ou la sixième puissance mondiale, des personnes en soient réduites à cela, alors que l’urgence climatique est absolue, comme l’ont encore montré les événements de cet été.
La bifurcation écologique et le développement de nouveaux métiers doivent s’accompagner de justice sociale. Il faut aider les ménages à faire face à la transition, par exemple en leur permettant de payer moins d’impôts lorsqu’ils achètent une voiture électrique ou en les aidant à rénover les passoires thermiques.
Cela suppose aussi une fiscalité plus juste. Il faut mettre fin aux niches qui permettent aux plus riches de s’enrichir davantage et donner aux classes populaires les moyens de bénéficier, elles aussi, de la justice climatique.
Quel livre, quel film, quelle rencontre ou quel voyage a le plus changé votre regard sur la France ?
La sociologie de Pierre Bourdieu m’a profondément bouleversé lorsque j’étais étudiant. J’ai aussi été marqué par un ouvrage de Stéphane Beaud, Pays de malheur, un jeune de cité écrit à un sociologue. Il s’agit d’une relation épistolaire avec Younes Amrani, qui occupe un emploi-jeune et qui veut devenir professeur d’histoire. Je me suis beaucoup reconnu en lui, alors que je venais plutôt d’un petit village français.
La Place d’Annie Ernaux m’a également marqué, notamment par sa réflexion sur le sentiment d’imposture, celui de ne pas être à sa place. On comprend que ce sentiment n’est pas une question ethnique ou culturelle, mais sociale. Un bourgeois marocain du XVIe arrondissement parisien n’a pas grand-chose à voir avec un enfant d’immigrés qui grandit dans une banlieue comme Trappes. Les histoires et les trajectoires sont différentes. La question ethnique, trop souvent mise en avant, a malheureusement occulté la véritable question : celle des inégalités sociales.
Quelle règle du jeu démocratique changeriez-vous en priorité ?
En ce moment, j’enseigne la démocratie athénienne à mes élèves. C’était une forme de démocratie directe, mais elle restait limitée puisqu’elle excluait une grande partie des habitants de l’Attique.
Je souhaiterais que les citoyens soient davantage associés aux décisions qui les concernent, notamment à l’échelle des quartiers. La démocratie représentative est nécessaire, mais il faut développer la concertation et permettre aux habitants de participer plus en amont aux décisions qui ont un impact direct sur leur vie.
Je suis favorable à une VIe République, qui rapprocherait le pouvoir décisionnaire des citoyens et leur permettrait de prendre davantage part aux choix politiques.
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