Moi, président(e)… Ghada Hatem : « Je taxerais les très grosses transmissions de patrimoine »

 Moi, président(e)… Ghada Hatem : « Je taxerais les très grosses transmissions de patrimoine »

Ghada Hatem-Gantzer, fondatrice et présidente de la Maison des femmes de Saint-Denis. © Thomas SAMSON / AFP

Fondatrice de la Maison des femmes de Saint-Denis, la gynécologue obstétricienne Ghada Hatem placerait la prévention au cœur de ses priorités si elle était présidente. Elle investirait dans la jeunesse, lutterait contre les inégalités et ferait de l’accès aux soins partout en France une priorité. Elle défendrait aussi une répartition plus juste des efforts économiques et écologiques.

 

En bref

  • Ghada Hatem ferait de la prévention et de la jeunesse des priorités de santé publique.
  • Elle propose de taxer les très grosses transmissions de patrimoine pour réduire les inégalités.
  • Elle souhaite améliorer l’accès au logement, à la santé et aux services publics pour les personnes issues de l’immigration.
  • Elle alerte sur les inégalités d’accès aux soins liées aux déserts médicaux.
  • Elle défend une transition écologique tenant compte des capacités financières et des conditions de vie de chacun.

LCA : Quelle est la mesure la plus impopulaire que vous seriez prête à défendre si vous étiez candidate, parce que vous la jugez indispensable pour rendre la France plus juste ?

Ghada Hatem : Nous devons investir dans la jeunesse et la prévention. C’est une urgence de santé publique, et je dirais même une urgence vitale. Il faut donc revaloriser les métiers du soin, de l’éducation et du social.

Il faut aussi sécuriser l’hébergement des jeunes en errance, victimes de violences ou marginalisés, avec un encadrement conséquent afin de les accompagner dans un véritable parcours de sortie.

Toutes ces mesures ont évidemment un coût. Il faut donc aller chercher l’argent là où il se trouve. Taxer les très grosses transmissions de patrimoine me semble une piste raisonnable (pas la maison familiale que l’on transmet à ses enfants, mais les fortunes qui permettent de commencer la vie avec plusieurs longueurs d’avance).

Réduire les inégalités avant qu’elles ne deviennent irréversibles me semble la meilleure prévention.

 

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Les personnes issues de l’immigration restent davantage confrontées au chômage, à la précarité ou aux discriminations. Comment y remédier ?

Dans mon travail, je vois surtout comment les vulnérabilités s’additionnent, voire se potentialisent : être une femme, être pauvre, mal parler français, dépendre administrativement d’un conjoint, avoir des enfants, ne pas connaître ses droits.

Le gouvernement doit donc agir très concrètement, au plus près des besoins individuels : faciliter l’apprentissage du français, reconnaître les compétences, développer la médiation et l’« aller vers », faciliter l’accès au logement, à la santé et à la garde des enfants.

À l’école, il faut aussi sensibiliser aux différentes formes de discrimination dès le plus jeune âge. Les entreprises doivent être pleinement impliquées dans cette mission, en menant des politiques efficaces en faveur de l’égalité des chances.

 

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Quelle expérience récente vous a le plus confrontée aux inégalités sociales en France ? Qu’en avez-vous retenu ?

Je mène des audits dans les établissements de santé pour la Haute Autorité de santé, partout en France. Cela me conduit parfois dans des zones rurales, des déserts médicaux.

Découvrir qu’une ville moyenne, dotée d’une maternité de bon niveau, ne dispose que d’un seul gynécologue salarié pour assurer les soins et la sécurité, même s’il est aidé par des praticiens « mercenaires », m’inquiète beaucoup.

Alors que les droits sont supposés être les mêmes partout en France, les conséquences du numerus clausus imposé dans les années 1970 continuent de creuser les inégalités, notamment en matière de santé.

 

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Comment concilier urgence climatique et justice sociale ?

Ghada Hatem : Les efforts doivent être supportés par ceux qui en ont la capacité. On ne peut pas imposer les mêmes contraintes à quelqu’un qui vit dans une maison mal isolée, travaille loin de chez lui et dépend de sa voiture qu’à quelqu’un qui peut facilement modifier son mode de vie.

Une politique écologique juste doit donc commencer par rendre les alternatives possibles : transports collectifs, rénovation thermique, alimentation de qualité, habitat moins énergivore.

Nous devons demander davantage à ceux dont l’empreinte et les capacités financières sont les plus importantes.

 

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Quel livre, quel film, quelle rencontre ou quel voyage a le plus changé votre regard sur la France ?

J’ai récemment mené quelques missions sur les mutilations sexuelles féminines au Sénégal. Travailler dans un système de santé qui dispose de beaucoup moins de moyens me rappelle tout ce dont je bénéficie en France et que nous avons pris l’habitude de considérer comme acquis.

Mais je regarde aussi d’un autre œil toutes les réglementations et contraintes qui n’ont fait que se démultiplier ces dernières années, quitte à parfois paralyser et épuiser le système. Je me demande si elles sont réellement justifiées ou si elles ne gagneraient pas à être assouplies.

Il me semble évident que davantage de moyens ne produit pas automatiquement davantage d’humanité ni d’ingéniosité.

Notre système de santé est formidable, prenons garde à le maintenir en vie.

 

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Quelle règle du jeu démocratique changeriez-vous en priorité ?

Je ne suis pas compétente sur ce sujet, mais le jeu ne me semble plus vraiment démocratique. Je m’interroge sur la possibilité de gouverner une société aussi profondément divisée, qui nécessiterait sans doute une représentation parlementaire plus diversifiée, attentive à la recherche de compromis.

 

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Fadwa Miadi