Cécile Duflot parle de la crise humanitaire au Tchad (Pt. 2)

 Cécile Duflot parle de la crise humanitaire au Tchad (Pt. 2)

Cécile Duflot


Deuxième partie de l’entretien avec Cécile Duflot, désormais directrice générale d’Oxfam France, sur la crise humanitaire au Sahel.


Après une carrière politique rondement menée, Cécile Duflot, ex-secrétaire nationale des Verts et ex-ministre du Logement, est aujourd’hui directrice générale de l’ONG Oxfam France. De retour d’une mission (3-9 juin) autour du lac Tchad, dans la région du Sahel, cette dernière est revenue sur la crise alimentaire et humanitaire qui continue de toucher le Tchad depuis des années. Deuxième partie de l’entretien.


 


>> Lire aussi : Cécile Duflot témoigne sur la crise humanitaire au Tchad (Pt. 1)


Outre l’aide alimentaire, l’avancée des infrastructures hydrauliques permet-elle d’espérer une meilleure gestion de ces crises à moyen et long terme ?


La question de l’aide humanitaire est une question globale, on ne peut penser l’alimentation déliée de la question à la fois de l’accès à l’eau mais aussi de l’assainissement. Dans ses modes d’intervention, Oxfam, comme de nombreuses autres ONG, intègre le nexus humanitaire-développement c’est-à-dire de penser dès le moment de l’intervention humanitaire des systèmes pérennes qui répondent aux besoins des populations et en particulier de celles, qui, ayant été déplacées, n’envisagent plus de revenir sur les anciens lieux de vie. La question de l’accès à l’eau et des systèmes d’irrigation est ainsi majeur dans l’installation durable de communautés qui vont pouvoir organiser leurs propres moyens de subsistance.


L’instabilité et les crises armées dans la région sont des facteurs aggravant des crises humanitaires.


Selon vous, comment faire un premier pas vers la résolution de ces conflits armés ?


C’est une question très compliquée qui implique de nombreux paramètres. En tant qu’organisation internationale de lutte contre la pauvreté, Oxfam soutient les personnes vulnérables dont les vies sont dévastées par ces crises répétées et promeut des solutions non militaires pour mettre fin au conflit qui sévit depuis plusieurs années. Cela signifie parler à toutes les parties du conflit. Les


gouvernements devraient également lancer et mettre en œuvre des programmes de Désarmement, Démobilisation et Réintégration (DDR) qui incluent un plan pour promouvoir une réintégration sociale et économique durable des combattants (militants des groupes armés et membres des groupes de justiciers) dans une société pacifique. Il est également très important que le gouvernement s’engage de manière significative pour s’attaquer aux causes profondes du conflit, telles que la pauvreté, l’inégalité, le sous-développement et la marginalisation.


Il faut passer dans les faits d’une logique de réponse humanitaire ponctuelle à une logique de développement, et en particulier d’adaptation au dérèglement climatique avec un travail sur les pratiques culturales et les semences adaptées. Sur une irrigation par des systèmes ayant recours aux énergies renouvelables. La question de l’accès aux services de bas en particulier la santé et l’éducation est fondamentale. Pour nous la question de la dignité et de l’accès aux droits


fondamentaux de ces personnes, même en situation de crise est un élément essentiel. Oxfam au Tchad s’est ainsi mobilisé au travers d’une action de plaidoyer auprès des autorités pour que ces populations bénéficient d’actes de naissance. C’est pour cette raison qu’Oxfam souhaite que la question sahélienne soit une priorité et un enjeu majeur du G7. Aujourd’hui les mobilisations internationales ont essentiellement été tournées autour des questions sécuritaires.


Qu’elles seront les prochaines actions humanitaires menées par Oxfam ?


Oxfam est présent au Tchad depuis 1966 et y travaille avec la société civile, le gouvernement et les communautés dans l’objectif de vaincre les inégalités et la pauvreté. Nous y menons différents programmes dont les actions humanitaires mais aussi des programmes de renforcement des moyens d’existence, d’accompagnement à la bonne gouvernance et d’appropriation citoyenne ou encore des programmes transversaux basé sur le leadership des femmes qui vise à provoquer des changements durables.


Dans la région du Lac, Oxfam intervient depuis juin 2016 auprès des populations déplacées et de la population hôte. En 2017, Oxfam a ainsi apporté sur 43 sites de déplacés une assistance à plus de 58 000 personnes sur 157 734 affectées par la crise.


Nos programmes sont variés et vont de l’accès à l’eau, à l’hygiène et à l’assainissement à l’assistance alimentaire et la protection. Nous menons également des actions de plaidoyer et de campagne au niveau local. L’objectif est d’étendre les programmes déjà menés et de déployer nos équipes dans des zones restées jusque-là difficiles d’accès afin de répondre aux besoins des populations affectées.


Propos recueillis par Charly Célinain


 


Lire aussi :


Cécile Duflot témoigne sur la crise humanitaire au Tchad (Pt. 1)


 

Charly Celinain

Charly Celinain